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Quels partis politiques aux élections européennes 2019 ?

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Huit groupes politiques sont actuellement représentés au Parlement européen, qui sera remanié après le scrutin de fin mai en raison du Brexit
Huit groupes politiques sont actuellement représentés au Parlement européen, qui sera remanié après le scrutin de fin mai en raison du Brexit
© Maxppp - Maurizio Gambarini/dpa/picture-alliance/Newscom

Avant les élections européennes de fin mai prochain, état des lieux du Parlement européen. Malgré une poussée populiste attendue, la composition du Parlement ne devrait pas fondamentalement changer.

Depuis le dernier scrutin en 2014, le paysage politique européen a évolué. Une centaine de partis, comme la formation transnationale Volt europa ou encore le parti Wiosna en Pologne, auraient été créés dans les 27 pays européens. Ils peuvent espérer obtenir des sièges mais la composition du Parlement, avec une majorité de sièges pour le Parti populaire européen et pour le Parti socialiste européen, ne devrait pas être remise en cause.

En France, les partis politiques ont jusqu’au 3 mai prochain, 18 heures, pour déposer une liste pour les élections européennes. Les partis européens sont incités par l’Union européenne à nommer un candidat tête de liste qui mènera la campagne mais qui sera également leur candidat officiel à la Commission européenne. 

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De nombreux partis créés depuis les dernières élections de 2014

Une centaine de partis politiques auraient été créés en Europe depuis 2014 et un certain nombre d’entre-eux devrait obtenir des sièges au Parlement européen car ces élections européennes à la proportionnelle “sont très favorables à la montée en puissance des nouveaux partis”, rappelle Olivier Costa, chercheur au CNRS, “souvent le Parlement européen a été l’incubateur des nouveaux partis qui ont émergé ensuite au niveau national”.

En Slovaquie, deux partis nationalistes sont apparus depuis les dernières élections européennes : “Nous sommes une famille”, Sme Rodina, et “Notre Slovaquie”, Kotleba. En Pologne, Miroslaw Piotrowski a quitté le parti “Droit et Justice” pour former un mouvement encore plus à droite, “Europe Véritable”. Miroslaw Piotrowski entend revenir “aux fondamentaux de l’Europe chrétienne”. Un deuxième parti très à droite fait également son apparition en Pologne, celui du chanteur punk Pawel Kukiz. Toujours en Pologne, mais à gauche de l’échiquier politique, Robert Biedron est candidat pour ces élections européennes avec son parti “Wiosna”, le Printemps. L’homme politique de 42 ans détonne dans le paysage politique polonais. Il est le premier député polonais à avoir fait part de son homosexualité. L’ancien maire de Slupsk est également athé et milite pour une séparation réelle de l’Eglise et de l’Etat dans son pays profondément catholique. Robert Biedron se présente comme une alternative aux deux principaux partis polonais, “Droit et Justice” au pouvoir depuis 2015 et “La Plateforme Civique”. 

En Roumanie, deux partis anti-corruption ont été créé, notamment autour de l’ancien Premier ministre Tchioloch. 

En France, il faudra compter notamment pour ce scrutin sur la liste de la République en Marche. Emmanuel Macron s’engage pour “une renaissance européenne”, c’est le titre de sa tribune adressée à l’ensemble des Européens le 4 mars dernier. Nathalie Loiseau a quitté le ministère des Affaires européennes pour prendre la tête de liste LREM. A la deuxième place, l'ancien directeur général de l’association WWF France, Pascal Canfin.  

Y aura-t-il une liste "gilets jaunes" aux élections européennes ? La question reste posée malgré l’abandon, le 13 février dernier, d’Ingrid Levavasseur. L'aide soignante était pressentie pour mener une liste “gilets jaunes” mais face aux critiques et même à l’hostilité d’autres manifestants, la jeune femme a préféré renoncer. 

Parmi les nouveaux partis également, Volt Europa. Ce parti transnational a été lancé en 2017 par trois jeunes qui travaillent au Royaume-Uni et pour qui le vote sur le Brexit a été un électrochoc. Volt Europa a été créé “en réaction aux forces populistes et réactionnaires” et pour “véritablement réformer l’Union européenne et ses Etats membres”. En août 2018, la formation Volt France a été créée, elle est devenue le neuvième parti politique au sein de Volt Europa. 

Le parti Pirate est un autre exemple de parti transnational. Il compte une représentante au Parlement depuis 2014 et il pourrait espérer en obtenir plus, notamment en République tchèque où le parti Pirate est devenu le premier parti d’opposition. Le président du Parti pirate tchèque, Ivan Bartos, compte sur 20% des voix. Cependant, les partis transnationaux sont à la marge considère Olivier Costa car même si “la logique politique voudrait qu’il y ait des listes transnationales, tout s’y oppose : les règles électorales, le fonctionnement médiatique, la manière dont les campagnes sont menées, le fait que les partis traditionnels réactivent sans cesse des enjeux de politique nationale”

Un Parlement européen remanié après les élections de mai 2019

Le Parlement actuel est composé de 751 députés, mais ils ne seront que 705 à la suite des élections de mai prochain, à cause de la fin du mandat des eurodéputés britanniques. Sur les 73 sièges attribués au Royaume-Uni, 27 seront redistribués à d’autres pays, et les 46 sièges qui restent sont gardés en cas d’élargissement de l’Union européenne. 

Christian Lequesne, professeur à Science Po, invité de l’émission Les Enjeux internationaux estime que le Parlement européen “depuis le milieu des années 80, n’a cessé à chaque réforme institutionnelle de gagner des pouvoirs législatifs. C’est un Parlement qui a de réels pouvoirs d’intervention sur la vie quotidienne des Français”.  Le spécialiste de la politique étrangère et européenne de l’Union européenne considère que l'institution a “un vrai pouvoir de création législative et en même temps, c’est un Parlement qui n’a pas réussi à s’imposer auprès des citoyens, à faire comprendre ce qu’il fait”

Pour former un groupe politique au Parlement, il faut un minimum de 25 députés et chaque groupe doit comprendre des membres qui représentent au moins un quart des Etats membres. 

© Visactu

Huit groupes politiques actuellement représentés au Parlement européen

Le Parti populaire européen ou PPE est majoritaire et réunit la plupart des partis de droite classique. Il détient 221 sièges au Parlement européen depuis 2014. Le PPE a élu Manfred Weber, du parti allemand de la CSU, comme candidat tête de liste pour les élections européennes de mai prochain. 

Manfred Weber préside le PPE depuis 2014, il a exclu toute collaboration avec le Rassemblement national de Marine Le Pen, le Parti Droit et Justice polonais de Jaroslaw Kazynski ou encore avec le parti de Matteo Salvini. Après les nombreux dérapages du Premier ministre hongrois, le PPE a suspendu provisoirement la formation de Viktor Orbán mais pour une durée encore inconnue. Au sein du Parti populaire européen, se retrouvent un certain nombre de formations politiques comme le parti Les Républicains ou le Partido popular en Espagne. 

Le deuxième groupe le plus important au Parlement rassemble les députés du Parti socialiste européen, le PSE. Il compte actuellement 189 sièges. Le Néerlandais Frans Timmermans a été désigné par son parti pour être le candidat tête de liste. Il est actuellement le premier vice-président de la Commission européenne. Le PSE aborde cette campagne électorale avec pour objectif de “transformer et construire une Europe plus juste” selon son manifeste

Au sein des Socialistes et Démocrates européens, on retrouve, le SPD en Allemagne, le PSOE espagnol, et le Parti socialiste en France. Le PS français qui pour la première fois de son histoire s’efface derrière une personne issue de la société civile. Il a désigné l’essayiste Raphaël Glücksmann, fondateur du parti Place Publique, comme tête de liste en France pour ce scrutin. 

En dehors de ces deux grandes forces du Parlement, six autres groupes politiques existent actuellement. Des partis nationalistes sont réunis dans l’ECR, l’alliance des conservateurs et des réformistes européens, ils comptent 76 sièges. Les libéraux d’Alde (l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe) détiennent 68 sièges. Les Verts occupent 52 sièges, tout comme la gauche unitaire européenne. Enfin, la droite populiste au sein du groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe, EFD détient 41 sièges et le groupe Europe des nations et de la liberté en possède 37. 

Le chercheur au CNRS Olivier Costa considère que depuis 2014, ’il y a “une espèce de centre de gravité” autour des trois grands partis que sont le PPE, le PSE et les libéraux d’Alde. “On a une coalition formelle. Ils ont dit nous sommes une coalition, on s’appelle le bloc et on soutient Jean-Claude Junker mais néanmoins sur chaque vote, tout se négocie”. 

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Quelle composition du Parlement après le 26 mai ?

A l’approche des élections européennes du 23 au 26 mai prochain dans les 27 pays de l’Union, les partis populistes vont tenter de gagner des sièges dans ce scrutin. Ils en détiennent plus de 150 depuis 2014. Cette montée des populismes en Italie, en Hongrie, en Pologne ou encore en France peut entraîner “un bouleversement. Pour la première fois depuis 1979, les deux groupes principaux n’auront sans doute pas la majorité à eux tous seuls” selon Yves Bertoncini, président du Mouvement européen-France, invité de Cultures Monde en janvier dernier. 

Cependant, ce bouleversement est à relativiser d'après plusieurs spécialistes et notamment pour Olivier Costa car “la composition du Parlement européen reste stable à travers le temps”. Selon le directeur de recherche au CNRS, “on a un système qui a connu des élargissements multiples, des élections européennes qui ont lieu dans des contextes différents à chaque fois mais on a toujours les mêmes groupes, les mêmes formations politiques et les mêmes équilibres”. 

Analyse partagée par Christian Lequesne pour qui la montée de l’extrême droite et des populistes est indéniable. Mais pour le professeur à Science-Po Paris, selon “les projections, cela ne changera pas l’équilibre global. Au final, les sociaux démocrates et les libéraux de centre-droit continueront à avoir la majorité des sièges au sein du Parlement européen”. Christian Lequesne d'ajouter : “Les extrêmes ont du mal à peser car elles ont du mal à nouer des alliances entre elles”

Avec ces élections pourrait enfin apparaître un troisième groupe, les libéraux démocrates ou bien les Verts. Dans tous les cas, affirme Yves Bertoncini, le président du Mouvement Européen-France, “Il pourrait y avoir des majorités de consensus sur certains sujets et puis les majorités centrales et puis des majorités de gauche, ou de droite. C’est plus difficile à lire mais cela permet aux députés européens de voter en conscience en consultant les ONG, les groupes d'intérêts, les États Membres, pour essayer de défendre leurs idées au lieu d’en rester à des disciplines majoritaires”.