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Quand la science fait scène comble

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Thèses en 180 secondes, Famelab, conférences TedX… Les formats courts de vulgarisation des savoirs attirent le public. Pour intéresser, les intervenants de ces micro-conférences ont recours aux ficelles du stand-up : émotion, phrases percutantes, humour. Il s'agit de capter rapidement l'attention des spectateurs, afin de piquer leur curiosité.
"L’implication des récepteurs 5-HT2A dans la modulation des interneurones PKC gamma dans un contexte d’allodynie ." Le titre a de quoi laisser perplexe les profanes en neurosciences. Et pourtant, en trois minutes de temps, Noémie Mermet, jeune doctorante à l’université d’Auvergne dans le laboratoire NEURO-DO, a simplifié autant que possible son sujet afin d’expliquer à un public curieux de quoi il retournait :

Communiquer avec le public
Avec cette prestation, la jeune femme a remporté, en 2014, le concours “Ma thèse en 180 secondes”, face à d’autres sujets tels Traitements anti-angiogéniques pour la prise en charge des phéocromocytomes ou encore* Identification d’inhibiteurs de l’invasion collective des cellules de carcinomes par criblage de banques en culture organotypique en 3D* .

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> A retrouver: toutes les émissions "Idées, savoirs: la relève" diffusées pendant la semaine spéciale

Au concours régional, nous étions onze, il n’y avait pas de public... J’étais à mille lieues de m’imaginer que ça prendrait ces proportions là ”, se remémore Noémie Mermet, qui a également remporté le concours international, à Montréal. Ces épreuves originales ont en effet suscité l'intérêt des spectateurs comme des médias et, en 2015, le succès ne s’est pas démenti : plus de 800 personnes sont venues assister à la finale française du concours. Les trois lauréats sont attendus pour la finale internationale à Paris, en octobre prochain. “Malheureusement, on ne nous apprend pas vraiment à vulgariser la science, alors qu'on a tout intérêt à savoir le faire, témoigne Noémie. Ce concours est intéressant parce qu’il nous forme. Nous allons être la relève de la recherche, et ça donnera par la suite des scientifiques qui ont envie de communiquer leur science auprès du grand public ” :

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40 sec

“Il n’y a pas besoin d’être exhaustif pour être exact”
Margaux Larre-Perez, finaliste d’un autre concours fonctionnant sur le même procédé, le Famelab France, est quant à elle heureuse de constarer que tous ces jeunes sur scène “cassent un peu l’image qu’on a du vieux scientifique papy en blouse blanche. Ca montre aussi l‘éventail des personnes qui participent à la recherche : les doctorants, les post-doc, les ingénieurs.. .".

Cette chercheuse, postdoctorante en psychologie cognitive, estime intéressante la confrontation des deux partis : “nous essayons de communiquer quelque chose et le public vient vers nous, pour essayer de creuser, d’apprendre. [...] Ici, l’intérêt du format court, c’est que ça effraie moins les gens ” :

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1 min

Dans la même veine de format court, Margaux et ses collègues du Collectif Conscience ont ainsi créé un compte Twitter nommé “En direct du labo”, où, chaque semaine, un scientifique intervient afin de raconter son métier en 140 caractères :

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Capter l’attention
Le maître mot de ce partage d’information en temps limité, c’est évidemment l’attention. “On est naturellement curieux et donc les sujets originaux nous attirent, c’est quasiment physiologique ”, assure Michel Levy-Provençal, importateur, à Paris, des conférences TedX, connues pour accumuler les millions de vue sur Youtube, aux Etats-Unis où elles ont été créés, puis dans le monde entier où elles ont été relayées.

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Un sujet qui sort de l’ordinaire attire plus l’attention. On fait en sorte, systématiquement, d’avoir sur scène des intervenants qui apportent de nouvelles idées, c’est la première chose. La seconde, c’est le format court. Au delà d’une vingtaine de minutes, notre attention baisse, surtout quand les sujets abordés ne sont pas nos sujets de prédilections" :

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2 min

Un tweet, une phrase marquante, sont déterminants dans ces interventions qui brillent par leur brièveté. L’objectif assumé est de capter suffisament l'attention du spectateur pour l'amener à s'intéresser de lui-même au sujet traité.

La* punchline* , nouvelle forme d'entrée dans des domaines de réflexion complexe ?

Pas si sûr : à force de rechercher l'attention, on risque surtout de la détruire, assure ainsi le philosophe Bernard Stiegler. Lui dit se méfier en partie de ce genre de formats :