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Quand la Moldavie tourne le dos à Moscou

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David Sassoli, le president du Parlement européen, et Maia Sandu, présidente de la République de Moldavie, à le 19 janvier 2021.
David Sassoli, le president du Parlement européen, et Maia Sandu, présidente de la République de Moldavie, à le 19 janvier 2021.
© AFP - Martin Bertrand/Hans Lucas

Longtemps tiraillés entre roumanophones et russophones, les Moldaves ont semble-t-il basculé dans le camp occidental, celui de l’Union européenne. En gagnant largement la présidentielle et les législatives, Maia Sandu a politiquement tout raflé. Mais Moscou et ses soutiens peuvent encore peser.

En 1812, le Traité de Bucarest, qui met un terme à la seconde guerre balkanique, accorde à la Russie la moitié de la Moldavie, au détriment de la Roumanie, alliée de l’empire austro-hongrois. Ce territoire, augmenté d’une petite partie de l'Ukraine, formera plus tard la République soviétique de Moldavie. De 1812 à 1990, la Moldavie est donc coupée de son histoire roumaine. Et de son ouverture à l'Europe.

Mais, dès août 1991, sur les ruines de l’URSS, le pays proclame son indépendance. Un projet politique auquel s’opposent les russophones, implantés principalement dans la petite partie de la région au-delà des fleuves Dniestr et Boug méridional, qui s’engagent dans une guerre sanglante et créent la "République Moldave de Transnistrie". Cet État, qui ne sera jamais reconnu par la communauté internationale, héberge toujours une base russe, celle de la 14e armée.

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Depuis son indépendance, la Moldavie est donc tiraillée entre les influences russe et roumaine. Une dualité que l’on retrouve dans la politique nationale, qui oppose russophones et roumanophones. De 1991 à 1994, les élections sont dominées par le parti roumanophone, les Agraires, mais en 1998, le parti communiste russophone de Vladimir Voronine prend le pouvoir, qu’il conservera jusqu'à 2009.

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© AFP

Le choix de l'Occident

À partir de cette date, les libéraux et les pro-européens vont commencer à jouer à égalité avec les crypto-communistes. La vie politique moldave se polarise désormais entre une droite roumanophone et pro-européenne – la Roumanie adhère à l’UE en 2007, et a plupart des Moldaves roumanophones ont pris la nationalité roumaine – et une gauche russophone pro-Moscou, dont les partisans, qui prennent volontiers la nationalité russe, se placent sous la protection de Vladimir Poutine.

Tiraillé entre Moscou et Burxelles, Chișinău est pourtant désormais en voie de basculer.

Igor Dodin, socialiste très proche de Vladimir Poutine, s’est vu écarter de la présidence de la Moldavie en novembre 2020. Avec 57 % des voix, c’est Maia Sandu, 49 ans, Première ministre depuis 2019, qui lui succède. Cette économiste, formée à Harvard, a travaillé à la Banque mondiale, au Programme des Nations unies pour le développement, avant de devenir ministre de l’Éducation, est une libérale.

Elle, qui a travaillé sur la candidature de la Moldavie à l’Otan, obtient que le gouvernement d’experts qu’elle conduisait se maintienne au pouvoir en attendant les élections législatives. C’est ce même gouvernement qui a créé, avec l’Ukraine et la Géorgie, le Trio, trois pays souhaitant adhérer à l’Union européenne.

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La fin des vieilles recettes

Les législatives sont un succès pour Maia Sandu, dont le groupe politique, le Parti action et solidarité (PAS), obtient 53 % des suffrages et 63 sièges, contre 27 % pour le Bloc électoral des communistes et des socialistes de Vladimir Vorornine et Igor Dodon, soit 32 sièges. La présidente moldave ne manque d’ailleurs pas de s’en féliciter : 

J’espère qu’aujourd’hui sera la fin d’une ère difficile pour la Moldavie. J’espère qu'aujourd'hui sera la fin du règne des voleurs.

La fin, surtout, d’une génération politique. Maia Sandu a transformé la politique moldave, en mettant en lumière un électorat beaucoup plus jeune, qui parle beaucoup mieux le roumain qu’à l'époque soviétique. Elle parle à un public qui n’est plus nostalgique de la tutelle de Moscou, et à des Moldaves qui travaillent dans toute l'Europe. La diaspora, forte de 3 millions de personnes, a d’ailleurs voté très majoritairement en faveur de Maia Sandu et du PAS. 

À l’opposé, l’opposition communiste et socialiste se crispe dans son allégeance à Moscou, où Igor Dodon s’est rendu pendant la campagne, comme un vassal qui irait se faire adouber par un suzerain. Si discours est simple, voire simpliste. L’UE, l’Otan, l’Occident en général, sont dangereux ; Maia Sandu est corrompue, car elle "vend son pays". Et les derniers scrutins auraient été, disent les communistes et les socialistes, entachés de fraudes massives – ce que l’OSCE a démenti. 

Le fiasco électoral des pro-russes marque-t-il pour autant la fin de partie ? Pas si sûr. En le départ de la base militaire russe installée en Transnistrie et l’installation, à sa place, d’observateurs de l’OSCE, elle a sans doute irrité le Kremlin. Or la Russie a encore les moyens d’exciter les indépendantistes  de la "République Moldave de Transnistrie", tout comme ceux de la "République autonome de Gagaouzie", des Turcs orthodoxes pro-russes, installés dans le sud du pays depuis 1812. Et les élections autonomes gagaouzes auront lieu en septembre prochain.