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Quel rôle diplomatique pour les rois, reines et autres princes ?

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Les services du Prince William ont insisté sur le caractère apolitique de sa visite, la première officielle d'un membre de la famille royale à la fois en Israël et dans les Territoires palestiniens.
Les services du Prince William ont insisté sur le caractère apolitique de sa visite, la première officielle d'un membre de la famille royale à la fois en Israël et dans les Territoires palestiniens.
© AFP - KHALIL MAZRAAWI

Le prince William revient de quelques jours au Proche-Orient. C’était la première fois qu’un membre de la famille royale britannique se rendait en Israël et dans les territoires palestiniens. Mais quel est le rôle diplomatique des rois, reines, princes européens ?

La Jordanie, Israël, les territoires palestiniens, tel était le programme du voyage officiel du prince William pendant quelques jours. Une visite à la demande du gouvernement britannique, qualifiée d’historique par Kensington palace : "Le duc a pris en compte le caractère historique de cette visite, et considère comme un privilège le fait d’être le premier membre de la Famille royale en visite officielle en Israël et dans les Territoires palestiniens occupés.", peut-on lire sur le compte Twitter officiel.

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Ce déplacement du duc de Cambridge était dénué de message politique, a-t-on assuré outre-Manche. On y souligne que le second dans l'ordre de succession à la couronne britannique n’est pas une personnalité politique. Mais le prince William a paru bousculer mercredi le langage diplomatique usuel en qualifiant les Territoires palestiniens de "pays". Quel est le rôle diplomatique des représentants de la monarchie britannique ? Et plus largement d’autres monarques européens ?

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Le symbole du pays

Dans l’Union européenne, il reste 7 monarchies modernes : le Royaume-Uni, l’Espagne, la Belgique, le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suède. Le rôle d’un roi ou d’une reine est avant tout celui de la représentation. Frédéric Rouvillois, professeur de droit public à l’université de Paris Descartes, compare le rôle des monarques actuels à celui des Présidents français sous la IIIe République. "Dans les deux cas, nous avons un chef d’Etat d’un régime parlementaire, qui n’a plus de pouvoir véritable car il est exercé par le chef du gouvernement. Le Président de la IIIe République et le souverain conservent un rôle d’incarnation, de représentation, qui va se manifester tout particulièrement à l’international. Par exemple, les Présidents de la IIIe République sont impuissants du point de vue de la politique intérieure. En revanche, ils sont omniprésents pour les grandes représentations diplomatiques." 

Le roi incarne le pays et représente la continuité historique. "Il règne mais ne gouverne pas, ajoute Isabelle Rivère, journaliste et auteure de Charles et Camille : une histoire anglaise, chez Fayard. Il n’a pas de rôle politique à proprement parler. Sa mission, lorsqu’il est à l’étranger, est une mission de représentation. A l’intérieur de leur royaume et à l’extérieur, ils ont un rôle de lien". Lorsque le roi, la reine, ou le prince héritier prononcent un discours à l’étranger, celui-ci a été validé, voire écrit auparavant par le gouvernement, "ces personnalités ne s’expriment que très rarement en leur nom", ajoute la journaliste. 

Mais avant d’accéder au trône, les princes héritiers reçoivent un enseignement solide. C’est le cas notamment du roi d’Espagne, ou encore du roi des Pays-Bas ou de Belgique.

Les princes suivent des formations extrêmement poussées, dans tous les domaines, le droit constitutionnel, les relations internationales, et ils arrivent avec ce solide bagage, armé pour représenter leur pays, selon Isabelle Rivère.

Le roi des Belges à l'ONU

Si la représentation consiste souvent pour les rois, reines, princes, princesses à se rendre en visite officielle dans un pays, parfois, elle prend une autre tournure. Fin avril, le roi des Belges, Philippe, s'est rendu à la tribune de l'Organisation des Nations unies, à New-York. C'était la première fois qu'un roi belge prenait la parole dans l'enceinte de l'ONU. Le monarque s'est exprimé en préambule d'une réunion pour la consolidation et la pérennisation de la paix. Il a défendu la paix, mais aussi la candidature de son pays à un siège de membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Il n'a pas évoqué explicitement la candidature de la Belgique mais a vanté ses qualités. Sur le fond, le discours n'avait rien d'exceptionnel, mais la forme et le lieu étaient importants et symboliques. 

Réaliser une paix durable dans le monde, n’est-ce pas là notre ambition à tous ? Cette paix est plus que jamais nécessaire, mais aussi plus que jamais à notre portée. Ce n’est pas une utopie. Il faut y croire et agir en conséquence.              
Le roi des Belges

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Espagne, de la diplomatie économique au rôle d’unité

Les rois et reines incarnent la continuité historique et surtout l'unité de leur pays, en particulier en Espagne. La monarchie y a été restaurée après la mort de Franco, en 1975. Juan Carlos s’installe sur le trône après la mort du dictateur. Le roi d’Espagne a donc avant tout un rôle symbolique. "Juan Carlos a vraiment eu un rôle diplomatique majeur pour représenter l’Espagne, explique Benoît Pellistrandi, historien, spécialiste de l’Espagne contemporaine. Il a été un facilitateur de contrat. Il a donc mêlé un rôle politique de représentation majeur et un rôle fondamental dans les affaires et dans la signature de grands contrats." Ce qui n’a pas été sans faire du bruit dans le pays, car il entretenait des relations très étroites avec la famille royale saoudienne. "A la fin du règne de Juan Carlos, ajoute l’historien, on s’est rendu compte que cette diplomatie économique n’était pas sans zone d’ombre. Il y a eu des soupçons de versements de commissions, de transferts d’argent, notamment via la maîtresse du roi, sans que cela ne soit prouvé."

En 2014, Juan Carlos abdique pour laisser le trône à son fils, Felipe VI. Débute alors une opération de restauration de la figure monarchique et de la neutralité monarchique. "Felipe VI ne joue plus la carte de son père. Il est plus discret et il a compris qu’il ne pouvait plus être un Juan Carlos bis. Felipe VI est très prudent et ‘vend l’image de l’Espagne’", détaille Benoît Pellistrandi. Mais depuis quatre ans, son règne reste difficile, l’Espagne est encore en proie à une crise économique et surtout à une crise territoriale avec la Catalogne.

Au comble de la crise catalane, Felipe VI s’est exprimé car il est écrit dans la Constitution qu’il est le garant de l’unité du pays. Impossible pour lui de ne pas réagir. Mais il est intervenu après un long silence et après la crise, le 3 octobre. "Les Catalans ont crié au scandale, relate l’historien, en disant qu’il avait pris parti. Il a pris parti contre la violation de la Constitution". 

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Le roi essaye de se placer au dessus de cela, ajoute le chercheur, et de donner une image de stabilité, par rapport à d’autres pays, qui pourraient craindre que l’Espagne ne soit un pays très instable.

Le roi d'Espagne a aussi pour mission de représenter son pays à l'extérieur. Chaque visite officielle est décidée par le gouvernement espagnol. Lorsque le roi reçoit une invitation extérieure, le gouvernement donne son accord ou non. Dans tous les cas, il est accompagné par le ministre des Affaires étrangères. Felipe VI a donc enchaîné plusieurs visites diplomatiques, en France, en 2015, ou récemment aux Etats-Unis, pour célébrer le centenaire de la fondation de plusieurs villes en Louisiane et au Texas, des villes d’origines espagnoles. Avec un point culminant à cette visite diplomatique : à Washington, le 19 juin, où il a été reçu par Donald Trump. "L’avantage était que la visite était très protocolaire, il n’y pas eu de sujets qui fâchent sur la table, analyse Benoît Pellistrandi. Ainsi, il ‘engrange’ de la stabilité et donne de la projection internationale à l’Espagne".

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Le roi peut également décider d'aller dans un pays, à titre privé. "Mais cela peut aussi avoir une signification, selon l'historien. Fin 2004, Juan Carlos a rencontré aux Etats-Unis George Bush, dans le cadre d'une rencontre avec Bush père. A ce moment-là, les relations américano-espagnoles étaient très tendues, quand le Premier ministre de l'époque, Zapatero, avait retiré ses troupes d'Irak. Cette visite privée avait permis de 'décoincer' un peu la situation". 

Le couple royal espagnol Juan Carlos et Sofia invité par le président George W. Bush, accompagné de sa femme Laura et de son père George H.W. Bush, le 24 novembre 2004, au ranch de Crawford (Texas)
Le couple royal espagnol Juan Carlos et Sofia invité par le président George W. Bush, accompagné de sa femme Laura et de son père George H.W. Bush, le 24 novembre 2004, au ranch de Crawford (Texas)
© AFP - Tim Sloan

Elisabeth II, un atout dans le jeu diplomatique 

En comparaison avec la monarchie espagnole, où les rois ont régulièrement abdiqué, la monarchie britannique fait montre de solidité et de stabilité. La reine Elisabeth II, qui est aussi la souveraine officielle de 15 royaumes membres du Commonwealth, incarne la neutralité. Pour autant, elle est très impliquée dans la vie politique du pays. "Vu de France et même d’ailleurs, quand on pense à la reine, on pense aux tenues, à l’apparat, etc. Or, elle a un vrai rôle politique. Elle ne gouverne pas, mais elle règne", explique Franck Guillory, journaliste, ancien correspondant à Londres pendant sept ans, spécialiste de la monarchie britannique et auteur de William, fils de Diana, la vie d’un prince.  

Chaque semaine, elle s’entretient avec le Premier ministre, et ce depuis des années. La souveraine est donc très au fait de ce qui se passe dans son pays et à l’extérieur, "c’est sans doute la femme la mieux informée au monde, d’autant plus au vu de la longévité de son règne", ajoute le journaliste. Quand elle se rend en visite officielle dans un pays, ce qui est de moins en moins fréquent vu son âge, elle n’y va pas en terrain inconnu. C’est le Foreign office, le ministère des Affaires étrangères, qui décide des visites officielles à l’extérieur. 

Ces visites sont l’occasion de contrebalancer par d’autres chemins diplomatiques ce qui peut être parfois compliqué dans des relations inter-gouvernementales, qui sont par essence strictement politiques, selon Franck Guillory.

La reine mais aussi la famille royale sont un véritable atout diplomatique pour le Royaume-Uni. Par exemple, en 2015, Elisabeth II se rend en Allemagne avec son mari, le prince Phillip. C’était sa quatrième et dernière visite officielle dans le pays. Ce voyage s’effectue en pleine discussion sur l’avenir de la Grande-Bretagne au sein de l’Union européenne.

Deux ans plus tard, un référendum pour ou contre le Brexit aura lieu. Rien ne filtrera des échanges entre le reine et Angela Merkel, mais lors d’un banquet berlinois organisé en son honneur, elle tient à rappeler, dans une référence à peine voilée sur la situation actuelle, chose rare, que "la division en Europe est dangereuse".

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Quelques années plus tard, en mars 2017, la reine passera le flambeau au prince William et à son épouse Kate. Tous deux se rendent en visite officielle à Paris, envoyés par le Foreign Office, pour réaffirmer les liens d’amitié avec la France, en plein Brexit. Edward Llewellyn, l’ambassadeur de Sa Majesté affirme qu’il s'agit d'ouvrir "un nouveau chapitre de cette longue relation franco-britannique, tourné vers un avenir plein de promesses". En parallèle, son père, Charles, et sa femme Camilla se rendent en Allemagne, en Autriche, en Italie et au Vatican. Pour le spécialiste de la monarchie, "il s'agit clairement d'un message politique, pour dire, au-delà de la sortie ou non du pays de l’Union, et sans prendre parti, on ne coupe pas totalement les liens avec l’Europe et on veut maintenir ce lien fort". 

Si l’on remonte un peu plus loin dans l'Histoire, la reine a rendu visite à Ronald Reagan, aux Etats-Unis, dans les années 1980, en pleine période de fortes tensions avec l’Union soviétique.

Il y a des photos où l’on voit la reine faire du cheval dans le ranch de Reagan, explique le journaliste Franck Guillory. Le fait de l’y envoyer était une manière douce, sans mettre de l’huile sur le feu, de rappeler la force de l’alliance entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis. C’est presque du soft power avant l’heure. Aujourd’hui, si Theresa May se rend à Washington, le message ne sera pas le même, ni la symbolique. 

La reine Elisabeth II et le président américain Ronald Reagan, en 1982.
La reine Elisabeth II et le président américain Ronald Reagan, en 1982.
© Getty - Gamma-Rapho

Lorsque la reine se déplace, c’est également l'Histoire qui s’exprime, la stabilité du Royaume-Uni et son image. L'incarnation du Royaume-Uni rencontre un autre pays, au-delà des gouvernements. "L’aura autour de la reine et sa famille sont un atout supplémentaire pour le pays pour exister sur la scène diplomatique mondiale", conclut Franck Guillory.

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