Publicité

Qui tue les journalistes ?

Par
 La journaliste Ghislaine Dupont et le technicien Claude Verlon assassinés, au Mali, le 2 novembre 2013
La journaliste Ghislaine Dupont et le technicien Claude Verlon assassinés, au Mali, le 2 novembre 2013
© Radio France - Antoine Guerrier

CARTE. Il y a trois ans, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, de RFI, étaient assassinés à Kidal, au nord du Mali. Depuis, cette date a été déclarée par l'ONU journée mondiale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre les journalistes. L'an dernier, 110 professionnels ont été tués sur la planète.

C'était le 2 novembre 2013. Il y a 3 ans jour pour jour, nous apprenions la mort de deux salariés de RFI : la journaliste Ghislaine Dupont et l'ingénieur du son Claude Verlon, assassinés alors qu'ils étaient en reportage pour couvrir la campagne des législatives. Aujourd'hui, les responsables n'ont pas été arrêtés. Les circonstances du drame ne sont toujours pas établies. Et l'enquête piétine.

A écouter : Hommage aux journalistes de RFI retrouvés morts

Publicité

Permettre à la justice d'avancer

Depuis ce jeudi 27 octobre, des dessins et des caricatures sont exposés à la maison des journalistes de Paris. Plusieurs dizaines d'artistes se mobilisent "contre l'oubli, pour la vérité et la justice". L’événement est organisé par l'association des amis de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon. Leur combat se poursuit auprès des médias, des politiques et des juges pour relancer une enquête qui avance encore trop lentement.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Par ailleurs, la Société des journalistes de RFI et 19 autres SDJ, des principaux médias de France, lancent un appel à la mobilisation "pour permettre à la justice de passer". Selon eux, tous les moyens ne sont pas employer à la recherche de la vérité : "nous avons l'impression que tout n'est pas mis en oeuvre pour faire éclater la vérité dans cette affaire".

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Un sentiment partagé par les proches de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, et notamment Christophe Boisbouvier, journaliste à la rédaction de RFI et membre du conseil d'administration de l'association.

"On a le sentiment qu'on ne nous dit pas tout et que le juge n'a pas les mains libres pour enquêter" - Christophe Boisbouvier, journaliste de RFI

1 min

Baisse du nombre de journalistes tués depuis 2012

Depuis l'assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, l'ONU a déclaré la journée du 2 novembre : journée mondiale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre les journalistes. Dans le monde, au moins 787 d'entre eux ont été tués depuis 2005 en raison de leur profession.

Pour l'année 2016, le nombre de journalistes tués est régulièrement mis à jour par Reporters sans frontières. Depuis le début de l'année, on estime que dans le monde, le nombre de tués est de : 50 pour les journalistes, 9 pour les net-citoyens et 8 pour les collaborateurs.

Les principales zones à risque

En 2015, 54 journalistes professionnels ont été otages dans le monde. Une chiffre en hausse de 35 % par rapport à 2014. La majorité d'entre eux le sont en Syrie. Viennent ensuite, le Yémen, l'Irak et la Libye, soit uniquement dans des zones en conflit.

A lui seul, l’État islamique détient 18 journalistes, principalement en Syrie et en Irak, suivi des Houthis et d'Al-Nosra.

11 journalistes ont été tués en Irak

En 2015, 44% des journalistes tués ont été assassinés ou sciemment visés et 13% tués dans l'exercice de leurs fonctions. Une situation qui inquiétait déjà Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations Unies, à l'époque :

"Je suis profondément inquiet par l’incapacité à réduire la fréquence et l’ampleur des violences ciblées auxquelles sont confrontées les journalistes et l’impunité presque absolue pour de tels crimes."

Parmi les journalistes décédés, 36% ont été tués en zone de conflit et 64% hors zone.

Source : Reporters sans frontières

A écouter : Les journalistes, toujours et de plus en plus cibles des pouvoirs

Classement de la liberté de la presse en 2016

Selon le rapport sur la liberté de la presse, à l'échelle mondiale, l’Europe demeure la région où les médias sont les plus libres, suivie par l’Afrique, qui passe devant les Amériques. Suivent l’Asie, l’Europe de l’Est et l'Asie Centrale. L’Afrique du Nord/Moyen Orient reste la région du monde où les journalistes sont les plus soumis à des contraintes de toutes sortes. Une situation que déplore Christophe Deloire, secrétaire général de RSF :

"Il est malheureusement notable que de très nombreux dirigeants dans le monde développent une forme de paranoïa contre l’exercice légitime du journalisme. Le climat général de peur entraîne une haine croissante du débat et du pluralisme, un verrouillage des médias par des gouvernements en pleine dérive autoritaire et liberticide, l'emprise grandissante d’intérêts particuliers sur l'information dans le secteur privé. Il est essentiel de défendre le journalisme digne de ce nom face au renforcement de la propagande et de l’information sous la dictée ou sponsorisée par l’intérêt. La garantie du droit des citoyens à une information indépendante et fiable est une solution pour résoudre les problèmes locaux et globaux de l’humanité."

Source : Reporters sans frontières

RSF quipublie ce mardi sa liste noire des prédateurs de la liberté de la presse : 35 chefs d’État, hommes politiques, chefs religieux, milices et organisations criminelles. Avec notamment le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi et parmi les nouveaux entrants, le président turc Recep Tayyip Erdogan.

A écouter : Liberté de la presse : la fragile conquête