Publicité

Quentin Dupieux : "Internet fait du bien aux artistes"

Par
"Au Poste !" le film de Quentin Dupieux, sorti le 4 juillet
"Au Poste !" le film de Quentin Dupieux, sorti le 4 juillet
- Quentin Dupieux

Vidéo. Le Parlement européen a repoussé le 5 juillet une directive protégeant davantage le droit d'auteur dans l'univers numérique. Quentin Dupieux est musicien électro sous le nom Mr Oizo, et aussi cinéaste. Son film "Au Poste !" vient de sortir. Il rappelle combien le web soutient et émule la créativité.

Quentin Dupieux revient de sept années passées aux Etats-Unis. Il y a tourné quatre films, et continué à faire de la musique électro, sous le nom de Mr Oizo. A l'occasion de la sortie de son film "Au Poste !", il réagit à la mobilisation de 70 artistes, donc Jean-Jacques Goldman et Abd al Malik. Dans "Le Monde", le 3 juillet, ils expriment leur soutien au projet de directive européenne qui vise à davantage protéger le droit d'auteur sur le web. Contestée par des associations de défense des libertés numérique, Wikipedia, mais aussi les plateformes numériques et les Gafam, cette directive a finalement été repoussée, le 5 juillet, par le Parlement européen, pour un réexamen en septembre.   

Que pensez-vous de la mobilisation d'artistes qui veulent plus de protection de leurs droits sur le web  ? 

Internet fait du bien, la technologie fait du bien aux artistes. 

Publicité

Effectivement, on n’est plus en 1970 où il suffisait de sortir un 45 tours pour gagner de l’argent. C’est plus compliqué, c’est bouché, tout le monde sort de la musique. 

Mais tout ça c’est quand même très positif. C’est-à-dire que n’importe quel gamin peut produire de la musique avec un ordinateur pourri et peut y arriver. 

Si on compare ce qu’on a gagné avec ce qu’on a perdu, c’est vraiment mieux maintenant. 

Je viens de l’école du sampling. J’ai grandi avec ça et c’est comme ça que j’ai eu accès à la musique. C’est un truc fondamental, hyper important, hyper intéressant.  C’est devenu un truc encore plus présent. Aujourd’hui, on sample différemment, mais ça vient des mêmes racines en fait. 

Le premier qui me vient à l’esprit, c’est Madeon. Un jeune artiste électronique français qui s’est amusé à faire des remix. Il a filmé ses mains sur une machine et il est devenu mondialement connu et il est en train de faire une carrière sublime. 

J’ai l’impression qu’il y a des Madeon tous les trois jours. Un mec inspiré qui a une bonne idée à un moment peut avec quasiment rien toucher des millions de personnes. Donc ce n’est plus réservé à une élite. Il y a une époque où le matériel coûtait très cher, où c’était impossible d’être un jeune. Là en fait, il y a des mecs qui ont des outils incroyables, c’est à eux de s’amuser, et ils nous le prouvent tous les jours. 

59 min

Voyez-vous des différences de traitement des artistes entre les Etats-Unis, où vous avez vécu sept ans, et la France ? 

J’ai un sentiment, c’est qu’on est très très bien lotis en France. Pour avoir vu comment ça se passe aux USA de très loin, où la concurrence est très difficile et où les auteurs ne sont que des techniciens, et en général des techniciens que l’on ne rémunère que si les projets existent. 

J’ai quand même le sentiment qu’en France, le Français se plaint, le Français n’est jamais content et le Français a envie de faire des manifestations. Mais le Français est vraiment bien loti. Et c’est chouette. Les auteurs sont protégés. Il y a un truc solide en France, que je n’ai pas vu aux Etats-Unis où cette dimension n’existe pas. 

Etre artiste, c'est un métier ? 

On est des artistes tant qu’on est encore des enfants et qu’on a de l’imagination. Ensuite, quand on devient des vrais professionnels, je pense qu’on quitte l’artiste pour autre chose.

À réécouter : France des sixties
1h 03