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Recherche : la ministre annonce une revalorisation des salaires, en particulier pour les jeunes chercheurs

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La ministre de la Recherche Frédérique Vidal promet "Dès 2021, 92 millions d'euros consacrés à cette revalorisation indemnitaire". Le syndicat SNESup souligne la nécessité dans le même temps d'une politique de l'emploi.
La ministre de la Recherche Frédérique Vidal promet "Dès 2021, 92 millions d'euros consacrés à cette revalorisation indemnitaire". Le syndicat SNESup souligne la nécessité dans le même temps d'une politique de l'emploi.
© AFP - A. NOOR / BSIP

Les salaires des jeunes chercheurs seront revalorisés, a annoncé mardi soir la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Frédérique Vidal, qui a aussi évoqué "une revalorisation" plus globale pendant ses vœux perturbés par des chercheurs, a répondu à nos questions.

A partir de 2021, un chargé de recherche ou un maître de conférences devrait être recruté à hauteur de 2 SMIC au moins, soit environ 2 400 euros nets par mois. C'est l'engagement pris hier soir par Frédérique Vidal face, notamment, à des chercheurs en colère. 

Retour avec la ministre sur ses annonces et réactions du Syndicat national de l'enseignement supérieur (SNESup) et d'un doctorant membre du collectif "Facs et Labos en lutte".

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"En moyenne, un gain de 2 600 à 2 800 euros par an", selon la ministre

Aujourd'hui, la moyenne d'un salaire en début de carrière est de 1,3/1,4 SMIC, selon les chiffres du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. "L'engagement que j'ai pris et ce sur quoi nous commençons à travailler avec les organisations représentant des personnels et les conférences, c'est comment faire en sorte que plus aucun jeune chercheur ou jeune enseignant chercheur ne soit recruté en dessous de 2 SMIC dès 2021. L'objectif est que nous n'ayons plus ces jeunes qui hésitent à embrasser la carrière de chercheurs ou d'enseignants chercheurs à cause de la faiblesse des rémunérations de départ." a expliqué Frédérique Vidal à Stanislas Vasak, pour notre journal de 22h :

Frédérique Vidal : "En moyenne, c'est un gain de 2 600 à 2 800 euros par an."

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Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, le 22 janvier 2020 au Sénat.
Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, le 22 janvier 2020 au Sénat.
© Radio France - Nathalie Lopes

26 millions d'euros seront débloqués pour cette "remise à niveau" qui fera partie de la loi de programmation de la recherche. Et au delà, la ministre promet aussi une "revalorisation d'ensemble" pour répondre à la question de l'attractivité des métiers. C'est ainsi qu'une enveloppe supplémentaire de 92 millions d'euros sera débloquée pour augmenter les primes dans l'enseignement supérieur et la recherche. Frédérique Vidal précise aussi à notre micro que :

Nous travaillons sur beaucoup d'autres choses : sur le fait que les doctorants aient tous accès à des contrats doctoraux, sur le statut des post doctorants. Nous envisageons aussi de mettre en place des chaires de professeurs juniors de manière à faire plus dans les disciplines ou pour des profils qui sont difficiles à garder en France. Il est important que les jeunes formés en France sachent qu'ils peuvent avoir des carrières dans la recherche publique, que ce soit dans les universités et dans les organismes de recherche, qui soient aussi favorables que ce qu'ils peuvent trouver parfois dans d'autres pays.

Ces promesses de revalorisation ont été révélées lors de ses voeux organisés mardi soir au Musée de l'Homme à Paris. Pendant toute la durée de cette cérémonie, entre 150 personnes, selon la police, et 250 à 300 de source syndicale, se sont rassemblées à l'extérieur pour dénoncer notamment la "précarité étudiante", la "loi de programmation de la recherche" mais aussi le projet de réforme des retraites. Et certains chercheurs en colère ont aussi interrompu à plusieurs reprises la ministre dans son propos :

"Cela cache le véritable problème : l'emploi"

Pour Anne Roger, co-secrétaire générale du Syndicat national de l'enseignement supérieur (SNESup), le syndicat des enseignants-chercheurs, "cela montre surtout, déjà, que la ministre ne peut plus ignorer la colère des collègues et ne peut plus faire l'autruche. C'est déjà un bon signe. Par contre, un rapide calcul montre que, à raison de 55 000 enseignants-chercheurs, cela fera avec 92 millions d'euros une revalorisation de 40 ou 50 euros par mois. Cela reste insuffisant". Et selon Anne Roger, interrogée par Anne-Laure Jumet, ce premier pas ne règle pas la question de fond : celle de l'emploi à l'université.

Anne Roger : "Il faut une politique de revalorisation ET d'emploi. Parce que sans poste, cela retombe un peu à plat."

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Selon le SNESUP, 110 emplois ont été gelés cette année dans les universités. Les établissements utilisant ce levier pour faire des économies. Le syndicat souhaite donc des annonces sur cette question, notamment une programmation de l'emploi sur les années à venir. Une rencontre entre les différentes organisations représentatives et la ministre a eu lieu ce mercredi matin.

Gilles Martinet est doctorant, attaché temporaire d'enseignement et de recherche. Membre du collectif des "Facs et Labos en lutte", il était présent hier au Musée de l'homme lors des voeux de la ministre. Il a notamment reçu un coup de matraque hier soir selon lui, ce qui lui a valu cinq points de suture. Selon lui, cette annonce relève "purement de la communication". Joint par Laura Dulieu, il confirme le propos d'Anne Roger : "Revaloriser les salaires, c’est bien mais quand on ne crée pas de postes cela ne règle absolument pas le problème de la précarité dans l’enseignement et la recherche." Selon lui, "Entre 2012 et 2018, les établissements publics, scientifiques et techniques (CNRS, Inserm, INRA, etc.) ont perdu 3 650 postes de titulaires. Sur la même période, les recrutements de maîtres de conférence à l'université ont baissé de 36%". Et d'affirmer que la ministre "dresse un écran de fumée face à la précarité et à la souffrance" :

Gilles Martinet : "Entre 2012 et 2018, les établissements publics, scientifiques et techniques (CNRS, Inserm, etc.) ont perdu 3 650 postes de titulaires. Sur la même période, les recrutements de maîtres de conférence à l'université ont baissé de 36%"

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Une loi annoncée l'an dernier et la colère récente de grands noms

Le Premier ministre Édouard Philippe a annoncé en février 2019 le lancement d'une loi de programmation pluriannuelle pour la recherche.  Trois rapports ont ensuite été remis au gouvernement sur différents thèmes : le financement de la recherche, l'attractivité des emplois et des carrières scientifiques, le développement des partenariats avec les entreprises et la conversion des résultats de recherche en innovation.   Outre un besoin de financement, évalué entre 2 et 3,6 milliards d'euros, les auteurs avaient pointé du doigt "une rémunération peu attractive, des conditions de travail de plus en plus contraignantes et une érosion des emplois permanents". Ainsi que "des conditions d'entrée dans la carrière scientifique défavorables au regard du contexte international". En France, un chercheur, titulaire d'une thèse de doctorat, est recruté en moyenne à 33/35 ans après avoir cumulé plusieurs "post doc", des contrats à durée déterminée dans un laboratoire de recherche. Un jeune chercheur touche en France entre 2 200 et 2 500 euros brut. En Grande Bretagne, il peut toucher jusqu'à 4 200 euros, avait donné en exemple Philippe Maugin, président de l'INRA, lors de la remise des rapports.

En mars 2019, lors de son débat avec une soixantaine d'intellectuels, Emmanuel Macron avait été interpellé à ce sujet. "Nous sommes dans une période d’explosion, qui mérite d’être accompagnée par nos dirigeants. Face à la concurrence, il faut que les carrières de la recherche soient plus attractives. La situation des jeunes chercheurs est honteuse pour notre pays”, avait notamment déclaré le prix Nobel de médecine en 2011, biologiste, spécialiste du système immunitaire des insectes Jules Hoffmann. 

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Avaient notamment suivi les remarques de Serge Haroche (prix Nobel de physique 2012), soulignant le décrochage important de la France dans la compétition internationale. Il dénonçait le sort réservé aux jeunes chercheurs (salaire, mobilité…) et le manque d’attractivité des carrières scientifiques. Le Président avait alors promis "des décisions d'ici à la fin de l'année".

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Avec AFP