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Quand un Toutânkhamon en détrône un autre

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L'exposition "Toutânkhamon, le trésor du Pharaon" a été prolongée d'une semaine à Paris.
L'exposition "Toutânkhamon, le trésor du Pharaon" a été prolongée d'une semaine à Paris.
© AFP - STEPHANE DE SAKUTIN

Le fil culture. L’exposition « Toutânkhamon, le trésor du Pharaon », a dépassé le seuil des 1,3 million de visiteurs. À trois semaines de sa fin, elle devient ainsi l’exposition la plus visitée de la capitale depuis… l’exposition «Toutânkhamon et son temps », en 1967.

C’était un succès annoncé. Visible à la Grande Halle de La Villette à Paris depuis le 23 mars dernier, l’exposition consacrée à Toutânkhamon a battu des records de fréquentation. En l’espace de cinq mois seulement, 1 371 476 billets ont été vendus.

Pour fêter l’événement, l’exposition s’offre une prolongation d’une semaine (jusqu’au 22 septembre), ainsi que de nouveaux horaires pour accueillir toujours plus de spectateurs : les 150 trésors découverts en 1922 dans la tombe du pharaon pourront désormais être admirés du lundi au samedi de 8h30 à 22h30… Après Los Angeles et Paris, l’exposition-star poursuit sa tournée à Londres et s'installe à la Saatchi Gallery jusqu’au 3 mai 2020.

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L’Égypte antique, une passion française

Organisée par le Ministère des Antiquités Égyptiennes avec le concours du Musée du Louvre, l’exposition se veut immersive. Sur les pas de l’archéologue britannique Howard Cartner et de son ami Lord Carnavon, on découvre les statuettes et pierres précieuses qui ont accompagné, dans son sarcophage, le jeune souverain vers l’au-delà – des objets qui pour certains, voyagent pour la première fois hors de leur berceau égyptien.

Pourquoi un tel succès ? Comment expliquer la fascination exercée par ce roi d’Égypte dont le règne fut pourtant moins glorieux que celui de son père Akhenaton ? Invité dans les Matins d’été, l’écrivain Jacques Attali revenait sur l’engouement populaire pour l’Égypte antique. Selon lui, cette exposition, par effet de perspective, permet d’interroger notre rapport contemporain au temps : 

Les Égyptiens de l’Antiquité se posaient la question de leur survie, mais autrement que nous car, selon les classes sociales, on avait le droit à différentes classes d’éternité. (...) Ce que l’on voit aujourd’hui est obscène puisqu’on l’a volé dans les tombeaux (…). C’est une vision qui nous donne un regard sur les choses que les Egyptiens ne voulaient pas que l’on voit et qui nous fascine parce que cela nous renvoie à la façon dont ce peuple pensait son immortalité, qui est bien différente de la nôtre. Jacques Attali

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Toutânkhamon bat… Toutânkhamon

Avec plus de 1,3 million de visiteurs, l’événement de la Grande Halle dépasse ainsi le record de fréquentation de la précédente exposition dédiée au pharaon en 1967, au Petit Palais. Organisée par l'égyptologue Christiane Desroches-Noblecourt, engagée dans la conservation des temples de Nubie, l’exposition avait attiré 1 240 000 visiteurs en un peu plus de six mois, devenant l’une des premières grandes expositions culturelles grand public.

Inaugurée en présence d’André Malraux alors ministre de la Culture, l’exposition "Toutânkhamon et son temps" concrétisait le souhait de sa commissaire de présenter pour la première fois au public des objets personnels découverts dans le tombeau inviolé du souverain. Au terme d’un parcours consacré aux rites funéraires égyptiens, les spectateurs pouvaient découvrir le fameux masque en or de Toutânkhamon.

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Dans La Fabrique de l’histoire, Emmanuel Laurentin revenait sur cette exposition exceptionnelle, avec sa commissaire, l’égyptologue Christiane Desroches-Noblecourt, et l’historien Pascal Ory :

J’ai été voir le Ministre de la Culture égyptien, je lui ai dit : il faut absolument que tu organises au sein de ton gouvernement, la possibilité de faire une exposition d’objets égyptiens à Paris. Paris, c’est la patrie de Champollion. J’en prends l’initiative, tant mieux si ça réussit. Cette exposition ne pouvait se faire que par un trésor, sinon ce n’était pas la peine. J’ai pu obtenir de sortir les objets des vitrines. Pourquoi ? Parce que j’avais fait tellement pour sauver les temples de Nubie que le Ministre de la Culture n’a pas pu me refuser d’obtenir les objets de Toutânkhamon. Christiane Desroches-Noblecourt

On peut voir cette exposition Toutânkhamon comme une sorte d'apogée de la culture "à la Malraux" : en route pour une nouvelle religion, avec les artistes comme dieux ! Cette exposition et son succès illustrent la spectacularisation progressive des expositions d'art, et l'entrée dans une ère de mise en scène de la culture par l'Etat. Elle se situe au début aussi de la culture mesurée à l'aide de statistiques, statistiques sur lesquelles ont planché de jeunes chercheurs... comme Pierre Bourdieu. Pascal Ory

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