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Ratko Mladic : le sinistre itinéraire du "boucher des Balkans"

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Ratko Mladic, à gauche à Sarajevo en février 1994, et à droite le 22 novembre 2017 à son entrée au Tribunal de La Haye
Ratko Mladic, à gauche à Sarajevo en février 1994, et à droite le 22 novembre 2017 à son entrée au Tribunal de La Haye
© AFP - Pascal Guyot, Peter Dejong

Previously. Ratko Mladic, l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, a été condamné à la prison à vie pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Retour sur ses atrocités pour mieux comprendre le jugement du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie.

Inculpé le 25 juillet 1995, quelques jours après le massacre de près de 8000 hommes et garçons musulmans à Srebrenica, Ratko Mladic a été reconnu coupable ce mercredi par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de dix chefs d’accusation sur onze, dont génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Âgé de 74 ans, le "boucher des Balkans" a été condamné à la prison à perpétuité et a fait appel de ce verdict historique. Retour sur ses exactions.

1991 : première opération de nettoyage ethnique en Croatie

C'est en Croatie, au printemps 1991, que Ratko Mladic débute sa sinistre carrière, que l'on ose à peine qualifier de "militaire", même s'il sortit avec les honneurs de l’académie militaire de Belgrade. Avant même le début de la guerre de Bosnie-Herzégovine, il s'agit déjà d'une opération de nettoyage ethnique : le village croate de Kijevo est rasé. La fédération yougoslave est en train de disparaître à cause des velléités d'indépendance de l'après Tito, comme la grande Serbie. Et la République de Croatie, justement  nouvellement indépendante, est en guerre avec l'Armée populaire yougoslave (JNA) et une partie des Serbes de Croatie.

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Celui dont le père, partisan de Tito, a été tué par les Croates oustachis pronazis n'est encore que colonel de l'Armée Populaire Yougoslave. Il en commande le 9ème corps et avec l'opération sur Kijevo c'est d'ailleurs la première fois que l'armée yougoslave se range clairement du côté des nationalistes serbes, en l’occurrence en Croatie. C'est la première exaction de Ratko Mladic, élevé dans la haine des Croates, mais aussi des Musulmans, dont beaucoup étaient des supplétifs de l'Oustacha.

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1992 :  l'épuration ethnique à grande échelle

En 1992, Mladic est redéployé en Bosnie avec pour tâche d'y organiser militairement les forces d'une "République Serbe", autoproclamée. Il est le bras armé du président Slobodan Milosevic et du psychiatre Radovan Karadzic, idéologue des Serbes de Bosnie. La guerre a éclaté le 6 avril quand l’armée serbe a attaqué la Bosnie-Herzégovine, qui venait de déclarer son indépendance. Le soldat massif et arrogant fera montre d'une brutalité qu'on n'avait plus vu en Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Les villes et villages du nord et de l'est de la Bosnie sont impitoyablement vidés de leurs habitants non-serbes; Croates et Musulmans sont emprisonnés dans des camps, parfois sommairement exécutés, et pour beaucoup expulsés. Et pour être sûr qu'ils ne reviennent jamais, leurs maisons sont détruites à l'explosif : c'est la campagne de "nettoyage ethnique".

Autour des villes et notamment de la capitale bosniaque Sarajevo (assiégée d'avril 1992 à février 1996), Mladic met en place des sièges hermétiques et bombarde systématiquement les quartiers habités. Charismatique et encore perçu comme un héros par certains en Serbie, il lance à l'époque à ses troupes à propos de Sarajevo : 

Tirez ! Tirez sans arrêt ! Tirez sur Basarcija (la vieille ville) ! Vous m’avez compris ? Il faut les rendre fous.

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Plus de 10.000 habitants, dont environ 1.500 enfants, meurent dans le martyre de la ville, tués par les balles des snipers ou les obus qui pleuvent des hauteurs tenues par les forces de Mladic.

Une autre image choque le monde et rime avec le commandant de l’Armée serbe de Bosnie : la couverture du magazine Time à l'été 1992 montrant le camp de concentration de Trnopolje, près de Prijedor en Bosnie-Herzégovine. L'homme au premier plan a d'ailleurs assisté ce mercredi au verdict du TPIY.

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Une date le marque alors Ratko Mladic : le 24 mars 1994, sa fille Ana, 23 ans, se suicide avec un pistolet familial. Les médias affirment que l'étudiante en médecine y a été poussée, désespérée par les pressions qu'elle subissait en raison du rôle de son père dans la guerre.

1995 : le massacre de Srebrenica

Enfin, en 1995, il commandera la prise des dernières enclaves bosniaques de l'est du pays, notamment celle de Srebrenica. Là où, malgré a priori la protection de l'ONU, la quasi totalité des hommes de plus de 15 ans sera ensuite passés par les armes... Ce massacre, le pire perpétré en Europe depuis 1945, fait au moins 8 000 victimes.

Reportage de France 2 du 13 juillet 1995 :

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Arrêté en 2011...chez un cousin

Courtaud, le regard dur et le visage sanguin, Ratko Mladic a toujours projeté une image de brutalité. Après la guerre, celui qui a été limogé par le gouvernement serbe en 1997 se repliera sur Belgrade, la capitale serbe. Il y vit ouvertement, sous protection militaire, puis de façon de plus en plus clandestine, jusqu'à disparaître vraiment en 2000, de peur de subir le sort de Slobodan Milosevic. Regardez ce reportage de 2006 :

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Il sera finalement arrêté en mai 2011... chez un cousin dans le village de Lazarevo (nord), avant d'être livré à la justice internationale.

En juin 2011, lors de sa première comparution devant le Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie, il affirme être "extrêmement malade". En costume et cravate gris, une casquette bleu ciel sur la tête, il répète avec insistance en lançant un salut militaire à ses juges : "Je suis le général Mladic. J'ai défendu mon pays, mon peuple". Et d'ajouter : "Je n'ai peur d'aucun journaliste".

En%20savoir%20plus : Au%20miroir%20de%20Ratko%20Mladic%3A%20justice%20et%20m%C3%A9moires%20en%20ex-Yougoslavie

2012 : début de son procès

Son procès débute le 16 mai 2012. Ratko Mladic est le dernier des responsables de la guerre de Bosnie-Herzégovine (1992-1995) jugé par le TPIY (103 jugements au total depuis 1993, avec plus de la moitié des accusés  condamnés d'après Le Monde). La Chambre va siéger 530 jours, et la présentation des moyens de preuve durera plus de quatre ans. Avec 592 témoignages et presque 10 000 pièces à conviction produits. Le réquisitoire et la plaidoirie sont prononcés entre le 5 et le 15 décembre 2016. 

En janvier 2014, alors qu'il est appelé à témoigner à propos de son alter ego politique Radovan Karadzic, Mladic qualifiera le Tribunal de " satanique".

2017 : prison à perpétuité

Le procureur de l'instance internationale considère lui Ratko Mladic comme l'"architecte de la politique de nettoyage ethnique". Et l'instance qui fermera ses portes à la fin de l'année le condamne à la perpétuité pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Plus de vingt ans après la guerre qui a fait plus de 100.000 morts et 2,2 millions de déplacés, il est uniquement acquitté du chef de génocide commis dans plusieurs municipalités de Bosnie-Herzégovine en 1992. Mais le vieil homme n'assiste pas à la sentence car il s'emporte peu avant et est évacué après avoir lancé à ses juges : 

Ils mentent, vous mentez. Je ne me sens pas bien.

Parmi les réactions, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU a qualifié cette condamnation de "victoire capitale pour la justice". Selon Zeid Ra’ad Al Hussein : 

Mladic est la quintessence du mal (...) Mladic a présidé à certains des crimes les plus sombres survenus en Europe depuis la deuxième guerre mondiale.

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