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Qui a eu cette idée folle, un jour d'inventer la dictée ?

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Photo datée du 28 septembre 1957, en France, d'une classe primaire de petites filles faisant une dictée
Photo datée du 28 septembre 1957, en France, d'une classe primaire de petites filles faisant une dictée
© AFP - INTERCONTINENTALE

Previously. Jean-Michel Blanquer a annoncé la mise en place d'une dictée quotidienne à l'école primaire. Le saviez-vous ? L'orthographe est inventée par l'Académie au XVIIe siècle mais il faut attendre 200 ans pour que les premières dictées voient le jour... à l'école ou à la cour de Napoléon III.

Une dictée par jour ! C'est le régime que veut imposer le ministre de l'Education nationale, aux élèves de primaire à partir de la rentrée prochaine. Jean-Michel Blanquer, l'a annoncé ce 5 décembre. La dictée n'avait bien sûr jamais disparu à l'école, mais depuis son invention au XIXe siècle, le rythme était loin d'être aussi soutenu. Bref retour sur l'histoire de cet exercice scolaire si cher à Bernard Pivot.

Avec l'Académie française, la volonté de créer une "orthographe d'Etat" au XVIIe siècle

C'est au XVIIe siècle qu'émerge une réflexion sur ce qu'on appelle alors "l'orthographe d'Etat".Jusqu'au XVIIe siècle, l'orthographe était restée une discipline très floue. C'est seulement avec la création de l'Académie française, en 1634, sous l'impulsion de Louis XIII, qu'on commence à vouloir homogénéiser l'écriture, notamment au travers de la publication de dictionnaires. C'est ce qu'expliquait Mireille Huchon en décembre 2006 sur France Culture. Professeure et directrice du département de langue française à l'Université de Paris 4-Sorbonne, elle était l'invitée d'une "Fabrique de l'histoire" consacrée à celle de l'orthographe :

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Les dictionnaires de l'Académie ont été très riches dans ce domaine, ils montrent un important travail sur la langue, un important travail sur la forme. Et au fur et à mesure, ces dictionnaires font un certain nombre de modifications de l'orthographe. En 1740, il y a de multiples modifications sur l'orthographe du dictionnaire précédent, un tiers des mots ont été transformés. Au XVIIIe siècle, il y a d'ailleurs eu quatre éditions du dictionnaire de l'Académie [...] On n'a peut être pas encore la notion de faute d'orthographe, car on sent encore combien la langue est muable.

Histoire de l'orthographe_La Fabrique de l'histoire, 06/12/2006

24 min

L'invention de la faute d'orthographe au XIXe siècle. Les dictées deviennent l'un des passe-temps favoris de la cour !

Il faut donc attendre deux siècles pour que l'orthographe soit suffisamment normalisée et que naisse la dictée... au même moment que la notion de faute d'orthographe, expliquait encore Mireille Huchon :

C'est quelque chose qui est presque une spécificité très française. Au XVIe siècle par exemple, la notion de faute n'existe pas. Se constitue certes une orthographe, mais il y a beaucoup de systèmes individuels.

La norme s'installant, les premières dictées voient le jour. Dans le système scolaire bien sûr, qui lui consacre des recueils spécialisés, mais aussi dans les beaux salons de la cour de Napoléon III ! La dictée se corse alors de mots compliqués, pour rendre le passe-temps plus savoureux. En 1857, l'impératrice Eugénie demande même à l'écrivain Prosper Mérimée de lui rédiger un texte spécifique, afin de distraire sa cour. C'est la fameuse dictée de Mérimée, sur laquelle le chef du gouvernement français se cassera les dents : soixante-quinze fautes ! Guère mieux que l'impératrice, qui en aurait commis soixante-deux, contre vingt-quatre pour Alexandre Dumas...

Voici un extrait du terrible texte :

Quoi qu’il en soit, c’est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s’est laissé entraîner à prendre un râteau et qu’elle s’est crue obligée de frapper l’exigeant marguillier sur son omoplate vieillie. Deux alvéoles furent brisés ; une dysenterie se déclara suivie d’une phtisie, et l’imbécillité du malheureux s’accrut. - Par saint Martin ! quelle hémorragie ! s’écria ce bélître. À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l’église tout entière.

Cette même archive de "La Fabrique de l'Histoire" ménageait une visite du château de Compiègne, où aurait eu lieu la première lecture de cette dictée de Mérimée en présence de Napoléon III.