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Quand Mitterrand disait : "Celui qui n'accepte pas la rupture avec la société capitaliste ne peut être au PS"

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François Mitterrand entouré de Pierre Mauroy et Pierre Joxe au congrès d'Epinay, en1971.
François Mitterrand entouré de Pierre Mauroy et Pierre Joxe au congrès d'Epinay, en1971.
© AFP

Procédure d'éviction contre Valls d'un côté, création d'un mouvement politique par Hamon de l'autre... le PS n'en finit plus de convulser sur fond de désaccords idéologiques exacerbés par le quinquennat Hollande. Dans les archives, deux discours de Mitterrand racontent déjà ces tiraillements.

Au moment où le Parti socialiste entamait sa procédure d'exclusion contre Manuel Valls qui venait de solliciter l'étiquette "majorité présidentielle" pour les législatives des 11 et 18 juin, Benoît Hamon annonçait la création d'un mouvement pour début juillet. L'éphémère candidat officiel de la rue de Solférino à la présidentielle n'a pas encore dit jusqu'où il comptait s'inscrire dans le giron du PS. Mais cette double actualité montre s'il en était encore besoin combien l'implosion du parti de Jean-Christophe Cambadélis est avancée.

Les divisions ne datent pas d'hier et l'histoire de ce parti est jalonnée de luttes entre courants. Mais c'est ironiquement le quinquennat de François Hollande, réputé "l'homme de la synthèse", qui aura mis à jour les divergences idéologiques les plus saillantes au PS. A aucun moment depuis son arrivée au pouvoir en 2012, Hollande ne se sera hasardé à une définition programmatique du socialisme. Confronté sur son flanc gauche à ceux qu'on a appelés "les frondeurs" là où lui se réclamera plutôt du pragmatisme, il n'a pas davantage arbitré qui pouvait s'en réclamer... ou pas.

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Socialiste comme anticapitaliste

François Mitterrand, lui, l'avait fait. Au congrès d'Epinay de 1971, qui allait sceller son hégémonie sur le PS et l'Union de la gauche, Mitterrand deviendra Premier secrétaire et dira ceci à la tribune :

"Celui qui n'accepte pas la rupture avec l'ordre établi, avec la société capitaliste. Celui-là, je le dis, ne peut pas être adhérent du Parti socialiste."

François Mitterrand au congrès d'Epinay-sur-Seine, 13 juin 1971, dans les journaux de France Inter

29 sec

Avant sa mort, Pierre Mauroy était revenu sur l'impact de ce discours dans l'émission "Radio Libre" diffusée sur France Culture en août 2005, à l'occasion des cent ans de la SFIO. Celui qui sera le premier Premier ministre de Mitterrand en 1981 estimait que ce dernier avait notamment emporté le poste de Premier secrétaire "sur la force de son verbe".

Alors que le Parti socialiste semble en état de mort avancée, vous pouvez réécouter ici ces quatre heures de "Radio libre" qu'Agnès Chauveau consacrait à l'histoire du PS (déchirements compris) par ici :

Cent ans de socialisme 1/2 - 1ère partie, "Radio libre" le 14 août 2005 sur France Culture

59 min

Cent ans de socialisme 2/2 - 1ère partie, "Radio libre" le 14 août 2005 sur France Culture

1h 00

Cent ans de socialisme, 2ème partie, 1/2, "Radio libre" le 14 août 2005 sur France Culture

1h 03

Cent ans de socialisme, 2ème partie, 2/2, le 14 août 2005 sur France Culture

57 min

Douze années après Epinay, dont deux passées à l'Elysée suite à son élection le 10 mai 1981, le même François Mitterrand choisira la dérégulation des marchés financiers et privatisera une bonne partie des entreprises nationalisées à son arrivée au pouvoir. Ce qui restera comme "le tournant de la rigueur", et un volte-face doctrinaire spectaculaire, nourrit toujours les divisions au PS... jusqu'aux convulsions que connait aujourd'hui le PS, un quart de siècle plus tard.

R comme rigueur

Il reste une trace radiophonique de ce tournant vers la rigueur, à l'occasion du discours prononcé par Mitterrand lors de ses voeux aux Français pour l'année 1983 :

"Ce que l'on appelle la politique de rigueur n'est qu'une épreuve de vérité. Elle met en pleine lumière les aspérités du terrain et montre à tous l'itinéraire pour en sortir."

Définition de la politique de la rigueur par François Mitterrand le 1er janvier 1983

17 sec

archives INA - Radio France.

A redécouvrir aussi : "Le socialisme au pouvoir : des "frondeurs" toujours", Concordance des temps, le 6 février 2016 sur France Culture.