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Radio France : Mathieu Gallet à nouveau sous pression

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Fleur Pellerin, ministre de la Culture, à sa sortie des Matins de France Culture, le 22 juillet 2015
Fleur Pellerin, ministre de la Culture, à sa sortie des Matins de France Culture, le 22 juillet 2015
© Radio France - Eric Chaverou

Fleur Pellerin a réclamé au PDG de Radio France, sur notre antenne, «des idées fermes, une version stabilisée» et «un scénario crédible de retour à l'équilibre», le renvoyant à son secrétariat pour un rendez-vous. Les syndicats,eux, le poussent, étude à l'appui, à revoir son idée de plan de départs.

Drôle d'ambiance dans les couloirs de France Culture ce mercredi. Invitée des Matins d'été, Fleur Pellerin n'a pas ménagé celui qui l'a reçue et l'a raccompagnée. La ministre de la Culture a d'entrée précisé, quelque peu agacée, qu'elle n'avait pas eu de demande de rendez-vous ces derniers temps et qu'il suffisait d'appeler son secrétariat. Tout en rejetant une « personnalisation des choses ». Dans un récent entretien pour "Le Monde", Mathieu Gallet s'était étonné d'« un manque de communication et de ne pas avoir vu la ministre depuis la fin de la grève ». Des échanges par médias interposés alors que le Contrat d'Objectifs et de Moyens entre Radio France et l’État (le COM, stratégique, pour 5 ans) a déjà pris du retard dans sa finalisation. Fleur Pellerin :

L'invité des Matins

24 min

Je ne souhaite pas que l'emploi soit la seule variable d'ajustement.

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La ministre a ensuite souhaité « un scénario crédible de retour à l'équilibre » financier et rappelé qu'elle venait d'obtenir « 80 millions d'euros pour terminer le chantier de la Maison de la radio ». Déclarant au passage : « Je ne peux pas apprendre (ce scénario) en lisant "Le Monde". Il faut qu'il soit présenté au conseil d'administration ».

Autre rappel : « Le 3 avril, j'ai fixé ma feuille de route de ministre de tutelle. Et j'avais dit que je ne souhaitais pas que l'emploi soit la seule variable d'ajustement. (...) C'est pour cela que moi je suis ouverte à la discussion. Il n'y a pas de totem, il n'y a pas de tabou. »

Fleur Pellerin a aussi insisté sur la question clé du calendrier en vue de ces impératifs financiers, contestant la date brandie par Mathieu Gallet de 2017 : « Moi, dans la lettre que j'ai adressée au président de Radio France, je n'ai jamais dit il faut que le retour à l'équilibre soit opéré pour le 31 décembre 2017 . Il n'y a pas du tout cela dans ma lettre. Ce n'est pas vrai. Donc, il n'y a pas d'injonction. J'ai parlé d'un horizon. Je n'ai pas parlé de date limite butoir, inconditionnelle ».

Et d'estimer que « le problème, c'est initialement d'avoir signé un Contrat d'Objectifs et de Moyens totalement irréaliste. D'avoir engagé le contribuable français dans une évolution de Radio France qui n'était pas réaliste » (en l'occurrence le précédent COM sous la précédente majorité).

L'alternative des syndicats

Les syndicats de Radio France se disent plutôt satisfaits de ces déclarations, mais prudents.

Renaud Dalmar, représentant de la CFDT et élu au Conseil d'administration, souligne en particulier désormais l'importance de l'avis de Bercy sur ce calendrier. Car le ministère de l'économie est l'autre tutelle de Radio France :

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2 min

Propos recueillis par Catherine Petillon.

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Pour éviter un plan de départs volontaires, les syndicats plaident pour un retour à l'équilibre en 2018. Argument présenté hier à l’occasion d’un CCE extraordinaire tendu, sur la base du rapport d'un cabinet d'expertise. Selon ce texte, les 350 postes menacés évoqués par le PDG ne suffiraient pas à résorber le déficit de la société. Et surtout, le cabinet estime que les seuls départs naturels à la retraite en partie non remplacés et en partie remplacés par des jeunes peu coûteux suffiraient à ramener Radio France dans le vert, en 2018.

Écoutez Jean-Paul Quennesson, délégué du syndicat SUD. Il répond à Abdelhak el Idrissi :

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Lors de ce CCE, Mathieu Gallet a rappelé que les ministères de tutelle lui avaient fixé un objectif de retour à l’équilibre en 2017 et non pas en 2018. Mais à l’issue du CCE, le ministère de la Culture a précisé que 2017 n’était pas une date butoir totalement figée et le PDG a finalement annoncé dans un très bref communiqué qu'il étudierait les propositions alternatives des syndicats et que le Conseil d'administration les étudierait jeudi. Ce jeudi pendant lequel on devrait aussi en savoir plus sur les préconisations du médiateur nommé par Fleur Pellerin, Dominique-Jean Chertier, qui vient de remettre ses conclusions .

L'avis du médiateur

Dominique-Jean Chertier, médiateur pour Radio France. Le 23 juillet 2015
Dominique-Jean Chertier, médiateur pour Radio France. Le 23 juillet 2015
© Radio France - Abdelhak El Idrissi

C’est un rapport de sept pages, pas très long vu l’objectif du document. Mais Dominique-Jean Chertier précise que chaque mot y est « pesé ».

Car le médiateur missionné par Fleur Pellerin explique avoir trouvé une entreprise où le corps social est en « forte tension », une « grande lassitude due à un chantier de rénovation long, complexe et très perturbateur ». Et « des attitudes managériales dans certains secteurs de l’entreprise pour le moins contestables » .

Dans le détail, l'ancien conseiller social dans le cabinet de Jean-Pierre Raffarin fait des recommandations à court et à long terme, et à toutes les parties prenantes.

Aux salariés, il demande de « dépasser le sentiment d’agression » pour faire de nouveau confiance à la direction et à l’État. L'ancien directeur de l'Unedic et des ressources humaines d'Air Inter demande également un effort sur la prise de congés qui permettrait de réaliser des économies importantes et de diminuer le recours aux précaires.

A la direction, le médiateur rappelle les engagements pris à l’issue de la grève il y a trois mois. Leur respect permettra de « retrouver la confiance et la sérénité ». Il est aussi rappelé à la direction qu’un plan de départs volontaires n’est pas la seule solution pour faire des économies. Qu’un tel plan peut-être inefficace et que d’autres solutions peuvent être envisagées sur le personnel, comme « un gel des rémunérations ». La direction est appelée à envisager « tous autres moyens » : « la politique des achats, la limitation du recours aux cabinets de conseil » ou encore des mesures incitatives pour favoriser des « départs naturels » (départs à la retraite, etc..) non remplacés.

Enfin, aux pouvoirs publics, Dominique-Jean Chertier demande de respecter scrupuleusement les termes du Contrat d’Objectifs et de Moyens qui sera signé en octobre et de desserrer l’étau sur la date de retour à l’équilibre budgétaire, actuellement fixé à 2017.

Pour le médiateur, Radio France ne fera pas l’économie d’une révision de son mode de fonctionnement : trop lourd, trop complexe et souvent dans l’urgence. Ce qui provoque des dysfonctionnements.

Et un meilleur outil de contrôle pourrait permettre à l’entreprise de faire des économies importantes.

En conclusion, Dominique-Jean Chertier estime que l’entreprise peut surmonter ses difficultés, mais qu’un « minimum de méthode et de constance dans l’action » sont nécessaires.

Ecoutez le, interrogé par Abdelhak el Idrissi :

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Découvrez notre "Pixel", reportage multimédia interactif, sur les raisons de la grève du printemps dernier.

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Olivier Poivre d'Arvor "limogé" de la direction de France Culture

Retrouvez dans notre récent article les points de vue de chacun à ce sujet, et notamment de Fleur Pellerin depuis Avignon.