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Raymond Depardon : "Je suis très passé et très avenir. Je suis maladroit dans le présent."

Raymond Depardon au Festival de Cannes le 13 mai 2004.
Raymond Depardon au Festival de Cannes le 13 mai 2004.
© Getty - Catarina/Deroubaix/Gamma Rapho

2006. Cinquième et dernier volet de la série "A voix nue" consacrée à Raymond Depardon, photographe et cinéaste à propos de sa production éditoriale de livres, de ses doutes en tant que photographe de l'instant, de ce qui se joue avec le temps qui passe et de l'avenir du métier de photographe.

Dans ce dernier entretien d' "A voix nue", Raymond Depardon aborde son rapport au livre de photos par opposition à l'exposition qui réclame des compétences particulières pour savoir comment mettre en valeur les photos.

Je suis plutôt quelqu'un qui aime le livre plutôt que l'exposé, je ne suis pas un très grand exposant. Ce n'est pas ma culture, l'exposition.

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J'aime bien l'idée d'un gros livre, de pavé, j'aime bien l'objet.

"A voix nue" avec Raymond Depardon (5/5) diffusé le 30/06/2006.

25 min

Dans la suite de l'entretien, Raymond Depardon livre sa réflexion autour du deuil mélangé à la jouissance qu'il trouve dans l'acte de photographier.

La photographie c'est à la fois un deuil puisque c'est un acte qui a disparu, qui est mort. Peut-être que le photographe est quelqu'un qui commence à répéter la mort, il a un lien avec la mort le photographe, j'en suis persuadé, plus que le cinéaste ou l'écrivain, comme si on se préparait... [...] Et puis il y a ce côté de retrouver une image et c'est le problème du numérique justement puisque le deuil et la jouissance se font en même temps et c'est troublant. Attendre le résultat, attendre la photo qu'elle soit de la veille ou de dix ans auparavant. Moi, je retrouve plein de photos.

Raymond Depardon fait part de son mal-être dans le temps présent. Il vit dans le passé et se projette dans ses voyages à venir : "Je me confronte avec le temps. C'est le temps qui est quand même le centre du photographe."

Je reste toujours à l'écoute, je suis toujours à démarrer comme si j'étais un petit jeune photographe.

Il rejette toute conceptualisation du travail photographique, il ne voit pas le photographe devenir un "artiste conceptuel", cette évolution le rend sceptique.

Je ne conceptualise pas mon reportage. A la rigueur, je me dis je travaille sur une ville, je travaille dans la rue, je travaille tant de jours et pas plus, je photographie les gens, je fais des paysages... mais je ne conceptualise pas. [...] C'est ridicule de faire des poignées de portes. La photographie c’est quand même l'ouverture sur l'autre. Ça me bouscule, ça me choque, ça me soulève, ça casse mes idées préconçues, la photographie. Je vois quelqu'un, il y a un individu derrière.

  • "A voix nue" 
  • Première diffusion le 30/06/2006
  • Producteur : Christian Caujolle
  • Réalisation : Doria Zénine
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France