Publicité

Quand le kitsch devient un modèle de société...

Par
Quand le kitsch devient un modèle de société...
Quand le kitsch devient un modèle de société...
© Getty - moodboard

La kitschification s’inscrit dans une mondialisation libérale qui brasse les cultures selon les règles marchandes des industries culturelles. Le kitsch paraît être la pente de toute production qui verse tôt ou tard dans sa caricature. Le kitsch est triomphant, il s’affiche avec arrogance.

De l’essai savant à la presse à grand tirage, du musée à l’écran de cinéma ou d’ordinateur, dans des domaines aussi variés que les arts plastiques, la décoration, le cinéma, le théâtre, le clip, la décoration d’intérieur ou la mode vestimentaire, le kitsch est partout aujourd’hui. Le kitsch semble insaisissable. Goût, style, manière, mode d’existence, genre artistique, classes d’objets : il semble être un prédicat protéiforme applicable à tout en toutes circonstances au gré de chacun. Les caractères naguère identifiés par Greenberg ou Moles semblent laisser la place aujourd’hui à des modulations floues. Permettant naguère d’identifier le goût d’une classe bourgeoise et un type d’objets afférents, ce vocable acquiert aujourd’hui un usage universel exprimant bien souvent la réaction d’un choc culturel, péjorative ou laudative. On peut interpréter cela comme une extension de sens qui perd en acuité. Il nous semble que ces conversions, inversions et interversions des valeurs et des signes relèvent en fait d’un processus de kitschification d'objets socialement marqués.

Si différentes que soient les origines des mépris humanistes, de droite et de gauche, la culture de masse est considérée comme camelote culturelle, toc, ou comme on dit aux États-Unis, kitsch. Edgar Morin

Publicité

Voir dans le concept de kitsch une sorte d'opérateur qui permet d'en étendre le champ sémantique et le champ d'application. Par là même, il ne s’inscrit plus dans une dichotomie entre le vrai et le faux, entre l’original et le pastiche, entre le chic le toc, mais dans un monde d’économie compassionnelle qui semble ruiner les notions d’authenticité et de vérité, et même toute ontologie.

Le devenir kitsch: un modèle global pour nos sociétés ? par Christophe Genin

1h 11

Une conférence enregistrée en août 2017 dans le cadre du colloque "Le kitsch : défintions, poétiques, valeurs", sous la direction de Franz Johansson et Mathilde Vallespir.

Christophe Genin, agrégé de philosophie et docteur d'État ès Lettres et Sciences humaines, professeur en philosophie de l'art et de la culture à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, dirige la ligne Études de la Culture. 

3 min
3 min