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Quelles sont les trois grandes ruptures historiques entre la science et la société ?

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Hiroshima : explosion de la bombe atomique
Hiroshima : explosion de la bombe atomique
- Wikimedia Commons

Découverte de la relativité et des quantas, découverte de la génétique cellulaire et de l'ADN, découverte de la bombe H, autant de ruptures majeures dans la compréhension entre la science et le public que nous raconte Michel Serres.

Congrès Solvay de 1911, les scientifiques qui posent sur la photo s’appellent : Poincaré, Einstein, Curie, Dirac, Planck… Tous les héros de la relativité et de la mécanique quantique. C’est la première rupture de compréhension entre la science et le public, elle concerne l'astronomie et la physique.

C’est l’avènement de la science moderne. La découverte de la relativité et des quantas a surpris les savants eux-mêmes (… ) . Il y a une rupture d’intuition et à ce moment-là le public ne suit plus. Et cette coupure, elle n’est pas de notre faute ou la faute du public, elle est intrinsèque à la découverte scientifique.

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1944 parait "What’s life" de Schrödinger. La deuxième rupture concerne la biologie, avec la découverte de la génétique cellulaire et l’ADN. On assiste à une rupture entre le paradigme d’avant-guerre et le paradigme d’après-guerre.

Je me souviens très bien que dans les manuels d’histoire naturelle qu’on nous distribuait quand j’étais en terminale, eh bien ces manuels, tous les paysans pouvaient les comprendre. Le monde vivant tel qu’il était représenté, avec les espèces, avec la biologie (…) il y avait là une continuité entre la science et la société. Et puis paraît en 1944 "What’s life" de Schrödinger, et par la suite arrive la génétique moléculaire. A partir de ce moment, on a changé de paradigme : l’ADN, la traduction, les erreurs de traduction…

Et puis, il y eu une rupture à caractère idéologique : Hiroshima !

Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale ce qui dominait, c’était la philosophie telle qu’elle avait été développée justement à l’époque de Laplace, la philosophie des Lumières. Et cette philosophie impliquait une philosophie de l’histoire, d’une simplicité romaine, elle consistait à dire : si vous faites confiance à la recherche scientifique, si vous faites confiance à cette idéologie du progrès, alors nous irons dans une société qui se portera de mieux en mieux. Une philosophie optimiste.

Jusqu’à ce moment, la philosophie des Lumières régnait, ce qu’on pouvait appeler le scientisme, selon lequel toute science est bonne. Après Hiroshima et la bombe H, une crise énorme apparaît dans la société scientifique (…) il y a là une coupure qui n’est pas intrinsèque à la science, mais qui est plus générale. Hiroshima n’a été qu’un exemple, et par la suite à peu près toutes les sciences ont été touchées par des problèmes de déontologie et d’éthique.

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Une conférence enregistrée en mai 2017, en conclusion de la célébration des 5 ans de la Maison pour la science en Alsace.

Michel Serres, philosophe, historien des sciences et homme de lettres, élu à l'Académie française

Béatrice Salviat, directrice adjointe de la fondation "La main à la pâte".