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Quand Vincent Bolloré négocie avec le CSA

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Vincent Bolloré à sa sortie du CSA le 24 septembre 2015
Vincent Bolloré à sa sortie du CSA le 24 septembre 2015
© Radio France - Eric Chaverou

Le patron de Vivendi et de Canal+ s’est longuement expliqué ce matin, à l'invitation des sages de l’audiovisuel. Une première depuis qu’il contrôle le groupe et ses médias, au printemps, avec depuis cet été un tourbillon de changements et d’annonces dans les organigrammes et les programmes.

Ce jeudi, le milliardaire s'est notamment engagé à créer un comité d'éthique à Canal + et à renforcer celui d'Itélé et à un groupe de travail avec le CSA.

Près de deux heures de confrontation à huis clos pour deux communiqués (à lire ci-dessous) . Le CSA parle ainsi à propos d’« une stratégie d’ensemble » d’« un échange approfondi ». Canal + le qualifie de « serein et courtois ».

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A sa sortie, celui qui est aussi, entre autres, le père d'Autolib' et de l'un des plus grands empires économiques d'Afrique, a renvoyé à son communiqué. Avant tout de même de confier son « plaisir de venir devant le CSA, d'y être auditionné ». Et d'ajouter, tout sourire : « toute mon histoire a toujours été en accord avec la réglementation française » :

Les sages ont rappelé leurs prérogatives à celui venu avec Jean-Christophe Thiery, le président du Directoire du groupe Canal+, et Maxime Saada, le directeur général. Prérogative comme l'agrément pour transformer Itélé en CNews et D8 et D17 en C8 et C17.

Et les deux parties ont abouti à la création d’un groupe de travail en commun, complété par l’engagement immédiat de Vincent Bolloré de reconstituer le comité d’éthique d’Itélé et d’en créer un à Canal Plus. Comités attendus dans les prochaines semaines, sous le contrôle du CSA.

Des premiers pas positifs pour Jean-Pierre Canet, le rédacteur en chef du documentaire sur le Crédit mutuel qui aurait été censuré par Vincent Bolloré . Mais celui qui appartient au collectif « Informer n’est pas un délit » reste dubitatif :

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39 sec

Ce collectif d’une cinquantaine de journalistes s’étonne aussi que le CSA n’a pas obtenu du milliardaire une mise à jour de la convention de Canal +. Sa charte de garantie éditoriale très détaillée en a en effet disparu depuis dix ans. Une mise à jour de cette convention pourrait toutefois avoir lieu sur le modèle de celles encadrant TF1 et M6.

A l'origine d'une tribune dans Mediapart et Le Monde, avec Reporters sans frontières, une douzaine de sociétés de journalistes, la Société civile des auteurs multimédia (Scam) et l'association du prix Albert Londres, ce collectif rencontrera à son tour des membres du CSA mardi prochain.

C'est un marché en cours, qui peut tourner au marché de dupes.

Patrick Eveno, historien des médias, enseignant à l'université de Paris I, Tolbiac
Patrick Eveno, historien des médias, enseignant à l'université de Paris I, Tolbiac
© Radio France - Frédéric Says

Historien des médias, Patrick Eveno faisait aussi partie du comité d'éthique d'Itélé. Mais il en a démissionné début septembre dernier, avec Julie Joly, la directrice du Centre de formation des journalistes. Ils protestaient contre l'éviction des deux dirigeantes d'alors de la chaîne et le fait de n'avoir été ni informés, ni consultés. Et s'interrogeaient sur la prise de pouvoir de Vivendi.

Ce qui s'est produit aujourd'hui lui apparaît comme « une mise sous tutelle éditoriale par le CSA de Canal + et d'Itélé. Sauf que Bolloré, on ne sait pas s'il l'entend de cette oreille là. Bolloré négocie parce qu'il sait qu'il a affaire au CSA qui a des pouvoirs de nuisance pour lui. C'est-à-dire le changement de nom des chaînes ou la gestion de la plage en clair de Canal +, etc. ». (...) « Après, il sait qu'il a du temps devant lui. Un petit peu, peut-être pas trop s'il y a une vague de désabonnement. Mais au moins un petit peu. Et qu'il peut espérer faire traîner les choses, et pendant ce temps continuer à mettre de l'ordre à sa manière dans le groupe Vivendi Canal + ». Patrick Eveno :

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2 min

Patrick Eveno à retrouver aussi dans le Journal de la Culture de Zoé Sfez, également consacré à ce dossier, avec la réaction de la Scam :

Le journal de la culture par Zoé Sfez

11 min

<strong>Les industriels sont-ils l'avenir de la presse française ?</strong>

Avec celle de la concentration des médias, c'est une question majeure que repose cette recomposition économico médiatique. Un industriel ou un financier aux manettes d'un média est un cas fréquent en France (Dassault, Arnault, Niel, Pigasse...) et cela interroge. Journaliste aux Échos, Leïla de Comarmond était l'invitée de Culture Eco ce matin à propos du modèle économique de la presse en France aujourd'hui . Elle répond à Amélie Perrier :

Culture éco par Amélie Perrier

5 min

Et jeudi dernier, Les Matins de Guillaume Erner conviaient eux à leur table Julia Cagé, Daniel Schneidermann, et Agnès Verdier-Molinié pour analyser les risques pour la démocratie d'oligarques à la tête de médias :

Communiqué du CSA après l'audition de Vincent Bolloré

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Communiqué du Groupe CANAL+ après l'audition de Vincent Bolloré par le CSA

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