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Quand l'Italie convoque Fellini pour renouer avec l'économie

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Ursula von der Layen et Mario Draghi posent dans les mythiques studios de Cineccita pour marquer le lancement du plan de relance italien financé par l'Union européenne.
Ursula von der Layen et Mario Draghi posent dans les mythiques studios de Cineccita pour marquer le lancement du plan de relance italien financé par l'Union européenne.
© AFP - Alberto Pizzoli

Le monde dans le viseur. Le Premier ministre italien Mario Draghi a mis en scène avec puissance le feu vert de la Commission européenne pour financer son gigantesque plan de relance.

Un homme, une femme. Un studio de cinéma, le mythique "N° 5" de Cineccita. 

La scène se passe à Rome, le 22 juin dernier, mais il ne s'agit pas de cinéma : les deux protagonistes sont Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, et Mario Draghi, le Président du Conseil italien. 

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Cette photo d'Alberto Pizzoli pour l'Agence France Presse illustre la conférence de presse qui s'est tenue dans les légendaires studios de cinéma italiens pour marquer un moment clé pour la reprise de l'économie européenne post-Covid. 

Première bénéficiaire financement européen de 750 milliards d'euros, l'Italie vient en effet de recevoir le feu vert de la Commission européenne pour son plan de relance. Rome recevra au total 191,5 milliards d'euros de Bruxelles, dont 68,9 milliards en subventions directes. Un plan financé par un emprunt commun inédit qualifié par Ursula von der Leyen "d'occasion unique dans la vie" que "nous devons saisir pour préparer l'avenir".

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La photo de l’AFP a été prise dans le cadre d’un pool, pratique qui consiste à limiter la présence médiatique, pour des questions de logistique ou de place, lors de grands événements internationaux ou rencontres, à quelques photographes seulement. Ils sont chargés ensuite de redistribuer leurs images à l’ensemble des médias accrédités. 

Il ne s'agit ainsi pas d'une photo prise par hasard, ni d'une occasion saisie au vol. Ce sont les organisateurs de la conférence de presse – les autorités italiennes – qui ont décidé du lieu de cette séance photo. "Et il a été soigneusement choisi, relève Bruce de Galzain, envoyé spécial permanent de Radio France à Rome. Cinecitta, dans l’inconscient collectif, c’est le symbole de l’Italie de l’après-guerre : une Italie résiliente, qui relève ses manches et se met au travail, et réussit, parce qu'elle a du génie, et qu'elle a fait un choix."

Le fantôme de Fellini

10 min

Un narratif que Mario Draghi, arrivé au pouvoir en février dernier, décline avec constance depuis sa prise de fonction, souligne encore Bruce de Galzain, qui a remarqué les allusions récurrentes à cette Italie des années 1950 dans la communication gouvernementale.

C'est un lieu clé depuis lequel l'Italie a rayonné dans le monde, une image positive au niveau international, et dans laquelle les Italiens se reconnaissent.

Le regard du photographe Ammar Abd Rabbo a lui aussi été immédiatement frappé par cette référence. "L'œil est évidemment attiré par le mot 'Teatro'. Celui-ci est vraiment mythique, ce studio de Fellini et renvoie à une symbolique très forte pour l'Italie." Il note également  la composition de l'image, "avec quelque chose d'un peu irréel", et une analogie immédiate avec la peinture de Edward Hopper, notamment le tableau Room by the Sea, avec l'utilisation des pastels denses, le jeu des lignes droites, les travail des ombres, notamment celle, à droite "où, inconsciemment, on pourrait lire le chiffre 1", s'amuse-t-il.

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Si le choix du lieu est fort, Ammar Abd Rabbo souligne aussi qu'il renvoie à l'idée « du théâtre en lui-même. On est dans une pièce où on joue un jeu, où chaque acteur a un rôle à jouer, et qu'on vient de signer un acte ». Au risque, tempère-t-il, que ceux « qui sont plombés par la désaffection du politique ne soient tentés de ne voir dans l'image de cette Europe salvatrice qu'une "farce"».

L'ancien président de la Banque centrale européenne, réputé pour avoir sauvé la zone euro en pleine crise de la dette, apparaît tout sourire, mais aussi solidement campé sur ses jambes, sûr de sa stature. « Il sait, et fait comprendre aux Italiens qu'ils sont responsables, désormais, devant l'Europe : ce sont les impôts européens qui vont payer la restructuration de l'Italie », décrypte Bruce de Galzain.

La danse de l'UE ?

Sur cette autre photo de ce moment qui circule sur Twitter, ce dernier relève des clins d’œil plus significatifs encore. "La main dans la poche, c’est 'Draghi, l’homme des comptes'". De fait, si Rome s'est montré dans le passé peu efficace dans la gestion de fonds européens, l'arrivée aux commandes du pays de Mario Draghi a changé la donne. "Lui sait compter, et entend montrer comment bien dépenser et affecter cette manne européenne", dit-il. 

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En contrepartie, le Premier ministre italien s'est engagé aux réformes.  Il a nommé une trentaine de commissaires dotés de pouvoirs spéciaux pour ressusciter 57 projets d'infrastructures, enlisés dans les méandres de la légendaire bureaucratie italienne, et pris une série de décrets pour simplifier et accélérer les procédures. 

Et Ursula von der Layen, incarnation de la Commission européenne, semble ainsi danser devant le Président du Conseil italien, note Bruce de Galzain avec amusement. Elle a d'ailleurs vanté en l'Italie « un modèle de reprise ».

La culture au centre

Le cadrage de l'image, « avec cet immense "Teatro" qui semble écraser, dominer les deux protagonistes », est particulièrement réussi, note enfin Ammar Abd Rabbo, qui souligne aussi qu'avec cette mise en scène, c'est aussi la culture qui est mise au centre. « Cinecitta, c'est Fellini, Mastroianni, l'Europe de la culture. Une somme importante a été précisément allouée à ce secteur dans le plan de relance, après un an et demi de crise où on a senti que la culture était le parent pauvre, qui passait bien après les restaurants par exemple. Or, on le voit depuis le début du déconfinement, les gens retrouvent tous les lieux de culture avec empressement : ça leur a tellement manqué, on voit à quel point ce n'était pas accessoire. »