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Quand le "V4", groupe de Visegrád, vole au secours de candidats boudés par l’Europe

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En marge de la réunion du Groupe de Visegrad à Katowice, Pologne, République tchèque, Slovaquie et Hongrie ont plaidé fin juin pour l’intégration européenne des pays des Balkans occidentaux.
En marge de la réunion du Groupe de Visegrad à Katowice, Pologne, République tchèque, Slovaquie et Hongrie ont plaidé fin juin pour l’intégration européenne des pays des Balkans occidentaux.
© AFP - Beata Zawrzel / NurPhoto

Pologne, République tchèque, Slovaquie et Hongrie - ces membres de l’Union européenne réunis au sein du groupe de Visegrád (V4) - s’engagent désormais en faveur des pays balkaniques occidentaux candidats à l’intégration européenne : Serbie, Monténégro, Macédoine du Nord et Albanie.

Pour rappeler en Europe de l’Ouest que les Balkans occidentaux attendent toujours leur droit d’entrée dans l’Union européenne, les quatre ministres des Affaires étrangères du groupe de Visegrád (V4), qui réunit la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie, accompagnés de leur homologue croate, ont invité leurs collègues des quatre pays des Balkans occidentaux, la Serbie, le Monténégro, la Macédoine du Nord et l’Albanie. Et le choix du lieu ne doit rien au hasard. Tous se sont retrouvés au château de Rogalin, en Pologne. Ou plus précisément, dans la "Grande Pologne", à l’ouest du pays. Une région trimbalée par l’Histoire, surtout les Allemands et plus précisément les Prussiens, mais aussi une région décisive pour la construction européenne.

Le château de Rogalin, cette merveille baroque du XVIIIe siècle, a longtemps appartenu à la famille Raczynski, des aristocrates patriotes polonais qui ont lutté pour une Pologne indépendante alors que le pays passait d’une influence à une autre : prussienne puis autrichienne, russe, nazie et soviétique. 

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Dans une Europe pacifiée et réunie, Rogalin rappelle aux Occidentaux que l’Europe est toujours en guerre, en Ukraine notamment, et pas encore unie, en particulier dans les Balkans occidentaux. Le geste du V4 et de la Pologne, qui préside le groupe, est très limpide : l’Europe doit clarifier sa position sur l’adhésion de la Serbie, du Monténégro, de la Macédoine du Nord et de l’Albanie.

Les Pays-Bas, le Danemark et la France n’ont accepté que du bout des lèvres les candidatures de ces pays. Et ils ne font rien pour accélérer le processus.

Certes, tous ne sont pas dans la même situation. Belgrade et Podgorica apparaissent les plus avancés dans leurs dossiers européens. La Serbie a déposé sa candidature en décembre 2009 et, en octobre 2011, la Commission européenne a confirmé l’ouverture du processus d'adhésion. La Serbie, qui a bouclé deux chapitres relatifs aux acquis fondamentaux (sur 35 !), pourrait intégrer l’UE en 2025.

Un sentiment d'abandon

Le Monténégro a déposé son dossier en décembre 2008, reçu favorablement en décembre 2010. Mais depuis, le pays n’a pas vraiment avancé dans les acquis communautaires. L'Albanie et la Macédoine du Nord, elles, sont encore plus en retard, la première du fait de faiblesses internes (politiques, économiques…), la seconde du fait d’un contentieux avec la Grèce.

Mais que fait Bruxelles pour aider les impétrants à avancer, interroge en substance le V4 ? Pologne, République tchèque, Slovaquie et Hongrie estiment que dans l’examen des 35 chapitres de l’acquis communautaire, les pays des Balkans occidentaux ne sont absolument pas aidés par les Européens de l'Ouest. Ils sont même abandonnés. 

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Au cours de la conférence de presse qui a terminé le sommet de Rogalin, Zbigniew Rau, le ministre Polonais des Affaires étrangères, a déclaré "craindre que le rythme des négociations, que le processus d'élargissement, soient prolongés excessivement". Même chose pour Bujar Osmani, son homologue macédonien, qui souhaite "que le processus d'adhésion s'accélère" pour que les peuples balkaniques ne désespèrent pas de l'Europe.

Pour le V4, et la Croatie, il faut que le processus soit relancé sans délai. Car "l'agrandissement est un but commun et stratégique pour l’UE et un futur pour les pays des Balkans occidentaux". En creux, les pays d’Europe centrale se souviennent que l’adhésion à l’UE leur a permis de s’affranchir des influences russes. Et ils n’en souhaitent pas moins à leurs voisins des Balkans, courtisés ou manipulés par Moscou.