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Raymond Depardon : "Je suis capable de vivre un temps peut-être un petit peu différent de celui des villes"

Raymond Depardon au Festival de Cannes le 13 mai 2004.
Raymond Depardon au Festival de Cannes le 13 mai 2004.
© Getty - Catarina/Deroubaix/Gamma Rapho

2006. Premier volet d'une série de cinq entretiens d' "A voix nue" consacrée à Raymond Depardon, photographe, cinéaste à propos de son parcours, de la naissance de sa passion pour la photographie à la fin des années 1950 au sein d'une famille de paysans.

Dans ce premier entretien de la série "A voix nue", Raymond Depardon revient sur son enfance passée dans une ferme près de Villefranche-sur-Saône, "une ferme rêvée" : "C'était une chance pour moi d'avoir cette enfance." Mais à l'école, étant le seul élève issu d'une famille paysanne, il en ressent "très vite un complexe". "Une grande timidité, un grand complexe, beaucoup d'orgueil, pas beaucoup de facilité pour apprendre", voilà comment il se définit.

À ces moments-là - la première communion de mon frère, à ma première communion, au départ au service militaire de mon frère - où est née la notion de garder une trace. J'étais jeune, 13 ou 14 ans, j'amenais mon appareil et j'étais le photographe, très vite je trouvais un statut de photographe et très vite j'ai commencé à monter un laboratoire dans un coin de la ferme.

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"A voix nue" avec Raymond Depardon (1/5) diffusé le 26/06/2006.

25 min

Après le certificat d'études, se pose la question de son avenir, n'étant disposé ni à reprendre la ferme, ni à poursuivre des études comme son frère aîné.

Je ne peux pas travailler avec un lien de subordination. Je ne peux pas avoir un chef au-dessus de moi trop, trop précis. L'atavisme est là : la bourgeoisie et les paysans, c'est des gens qui sont difficiles à diriger. Je ne pourrais pas aller travailler à La Défense tous les matins avec un chef de service! Je suis trop orgueilleux, indépendant. J'ai besoin d'un espace de liberté devant moi. C'est cela qui est la force, l'originalité et la particularité des gens de la ferme, la ruralité c'est cette liberté !

En 2006, au moment de l'entretien, Raymond Depardon est en train de parcourir la France avec son camping-car pour un projet de documentaire qui deviendra "Journal de France". Il en relate la genèse.

Avec mon camion, je photographie la France pendant quatre ans. La France rurale, périurbaine, petites villes, petits villages... j'essaye de faire tout sur quatre ans. C'est dur de rester et de travailler, d'ailleurs je rentre tous les quinze jours ! Je ne tiens pas plus longtemps ! Parce que c'est dur et c'est peut-être plus dur qu'à l'étranger. Je suis resté une fois huit mois au Tchad. Je suis capable de rester des mois et des mois à l'étranger, mais en France... ça vous saute comme ça ! Un café, un tabac par temps gris, jour de pluie à Montbard ! C'est dur mais à la fois, je sais que c'est un peu à moi de faire ces photos. À la fois je la crains, je la revendique, il y a une haine et amour, il y a une relation forte avec le territoire. Je suis capable de regarder un paysage, je suis un peu rêveur, un peu passif, un peu contemplatif et à la fois je suis toujours en colère. J'ai vraiment tous les piliers de notre culture française !

  • "A voix nue" 
  • Première diffusion le 26/06/2006
  • Producteur : Christian Caujolle
  • Réalisation : Doria Zénine
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France