Qui a détruit la bibliothèque d'Alexandrie ?
Qui a détruit la bibliothèque d'Alexandrie ?

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Qui a détruit la bibliothèque d'Alexandrie ?

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En Afrique du Sud, la bibliothèque du Cap a été ravagée par les flammes. Une perte inestimable qui rappelle la destruction de la plus grande bibliothèque de l'Antiquité, à Alexandrie, que l'on a attribuée à des invasions étrangères. Pourtant, la cause de cette disparition pourrait être tout autre.

C’est l’une des grandes tragédies de l’Antiquité : la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie, trésor du patrimoine grec, idéal de la bibliothèque universelle. On a accusé successivement les Romains, les chrétiens et les Arabes d’en être à l’origine.  

Pourtant, ce joyau de l’humanité n’a probablement pas été détruit par les flammes, il s’est effrité, lentement sur plusieurs siècles, avant de tomber dans l’oubli.

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Mathieu Tillier, historien du monde arabo-musulman : “Il s’agit de la plus grande bibliothèque de l’Antiquité tardive, donc elle est tout à fait emblématique de ce savoir grec qui s’est développé à partir du IVe, Ve siècle avant J-C., ça continue à fasciner, la destruction de cette bibliothèque reste mystérieuse, les historiens n’ont pas d’explication certaine.”

La ville d’Alexandrie est fondée en -331 par Alexandre le Grand, lorsqu’il envahit l’Égypte. Son successeur, Ptolémée Ier, souhaite en faire le cœur intellectuel du monde hellénistique. Il fait bâtir une grande bibliothèque vers -298 en espérant y réunir tout le savoir du monde. À son apogée, elle contient jusqu’à 500 000 volumes. C’est aussi un centre d’apprentissage pour les poètes, artistes et scientifiques.

Le temps des invasions

Mais la ville d’Alexandrie fait face à de nombreux périls, à partir du Ier siècle. En -47, Jules César y élit domicile, après avoir vaincu son rival Pompée. Les troupes de César mettent le feu à la flotte égyptienne, bloquée dans le port d’Alexandrie mais le feu se propage rapidement à certains quartiers de la ville. Selon les historiens, des milliers de papyrus ont été détruits dans les flammes. Mais on ne sait pas si c’est la bibliothèque qui a été touchée ou des entrepôts annexes qui contenaient les ouvrages.

Près de trois siècles plus tard, Alexandrie est conquise par Zénobie, la reine de Palmyre. L’empereur Aurélien envoie ses armées en Orient pour reprendre les territoires perdus. Lors d’une bataille, la bibliothèque aurait été endommagée par un incendie.

Mais le monument est surtout menacé en 391, alors que l’empire romain est progressivement christianisé. Un édit publié par Théodose vise les temples et les écrits païens. La bibliothèque aurait été en partie pillée par des fanatiques chrétiens.

Enfin, d’autres sources affirment que la bibliothèque aurait été rayée de la carte lors de la prise d'Alexandrie par les arabes au VIIe siècle. Le calife Omar aurait ordonné de brûler tous les ouvrages profanes et d’en faire du bois de chauffage pour les bains publics. Les sources qui mentionnent ces destructions sont peu fiables et ultérieures de quelques siècles.

Mathieu Tillier : “Les Arabo-Musulmans n’avaient aucun grief contre la culture grecque, aucun intérêt à détruire le patrimoine qu’ils trouvaient. Ils ont développé une admiration pour tous ces vestiges de culture antique.”

La bibliothèque n’a pas disparu brutalement à cause de l’un de ces événements. Elle a en fait perdu beaucoup de son intérêt au fil des siècles, à l’image de la ville d'Alexandrie qui perd beaucoup de son influence politique.

Une ville qui perd de son attractivité

Les troubles et les batailles qui ont touché la ville ont dissuadé les savants de s’y installer. La bibliothèque a aussi reçu de moins en moins de fonds du pouvoir, conduisant à un manque d’entretien et à une lente décrépitude.

Mathieu Tillier : "Cette bibliothèque comportait essentiellement des 'volumen', des rouleaux de papyrus sur lesquels les livres étaient écrits. Or les rouleaux de papyrus ne se conservent pas sur le long terme. C’est un matériau assez fragile, qui est friable. Vraisemblablement, dès la fin de l’Antiquité tardive, ces manuscrits n’avaient plus été recopiés et avaient dû finir en poussière naturellement."

Mais la bibliothèque souffre surtout d’un désintérêt progressif pour la culture grecque alors que l’empire Byzantin est christianisé.

Mathieu Tillier : "Il y a eu un recul de l’intérêt pour ce patrimoine antique qui était associé à l’antiquité païenne. les auteurs se sont plus dirigés vers d’autres types de sciences, les sciences religieuses et ce patrimoine antique est un peu tombé dans l’oubli jusqu’à ce qu’il soit en grande partie redécouvert par le pouvoir musulman à l'époque abbasside à la fin du VIIIe et au début du IXe siècle."

Les archéologues n’ont jamais retrouvé la moindre trace de la bibliothèque. On estime aujourd’hui qu’on ne connaît que 6% des auteurs qui étaient recensés dans la bibliothèque.

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