Radium Girls, les ouvrières sacrifiées - #CulturePrime

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Radium Girls, les ouvrières sacrifiées

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Au début du XXe siècle, des milliers d’ouvrières peignaient au radium des horloges phosphorescentes…beaucoup en sont mortes. Voici l’histoire des Radium Girls.

Grace Fryer meurt en 1933 mystérieusement et dans la souffrance. Autour de sa tombe, encore aujourd’hui, la radioactivité s’envole. Elle travaillait dans une usine d’horloges phosphorescentes et des dizaines d’autres employées sont mortes comme elle.

Des filles lumineuses

Quand Marie et Pierre Curie découvrent le radium en 1898, on n’en connaît pas encore les dangers et son utilisation se propage à tout type de produits. Aux États-Unis, pendant la 1re Guerre mondiale, l’industrie des cadrans phosphorescents explose et dans les années 1920 près de 4 000 femmes, dont Grace, y sont employées. Leur travail ? Peindre méticuleusement près de 250 cadrans par jour.

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La compagnie disait d’effiler son pinceau entre ses lèvres pour faire une pointe fine. Toutes les Radiums Girls peignaient leur cadran de la sorte donc elles ingéraient cette peinture radioactive en effilant leur pinceau entre leurs lèvres.              
Kate Moore, écrivaine, autrice de "The radium Girls".

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Naturellement, si c'était mauvais, on n'allait pas le porter à notre bouche, mais M. Savoy [le contremaître] nous avait assuré que ce n'était pas dangereux.          
M.Cubberley, formatrice à l’US Radium

Les ouvrières fabriquent elles-mêmes cette peinture "magique" à base de sels de radium, de colle et d’eau. La poudre scintillante se dépose sur leurs mains, leurs cheveux, leurs épaules... 

On les appelaient "les revenantes" parce que quand elles rentraient à pied du travail, elles luisaient comme des esprits à cause de cette poussière de radium phosphorescente qui les enveloppait.          
Kate Moore, écrivaine, autrice de "The Radium Girls"

D'horribles souffrances

Petit à petit, la santé de Grace et de ses collègues se détériore :  maux de dents, fractures spontanées des os, douleurs diverses, anémie et nécrose... Le radium se fixe sur les os et les désintègre. La colonne vertébrale de Grace Fryer s'en voit pulvérisée. Les cancers se multiplient, notamment celui de la mâchoire chez des dizaines d’ouvrières. 

Malgré cette situation dramatique, la compagnie se défend d’avoir connu les risques du radium, bien que les cadres bénéficient eux de mesures de protection, ce n'était pas le cas pour les ouvrières.

En quelques années, beaucoup d’entre-elles meurent et les autres sont trop malades pour entamer une procédure judiciaire. Sans compter une loi de prescription très restrictive empêchant la plupart de porter plainte.

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Mais en 1927, un avocat accepte de défendre Grace Fryer et quatre de ses collègues. En guise de défense, la compagnie insinue alors que les ouvrières ont, en fait, la syphilis et tente de prouver l'innocuité du radium.

Des gens qui étaient manifestement en conflit d’intérêt sont venus témoigner, comme quoi il n’y avait pas de danger. Mais en creusant un peu on s’apercevait que c’étaient des vrais scientifiques, qu’ils avaient un vrai laboratoire mais que le laboratoire était largement payé par la Radium Company.          
Jean-Marc Cosset, radiothérapeute.

Les scandales se succédant, l’opinion publique et la presse se rangent du côté des ouvrières. Les cinq Radiums Girls obtiennent des compensations financières... mais uniquement à l’amiable. Toutes les plaignantes meurent peu après, Grace Freyer avait, elle, 34 ans.

Grâce au retentissement médiatique, ce procès a fait avancer la cause des droits des travailleurs en poussant d’autres salariés à attaquer leur employeur en justice.