Les enfants de la colonie d'Izieu, avant la rafle du 6 avril 1944
Les enfants de la colonie d'Izieu, avant la rafle du 6 avril 1944

Les dessins des enfants d'Izieu, raflés en 1944

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Rafle des enfants d'Izieu, des dessins pour se souvenir

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Le 6 avril 1944, 44 enfants juifs réfugiés à Izieu étaient raflés par la Gestapo après une dénonciation anonyme. Ils ont laissé derrière eux des dizaines de dessins, émouvants témoignages de l’insouciance de l’enfance.

On pourrait croire que ces dessins ont été réalisés par des enfants d’aujourd’hui, mais ce sont les dernières traces de vie des enfants de la colonie d’Izieu, les enfants juifs raflés en 1944 et assassinés à Auschwitz.

Dominique Vidaud, directeur actuel de la maison d'Izieu : "On arrive dans un lieu magnifique où les enfants ont laissé des traces de bonheur. C’est un lieu de la Shoah complètement unique. Les couleurs, les aquarelles, les crayons de couleur etc., ont laissé des traces qui sont incroyablement fraîches, on a l’impression que les enfants viennent de les dessiner."

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Un refuge aux airs de colonie de vacances, malgré le contexte

C’est une grande maison isolée, dans un cadre champêtre idyllique, au bord du Rhône et au pied du massif de la Chartreuse. De 1943 à 1944, cette maison a accueilli des dizaines d’enfants juifs, pour beaucoup des orphelins, fuyant la guerre.

Dominique Vidaud, commentant un dessin : "On voit la cigogne portant ce petit enfant sur le dos en train de renverser un loup. Et quand on retourne au verso du dessin, il y a une dédicace de Max Teitelbaum, un enfant originaire d’Anvers en Belgique. Max a dédicacé ce dessin à son frère Herman qui venait d'avoir 10 ans, il lui écrit 'pour tes 10 ans je t’offre ce dessin, j’espère qu’il te plaira, garde le toujours'. Ce 'garde-le toujours' résonne extrêmement fort'".

Le 6 avril 1944, quelques mois après son 10e anniversaire, Herman, son frère Max, ainsi que 42 enfants juifs et les adultes les accompagnant, sont raflés par la Gestapo puis emmenés à Drancy, avant de partir pour les camps de la mort.

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Dominique Vidaud : "Il y a un très beau dessin, c’est un Indien, campé sur une colline. Il est traité avec des couleurs extrêmement fortes, extrêmement contrastées. La coiffe de l’Indien est avec des plumes magnifiques, de toutes les couleurs. L’Indien est dans une telle position, il fait tellement bloc avec ce rocher sur lequel il se trouve, on a l’impression de quelque chose d’inébranlable."

Mais les dessins en question sont bien plus gais et colorés que ce qu'on pourrait imaginer, vu le contexte de leur réalisation.

Dominique Vidaud : "Curieusement, la plupart des dessins ne font aucune référence à la guerre contemporaine que les enfants vivent, aucune référence à leur situation précédente, au fait que par exemple ils ont, pour beaucoup d'entre eux, été internés dans des camps. On est complètement ailleurs. On est dans l'imaginaire, dans leur culture cinématographique ou livresque, on est dans les contes, il y a le Chat botté.

Le seul luxe autorisé

Malgré la guerre autour, les privations, la rigueur de l’hiver, les enfants vivent dans une ambiance de colonie de vacances, encadrés par quelques adultes dont Miron et Sabine Zlatin, deux résistants juifs. Sabine Zlatin, elle-même peintre, s’assure que les enfants ne manquent jamais de papier et de crayons de couleur. Elle dira que c’est le seul luxe qu’ils peuvent se permettre.

Dominique Vidaud : "On n’est pas dans le journal d’Anne Frank, on est vraiment dans autre chose. D’ailleurs, les enfants ne sont pas dans une cachette ils sont assez libres de circuler, même dans le village à côté, il descendent se baigner dans le Rhône l’été, ils sont connus de tout le monde."

Le soir, tout le monde se réunit pour une projection d’histoires dessinées grâce au procédé de la lanterne magique.

Dominique Vidaud : "Il y a Ivan Tsarevitch, l’histoire d’une guerre entre Cosaques russes et Tatars de Crimée, il y a une autre histoire de bandits aux États-Unis et, enfin, une histoire inspirée du film Capitain Blood avec Errol Flynn et Olivia de Havilland, tourné dans les années 1930, donc vous voyez des influences extrêmement diverses."

Sabine Zlatin n’était pas là le jour de la rafle. Quelques semaines après, elle revient sur les lieux, récupère les dessins et les lettres. Elle les conserve chez elle sans y toucher pendant plus de 40 ans.

Il faut attendre 1987 et le procès de Klaus Barbie, commanditaire du crime, pour que ces témoignages refassent surface. Durant le procès, l’avocat Serge Klarsfeld lit l’une de ces lettres, signée Liliane Gerenstein, 11 ans, qui demande à Dieu de protéger ses parents : "Faites revenir mes parents, mes pauvres parents, qu’ils ne souffrent pas, mes si bons parents, protégez les encore plus que moi-même."

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