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Quatre grands axes de la pensée Trump

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Donald Trump en bas de la Trump tower à New York, le 8 octobre 2016
Donald Trump en bas de la Trump tower à New York, le 8 octobre 2016
© Reuters - Mike Segar

L'idéologie défendue par le nouveau président des États-Unis a pu paraître brouillonne, tant son discours est parfois difficile à appréhender. A l'aide des émissions de France Culture, quelques clés pour mieux comprendre les grandes idées défendues par Donald Trump.

Une politique populiste

Derrière le personnage de Donald Trump se cache une longue tradition politique : celle du populisme, dont l'historien Romain Huret met en lumière les rouages sociaux et les implications intellectuelles. Le succès de Donald Trump invite à comprendre les populismes, pas seulement aux États-Unis, mais partout dans le monde, sans proposer d'explication simpliste à leur émergence.

Ecoutez Les Nouveaux Chemins de la connaissance : Et si Donald Trump avait tout compris

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"Il y a un nombre d'éléments qui définissent le populisme et le premier qui revient sans cesse dans l'Histoire des États- Unis, mais pas seulement là, c'est le rejet des élites. Et on voit bien que Trump, même si lui-même appartient aux élites américaines, rejette les élites. Et ce qui est très intéressant c'est que ce discours [...] explique son succès. De tous les candidats républicains c'est celui qui avait le discours le plus dur contre les élites, contre Washington, et qui a promis de faire de la politique autrement. Et là on a une marque très forte du populisme aux États-Unis. Je crois que si on devait vraiment définir ce qui caractérise le populisme, c'est la promesse de changer les structures. Et c'est là le paradoxe du populisme : participer à une vie électorale, tout en promettant d'en changer les structures mêmes." Romain Huret

"Le populisme n'est pas forcément l'apanage du conservatisme. Ce que Trump et Mc Carthy ont en commun, c'est de surfer sur une forme de rébellion, d’indignation, voire de haine, dit Hofstadter, de la société américaine telle qu'elle est aujourd'hui. " Adèle Van Reeth

En économie, "une démondialisation assumée"

Le programme économique de Donald Trump n'est pas aussi orthodoxe qu'il y paraît. S'il se coule dans les principes du parti républicain (le libre-échange comme socle dans les relations internationales, le moins d’État, le moins d’impôts, le marché pour le marché), dans plusieurs domaines, on constate que Donald Trump ne respecte pas toutes les tables de la loi économique conservatrice, prévoyant même des aides étatiques aux infrastructures, une réduction des dépenses de défense ou le refus de traités de libre-échange.

Ecoutez Les Enjeux internationaux : le programme économique de Donald Trump

"La vision économique repose sur quatre piliers : une réforme fiscale de grande ampleur, une déréglementation extrêmement agressive, l'indépendance énergétique et la renégociation de l'ensemble des accords de libre-échange. Donc finalement une démondialisation, si on peut s'exprimer ainsi, assumée par Donald Trump. Son ambition c'est d'entraîner un renouveau économique américain, de remettre les États-Unis sur un sentier de croissance beaucoup plus élevé, 4 % par an. De retrouver finalement la croissance des années Reagan." Josse Roussel, enseignant-chercheur à Paris School of business.

Une politique étrangère isolationniste

Le candidat républicain veut un désengagement des États-Unis dans le monde. Sur la politique étrangère, il se démarque du consensus interventionniste néo-conservateur du parti républicain.

Ecoutez Une semaine dans le monde : de Trump à Clinton, quelle politique étrangère américaine ?

"Les différences sont considérables entre Donald Trump et Barack Obama sur la politique intérieure comme étrangère. [...] Mais quand on y regarde de plus près on voit que les deux incarnent un doute sur le rôle de la puissance américaine sur la scène internationale et une forme, pas forcément d'isolationnisme, mais de repli sur soi. Et c'est particulièrement prononcé avec le slogan "America first" qui reprend le nom de l'association pacifiste, non interventionniste des années 30 de Charles Lindbergh, qui voulait faire en sorte que les États-Unis ne s'impliquent pas en Europe contre l'Allemagne nazie." Benjamin Haddad, expert de l’Hudson Institute pour les États-Unis

Recréer le rêve américain

Invité de "Paso doble, le grand entretien de l'actualité culturelle", l'essayiste et journaliste Ian Buruma expliquait le 2 novembre dernier en quoi Donald Trump essayait de remettre au goût du jour le mythe du rêve américain.

Ecoutez : Ian Buruma : "Donald Trump vend du rêve américain mais il le fait de la façon la plus sale et toxique qui soit”

"Le problème, c’est que ce rêve américain n’est plus vraiment d’actualité pour de nombreux américains. Il n’y a pas si longtemps, la plupart, même très pauvres, pensaient qu’en travaillant dur et avec un peu de chance, on pouvait devenir millionnaire, avoir d’une certaine façon un morceau de ce rêve américain. Mais à cause du changement économique, qui est mondial et pas seulement américain, à cause de cette mondialisation, à cause de la disparition progressive de l’industrie, à cause d’une économie menée davantage par la finance que par la production, une grande partie de la classe laborieuse et industrielle a l’impression d’avoir été oubliée, qu’il n’y a plus rien pour elle, que sa situation s’est dégradée. Et ces gens-là sont très en colère."