Qui a tué JFK ?
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Qui a tué JFK ?

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Les idées claires | Y a-t-il une conspiration derrière le meurtre de JFK, il y a tout juste 55 ans, le 22/11/63 ? C'est la question au cœur des Idées claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo et destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

Lorsqu'Abraham Zapruder prend sa caméra avec lui le matin du 22 novembre 1963, il n'a aucune idée de ce qu'il s'apprête à filmer. Dans les heures qui suivent, le 35e président des États-Unis John Fitzgerald Kennedy est abattu à Dallas devant des centaines de témoins. Zapruder a tout juste eu le temps de filmer l'arrivée du cortège présidentiel au Dealey Plaza vers 12h30.

Son film, imprimé sur une pellicule 8 mm, dure moins de 30 secondes. Ce qu'il montre est pourtant incroyable : le président Kennedy, accompagné de son épouse, semble d'abord se tenir la gorge, puis quelques instants après, une partie de son crâne est pulvérisée. Le film est muet et ne permet pas de déterminer précisément combien de coups de feu ont été tirés. 

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Après ces quelques instants qui vont faire basculer tout le pays, les événements s'enchaînent très vite. À 12h48, l'attentat contre le président est confirmé. À 13h33, l'annonce du décès du président est officialisée. Une véritable chasse à l'homme est menée au cœur de Dallas et vers 14h, un homme est arrêté après avoir lui-même abattu un policier. Il s'agit de Lee Harvey Oswald, un ancien marine, sympathisant communiste qui a voyagé en URSS et est connu pour ses opinions pro-castristes. 

Alors que l'onde de choc de la mort de Kennedy traverse tout le globe, un nouveau coup de théâtre survient le 24 novembre, soit deux jours après l'attentat : Lee Harvey Oswald est à son tour abattu lors d'un transfert de prévenus par Jack Ruby, un gérant de boîte de nuit réputé proche des milieux mafieux.

Pour beaucoup déjà, si le suspect principal dans l'assassinat de JFK est réduit au silence, c'est qu'il a des secrets à cacher. Et si Lee Harvey Oswald n'était que le bras armé d'une conspiration politique ?

JFK avait de nombreux ennemis. Les Soviétiques, en pleine guerre froide ; le régime cubain, quelques mois après la crise des missiles ; l'extrême-droite américaine pour ses mesures progressistes vis-à-vis des Noirs ; Lyndon Johnson, son vice-président. 

La liste est longue et les mobiles ne manquent pas. Pourtant, la Commission Warren, chargée de faire la lumière sur l'assassinat de Kennedy, établira que Lee Harvey Oswald a agi seul. Mais de nombreuses zones d'ombre persistent, à l'image de la mauvaise qualité du film de Zapruder qui favorise plusieurs interprétations "alternatives" sur la localisation du tueur et le nombre de balles tirées. C'est dans ces zones d'ombre que de nombreuses théories du complot s’immiscent depuis 1963.

Nous avons demandé à Thomas Snégaroff, historien, directeur de recherche associé à l'IRIS et enseignant à Sciences Po-Paris, de nous éclairer sur cet événement majeur.

Qui a tué JFK ?

Thomas Snégaroff : "Lee Harvey Oswald  est bien le tueur de John Kennedy à Dallas, le 22 novembre 1963. Il a été arrêté par la suite et assassiné devant les caméras de télévision par Jack Ruby. Le motif de Lee Harvey Oswald, c’est un communiste qui déteste l’administration démocrate et le fait que cette administration tente de déstabiliser le régime, selon lui légitime, de Fidel Castro."

Pourquoi la version du tueur solitaire peine-t-elle à convaincre ?

"Lee Harvey Oswald n’est pas n’importe qui. Il est passé en URSS, qui est revenu aux États-Unis donc c’est quelqu’un qui était inspecté, regardé, surveillé et le retrouver là, pratiquement tranquille et assassiner le président, ça peut sembler étonnant. Lui-même, avant d’être entendu par la justice, se fait assassiner, on veut le faire taire. Pour tous les gens qui ont lu des romans policiers, des romans sur la mafia, on sait bien qu’on fait taire le témoin gênant, celui qui a des choses à révéler."

Pourquoi les historiens ne peuvent-ils pas établir une version définitive ?

"Si on a du mal à s’accorder sur une version, c’est aussi parce qu’on manque d’informations précises. C’est cette impression d’une enquête bâclée, ces documents qui ont disparu, ces témoins qui n’ont pas été écoutés au bon moment qui à la fois ouvrent un champ de théories mais qui en même temps ne le referment pas. C’est dans cet entre-deux que viennent se placer énormément de théories sur le FBI, la CIA, les soviétiques, les castristes ou le régime de Castro à Cuba, sur la mafia. On a beaucoup de gens qui avaient intérêt à la mort de Kennedy et le simple fait de trouver dans les archives des gens qui évoquent la possibilité joyeuse de la mort de Kennedy fait que ces gens-là sont immédiatement considérés comme faisant partie de ce grand complot."

Pourquoi la CIA est-elle le coupable idéal ?

"Allen Dulles, qui dirige la CIA, est viré par le président Kennedy après le fiasco de la baie des Cochons en 1961. Donc on se dit qu’Allen Dulles, patron de la CIA, est viré par le président américain, il n’est pas étonnant qu’il lui en veuille à ce point qu’il commandite l’assassinat du président Kennedy. Allen Dulles, on le retrouve au sein de la Commission Warren. Lyndon Johnson le nomme pour enquêter. On se dit que s’il est dans le coup, le président Johnson l’est peut-être aussi. Sauf que tous ces éléments-là, qui font sens les uns à côté des autres dans un récit que je pose aujourd’hui 55 ans plus tard, font-ils d’Allen Dulles le responsable de la mort ? Bien sûr que non. Il faut toujours se méfier d’un lien de corrélation qui pourrait apparaître comme un lien de causalité, là où il ne peut y avoir que la succession d’événements qui n’ont peut-être rien à voir mais qui selon certains dessinent un récit explicatif."

Pourquoi les enquêtes semblent-elles avoir été bâclées ?

"L’enquête bâclée, notamment de la Commission Warren dans la foulée de l’attentat, peut pour certains se justifier par la responsabilité du président Lyndon Johnson. Johnson, vice-président, devient président si Kennedy meurt. Il fait assassiner Kennedy. Il y a une rationalité. D’autant plus que Kennedy se fait assassiner à Dallas, au Texas, qui est l’État de Lyndon Johnson, donc il a des réseaux sur place. Après on peut aussi se dire que cette enquête est bâclée parce qu’il y a des gens qui ont intérêt à ce qu’on ne mette pas en avant leur incompétence. La CIA, le FBI surtout, la police, n’ont pas permis d’empêcher la mort du président des États-Unis. S’il y a bien une mission qui est la plus importante de toutes, c’est quand même de protéger le corps du président des États-Unis."

L’engouement pour cet événement relève-t-il vraiment de la recherche de la vérité ?

"Cet événement qui est un événement historique, la mort du président américain, devient un objet culturel. Donc on quitte progressivement la sphère du réel pour entrer dans la sphère de l’imaginaire. C’est pour ça que 55 ans après, les théories du complot ne se dégonflent pas, elles ont même tendance à prendre de l’ampleur. En réalité ce qui intéresse, c’est moins la mort de Kennedy que ce que ça permet de raconter par exemple de l’Amérique, des rapports de force, de trouver des tas d’éléments dramatiques qui servent un romancier, un cinéaste, un dramaturge."

"Les Idées claires", un programme hebdomadaire vidéo et audio

Parce que la vérité est plus lente que le mensonge, parce que la désinformation est plus séduisante que les faits vérifiés, Les Idées Claires démêle le vrai du faux. Chaque semaine, dans une vidéo et en podcast, un.e expert.e et Nicolas Martin (producteur de La Méthode scientifique sur France Culture) remettent de l’ordre autour d’une idée reçue. Retrouvez l'intégralité des épisodes dans le dossier "Les Idées Claires".

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