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Quels risques économiques en 2020 ?

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Années en 60 = promesses. Année en 10 : désenchantement et catastrophes.
Années en 60 = promesses. Année en 10 : désenchantement et catastrophes.
© Getty - Juj Winn

Mais pourquoi raisonnons-nous en décennies ?

Nous avons pris l’habitude de périodiser notre histoire contemporaine sur le mode décennal. Et c’est vrai : chaque décennie, depuis le début du XX° siècle, semble avoir eu son caractère propre, son style et son humeur. 

Décennies en 60 : promesses, décennies en 10 : déceptions et conflits

Nous avons eu ainsi les « années folles », que les Américains désignent comme les « roaring tenties », années vrombrissantes, où l’Europe et l’Amérique, au sortir du carnage, se déchaînèrent dans un appétit de fête et de transgressions. Puis les « années trente », années de tension, avec leur crise économique, leur crise politique, leur crise internationale débouchant sur une guerre de plus en plus prévisible. 

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Depuis l’après-guerre, signe des temps, nous avons adopté la terminologie américaine. Et nous parlons des « fifties », des « sixties », des « seventies », des « eighties » et des « nineties ». Etrangement, nous n’avons pas trouvé de label en français pour désigner la première décennie du XXI° siècle. Cette fois, nous n’avons pas adopté le mot que les Anglo-saxons ont trouvé et qu’ils utilisent couramment pour parler de cette décennie, les « noughties » - nought désignant le zéro dans leur langue. 

Harold James, l’historien de Princeton relève dans un article récent que, par contre, aucun mot n’a été trouvé dans aucune de nos langues pour labelliser la décennie que nous venons de vivre. 

En établissant des parallèles entre les décennies du XIX° et du XX° siècles, il parvient à d’étonnante observations. Les années 60 du XIX° et du XX° siècles furent toutes deux marquées par des révolutions musicales populaires ayant eu de fortes répercussions sociales et politiques. D’un côté, Wagner et Vivaldi galvanisaient leurs compatriotes et préparaient les esprits à des révolutions. De l’autre, les Beatles et les Rolling Stones sonnaient l’heure d’une révolution des mœurs sans précédent. Des années de grandes espérances.

De même, les années 10 furent, tant au XIX° qu’au XX° siècle, des années d’espérances brisées et de cruelles déceptions. De guerre, surtout. Napoléon, galvanisé par ses succès, crut possible de soumettre toute l’Europe à sa vision ; il provoqua d’effroyables souffrances. Et les années 1910, qui s’étaient ouvertes, en Europe, sur des promesses de révolution technique extraordinairement prometteuses, se terminèrent dans la boucherie apocalyptique des tranchées de la guerre mondiale. 

Mais les années 2010 aussi, observe Harold James, se sont ouvertes sur des promesses enthousiasmantes, pour achopper sur la crise de 2008. Le discours du Caire, par lequel Obama tendait une main amicale au monde arabe et, au-delà, au monde musulman, n’a « mené nulle part ». Et le Printemps arabe lui-même a connu un échec presque général. Il semblerait que les années 10 sonnent souvent l’échec des années 60 précédentes. 

L'inflation rend optimiste

Une fois qu’on a fait de tels constats, quelles leçons peut-on en tirer ? Y a-t-il des régularités, des lois historiques qui permettraient de prédire ce que les années 2020 pourraient bien nous apporter ?

Oui. La première, c’est que les années d’inflation, si celle-ci demeure contrôlée et régulière, tendant à augurer la réalisation des promesses. Ce sont, dit-il, des années d’optimisme. Ce n’est probablement pas ce que dirait un historien allemand. Les Allemands conservent jusqu’aujourd’hui, la mémoire traumatisante de l’hyper-inflation de l’année 1923… En tous cas, la caractéristique des années 2010, c’est l’absence quasi-générale de cette inflation, qui pousse à s’endetter, sachant qu’à long terme, on remboursera moins d’argent in fine que ce que l’on aura emprunté. Au contraire, en cas de déflation, on cesse de consommer, dans l'attente de la prochaine baisse des prix.

La seconde, c’est que les décennies porteuses de promesses qui ne se réalisent pas provoquent désenchantement et cynisme. C’est ce qui s’est produit dans les années 2010. Le cynisme politique actuel, la brutalité et le mensonge, qui caractérisent notre vie démocratique, auraient là leur origine. Voyez les « post-vérités » et les « faits alternatifs » de Donald Trump.

Quels risques économiques pour 2020 ?

Le célèbre économiste Anatole Kaletsky se risque, de son côté, à un exercice plus délicat : le pronostic économique sur l’année 2020. Le scénario le plus probable, celui que tous ses confrères retiennent, est simple et vite décrit : la croissance mondiale va se poursuivre à un rythme quelque peu ralenti, les taux d’intérêt vont demeurer au plancher, les cours des bourses mondiales vont continuer à grimper toujours plus.

Mais qui a pensé aux accidents ? Kaltesky a identifié huit événements improbables, mais possibles, susceptibles d’altérer ce scénario rassurant. Et il leur attribue une note de risque. 

1° La récession mondiale, dont les journaux agitent la menace depuis quelques années déjà. Il est vrai que les investissements ont souffert de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. Mais une récession est cependant très improbable. Aux USA, la FED va maintenir jusqu’à la fin de cette année, des taux suffisamment bas pour soutenir l’économie. Et la direction chinoise ne négligera aucun effort pour atteindre les 6% de taux de croissance qu’elle a fixés au pay.

2° Une augmentation des taux d’intérêt. Certes, il est possible que l’inflation se réveille cette année. Mais la FED n’en tirera pas argument pour remonter significativement ses taux. Pas en année électorale…

3° Une récession en Europe. Pas impossible. Alors que l’UE sort confortée de la crise du Brexit – même les partis populistes de France, d’Italie ou d’Allemagne ont cessé de prôner la sortie de l’UE, face à la douloureuse expérience britannique du Brexit – il reste des risques : celui d’une crise politique en Italie, la « crise existentielle de l’économie allemande ». La croissance en Europe demeure anormalement faible. Elle pourrait caler franchement en 2020.

4° Un protectionnisme aggravé. Bien sûr, on peut imaginer que Trump décide, après avoir déclaré la guerre commerciale, se tourne vers les Européens et se mettent en tête de taxer les voitures allemandes. Mais il sera trop occupé, en pleine année électorale, avec le casse-tête iranien, pour se lancer dans une telle aventure. 

5° Le niveau d’endettement des entreprises américaines a atteint, sous l’effet de la faiblesse des taux d’intérêt des niveaux exceptionnels. Peut-on craindre l’éclatement d’une bulle financière ? Probablement pas. Tant que les taux, encore une fois, restent écrasés. 

6° Un effondrement de la production automobile. Les ventes ont fortement chuté, l’an dernier, sous l’effet de la guerre commerciale lancée par Trump. La production est tombée, l’an dernier, en Allemagne, en dessous de son score de 2009. Sous l’effet des inquiétudes écologiques, des changements sociétaux, la baisse des ventes pourrait s’accélérer cette année. On entrerait alors dans un « déclin séculaire » de cette industrie.

7° Les Big Tech, les firmes géantes du numérique, comme Facebook, Apple, Amazon et Google, qui ont considérablement enrichi leurs actionnaires et les Etats-Unis, sont à présent dans le collimateur des décideurs politique dans le monde entier. Ils voudront les réguler, les taxer, ou les briser en tant que monopole. 

8° Mais le risque le plus sérieux pour l’économie mondial proviendra, à coup sur, des élections américaines de novembre. Car soit Trump est réélu et l’on peut craindre qu’il devienne encore plus protectionniste, encore plus agressif et plus imprévisible. Soit les démocrates l’emportent et les quatre grands secteurs qui soutiennent l’économie américaine peuvent s’attendre à souffrir : santé, finance, high tec et énergie.