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Qui était la momie qui a inspiré Rascar Capac ?

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Les 7 boules de cristal
Les 7 boules de cristal
- @Hergé-Moulinsart

Avec la momie inca de Rascar Capac, "celui-qui-déchaîne-le-feu-du-ciel", Hergé a laissé une trace indélébile dans la mémoire de ses lecteurs, si ce n'est un traumatisme. Il se serait inspiré d'une momie inca ramenée du Pérou au XIXe siècle.

La momie desséchée s'appuie sur le rebord de la fenêtre, puis glisse une jambe à l'intérieur de la pièce. A cheval sur le chambranle, une mystérieuse boule de cristal en main, elle contemple de ses orbites vides Tintin, plongé dans un profond sommeil... La scène éveille en vous une vague sensation d'angoisse ? C'est que, comme toute une génération d'enfants, le souvenir de Rascar Capac, la momie inca mise en scène par Hergé, vous a laissé un souvenir impérissable. 

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24 min

C'est dans Les Sept boules de cristal, le treizième album des Aventures de Tintin, publié en 1948, que l'on rencontre "Celui-qui-déchaîne-le-feu-du-ciel". Des membres de l'expédition ethnographique Sanders-Hardmuth ont ramené du Pérou la momie du roi Inca, Rascar Capac, et sont tour à tour frappés d'une malédiction. Tintin commence alors une enquête, qu'il poursuivra dans l'album suivant, Le Temple du Soleil, dont vous pouvez écoutez l'adaptation diffusée cette semaine sur notre antenne

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Dans une des scènes les plus marquantes de l'album, un éclair frappant la maison où résident les protagonistes produit une boule de foudre. Elle ne tarde pas à venir s'écraser sur la vitrine où la momie de Rascar Capac, en position fœtale, est exposée, non sans avoir tournoyé autour du pauvre professeur Tournesol. On retrouve même cette scène dans le générique du dessin animé adapté de l'oeuvre d'Hergé (à 45') :

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De Mayta Capac à Rascar Capac

En réalité, si la momie adopte cette curieuse position accroupie, c'est parce qu'Hergé se serait inspiré d'une véritable momie inca. Au milieu du XIXe siècle, le Baron Jean-Baptiste Popelaire de Terloo voyage à travers le Chili et le Pérou, dont il ramène trois momies. Il cède l'une d'entre-elles au Musée du Cinquantenaire de Bruxelles. 

"Durant les années 1930, Hergé est voisin du Musée du cinquantenaire [devenu depuis le Musée d'Art et d'Histoire, ndlr] et a l'habitude de venir fréquenter les salles et collections, relate Sergio Purini, conservateur des collections d'Amérique aux Musées Royaux d'Art et d'Histoire de Belgique. C'est ainsi qu'il fait la connaissance d'une des momies péruviennes, que possède le musée, qui lui sert de source d'inspiration.

La momie péruvienne de l’intermédiaire récent (1100-1450) à Bruxelles
La momie péruvienne de l’intermédiaire récent (1100-1450) à Bruxelles
- Musée royaux d’Art et d’Histoire

De cette momie, datée entre 1100 à 1450 après J.-C., on ne sait pas grand chose, si ce n'est qu'elle souffrait d'arthrose. Hergé en reprendra néanmoins la posture accroupie et la peau parcheminée pour dessiner les traits de Rascar Capac. Le nom, quant à lui, est à moitié emprunté aux empereurs incas comme Mayta Capac, Manco Capac ou encore Huayna Capac. Seul "Rascar" est une invention d'Hergé. 

En novembre 2011, dans l'émission "Le Salon noir", l'anthropologue Eric Crubézy s'était intéressé à la dimension archéologique de l'oeuvre de Tintin et revenait rapidement sur le personnage de Rascar Capac : 

C'était un personnage vénéré et c'est là qu'est la grande question que soulève cet album : le statut social de Rascar Capac n'est jamais élucidé. Une fois que Rascar Capac disparaît, que la foudre tombe sur lui, finalement on n'a jamais trop su qui était Rascar Capac. La seule chose qui reste c'est que c'était un personnage qui était tellement vénéré, tellement sacré, que prendre un élément lui appartenant relève du sacrilège. 

A mon avis, le génie d'Hergé [...], c'est qu'il a réellement mis le doigt sur un élément important qui est cette relation entre le cadavre, le corps séché ou momifié, et les archéologues. Je crois que c'est un point qui n'avait jamais été soulevé auparavant et c'est un point qui a été donc publié par Hergé sous forme de bande-dessinée en 1942 et dont on a commencé réellement à prendre date et commencé à s'apercevoir de l'ampleur que cela représentait uniquement dans les années 70 et 80. Et actuellement c'est un phénomène mondial, cet élément : "Faut-il fouiller des cadavres anciens ou pas ?"

Détail de dos de la momie péruvienne de l’intermédiaire récent (1100-1450).
Détail de dos de la momie péruvienne de l’intermédiaire récent (1100-1450).
- Musée royaux d’Art et d’Histoire