Publicité

Recenser toutes les fourmis du monde : un travail de fou... ?

Par
Les fourmis jouent un rôle significatif partout où elles sont présentes.
Les fourmis jouent un rôle significatif partout où elles sont présentes.
© Getty - Carlos Ángel Vázquez Tena / EyeEm

Des forêts tropicales à un massif de rosiers dans un jardin du Poitou, partout où elles sont présentes, ces minuscules insectes sont un rouage essentiel des écosystèmes. Mais pour mesurer scientifiquement leur rôle, il faut pouvoir les compter. Un vrai travail de fourmi...

On les rencontre sur tous les continents, sauf en Antarctique. Elles remplissent des rôles écologiques essentiels comme la décomposition des cadavres d’animaux ou la dispersion des graines nécessaire à la pollinisation. Des performances qui peuvent varier suivant le nombre d’individus et leur localisation. Les entomologistes - les myrmécologues pour être précis, puisque c'est le nom des spécialistes des fourmis - les appellent des animaux "eusociaux", c'est à dire que leur organisation sociale se caractérise par une division entre individus fertiles et individus stériles au sein du groupe, et attribue à ces deux castes l'accomplissement de tâches bien distinctes.

Qu'elles soient reines, princesses, ouvrières ou guerrières, les fourmis fascinent également en raison de leurs comportements complexes : avec l’espèce humaine, c’est la seule à pratiquer l’élevage d’une autre espèce animale - les pucerons en l'occurrence.

Publicité

Un défi fou : compter des fourmis

Mais c'est surtout leur diversité qui est fascinante. Si 16 000 espèces différentes ont déjà été recensées, on connaît mal encore leur population totale, à l'échelle de la planète. Les estimations existantes ont été réalisées à partir de données très localisées, difficile par conséquent de les considérer comme un échantillon représentatif, qu'il suffirait de multiplier. Pour pallier cette lacune, six chercheurs travaillant à l’Université de Hong Kong, Patrick Schultheiss, Sabine S. Nooten, Runxi Wang Mark K. L. Wong, François Brassard et Benoît Guénard, ont compilé près de 500 études scientifiques à travers le monde.

Pour comptabiliser les fourmis, ils ont utilisé deux techniques différentes : l'une consiste à utiliser des pièges-fosses, sortes de pots placés au niveau du sol pendant un certain laps de temps. La seconde consiste à récolter des fourmis présentes dans la litière des feuilles en tamisant celle-ci sur une zone de 1 m2. Problème : ces deux modes de recueil ne prennent pas en compte les fourmis qui vivent hors du sol. Les chercheurs ont donc ensuite estimé le nombre de fourmis vivant au sein des nids - c'est à dire celles qui ne fourragent pas - ainsi que le nombre de celles dont le biotope se limite à la canopée des arbres.

Les fourmis pèsent plus lourd que tous les oiseaux et mammifères

Grâce à cette étude d'une ampleur inédite - c'est la première fois que la recherche scientifique essaie de déterminer la biomasse totale des fourmis - les myrmécologues sont parvenus à estimer qu’il y aurait sur notre planète au moins 20 quadrillions de fourmis. C'est-à-dire 20 mille millions de millions, 20 avec 15 zéros. Ce qui représente plus que la totalité des oiseaux et mammifères sauvages sur Terre, et environ 20% de la biomasse humaine. Et encore, les auteurs de cette étude indiquent que ce chiffre pourtant vertigineux est probablement sous-estimé.

La Méthode scientifique
58 min

Merci à Benoit Guénard, co-auteur de l'étude pour ses précieuses explications.