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Redécouvrez "Fanny", pièce de Marcel Pagnol, sans l’accent marseillais et sans le Vieux-Port en toile de fond

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"Fanny" de Marcel Pagnol, mise en scène Irène Bonnaud
"Fanny" de Marcel Pagnol, mise en scène Irène Bonnaud
- © La Compagnie des Indes/La Comédie-Française

Culture Maison. Ecrite en 1931, adaptée au cinéma en 1932, "Fanny" reste associée dans notre imaginaire à l’accent du sud et à Raimu qui interprétait César. Virginie Bloch-Lainé, productrice, vous invite à la voir d’un autre œil grâce à la mise en scène d’Irène Bonnaud, qui met en valeur sa modernité.

La pièce Fanny mise en scène par Irène Bonnaud et interprétée par la troupe de la Comédie-Française sera diffusée ce dimanche 26 avril à 20h50 sur France 5.

L’honneur d’une fille-mère

Elle voulait faire un bébé toute seule : c’est peu ou prou l’intrigue de Fanny. Écrite en 1931, créée sur scène la même année et tournée par Marc Allégret en 1932, la pièce de Marcel Pagnol raconte les tourments d’une fille-mère.
La tonalité oscille entre tragédie et comédie puis épouse parfois les codes du vaudeville dans la mise en scène que signait Irène Bonnaud, en 2008, pour le Théâtre du Vieux-Colombier : les moments les plus vivants, les plus convaincants de sa Fanny sont ceux dans lesquels les comédiens se répondent du tac-au-tac et se clouent le bec avec une faconde remarquable qui n’a cependant rien de marseillais, puisqu’aucun d’eux n’a, ni n’emprunte l’accent de la ville où se déroule l’action.
Catherine Ferran (la mère de Fanny), Sylvia Bergé (la tante déphasée de l’héroïne) et Andrzej Seweryn (Panisse) excellent particulièrement dans ce registre et dans ce rythme qui s’installent une demi-heure après le début de la pièce.

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Vendeuse de coquillages sur le Vieux-Port de Marseille, Fanny, 18 ans, est tombée amoureuse de Marius, le fils de César. Elle est enceinte du jeune homme, qui a pris la mer pour un long voyage et qui ne songe ni à rentrer, ni à demander des nouvelles de Fanny les rares fois où il écrit à César. 

Privé de père, l’enfant qui naîtra dans sept mois sera un bâtard. Fanny n’y voit pas d’inconvénient : elle assumera son statut. Mais Honorine, sa mère, marchande de poissons sur le Vieux-Port, l’entend autrement. Ce serait un déshonneur inacceptable que sa fille élève seule son enfant : "Je mourrais de chagrin !" clame cette femme autoritaire et portée à l’emphase. Il faut un père pour le nourrisson et un mari pour Fanny. Panisse, le marchand de voiles, homme bon et riche, est le candidat idéal. Non seulement il souhaite épouser la jolie Fanny, mais il ne prend pas ombrage du fait qu’elle cache "un polichinelle sous le tablier", dont le père est Marius : "Qu’est-ce qu’un homme de 50 ans offre en échange à une très jeune femme ? Ce n’est pas une affaire très honnête. Mais du moment que la jeune fille a eu un amant, ça rétablit un peu l’équilibre !".

Comme, en prime, Fanny lui apporte un hériter pour son commerce de voiles (car personne n’émet de doute sur le sexe du futur bébé), Panisse se réjouit. Afin que son honneur soit sauf, il suffira de taire l’identité du géniteur de l’enfant et de prétendre qu’il est né prématurément après sept mois de grossesse. L’affaire semble réglée. Seulement Marius rentre à Marseille et réalise qu’il a perdu Fanny, qui l’aime encore, et leur fils.

"Fanny" mise en sècne d'Irène Bonnaud
"Fanny" mise en sècne d'Irène Bonnaud
- © La Compagnie des Indes/La Comédie-Française

Qu’est-ce qu’un père, qu’est-ce qu’un homme ?

Fanny était censée célébrer Marseille et sa population que Pagnol avait quittés pour travailler à Paris. Occupant la position médiane de la Trilogie marseillaise (Marius, Fanny et César), Fanny est l’opus qui a remporté le plus de succès sur grand écran.
La mise en scène d’Irène Bonnaud ne joue pas la carte régionaliste. Son décor ne montre pas la ville et n’évoque en rien son atmosphère. Avec une sobriété revendiquée, des intérieurs modestes et intemporels, la metteuse en scène met en valeur une question de fond : qu’est-ce qu’un père ? César connaît la réponse : "C’est celui qui aime", conception de la paternité remarquable de modernité qui distingue le biologique de l’affectif. C’est avec cette réplique, lorsque la pièce touche à sa fin, que le comédien Gilles David, jusque-là effacé et comme perdu, devient émouvant dans le rôle, joué autrefois par Raimu, du père attentionné d’un Marius désinvolte. 

La réussite d’Irène Bonnaud se situe aussi dans l’orchestration du duo Honorine-Claudine, la mère et la tante de Fanny, quand elles cherchent à persuader la jeune fille que les hommes sont des vaniteux dont il faut profiter. Tandis que Fanny, un cœur pur, n’envisage pas d’épouser Panisse sans lui avouer qu’elle est enceinte de Marius, Honorine et Claudine militent pour le mensonge. Ce serait malhonnête, s’insurge Fanny, à laquelle Honorine (formidable Catherine Ferran), répond :

Une femme n’est jamais malhonnête avec un homme. Si nous sommes dans cette misère, c’est à un homme que nous le devons. Eh bien, faisons payer la faute par un homme.          
Fanny : Mais ce n’est pas le même.          
Honorine : C’est toujours le même ! Ils sont tous pareils !

Claudine, la sœur d’Honorine, approuve ces propos. Elle est jouée par Sylvia Bergé qui présente, dans sa façon d’être déjantée, une ressemblance frappante avec l’actrice Claire Nadeau. Marie-Sophie Ferdane, en Fanny, est au départ moins à son aise que ses deux partenaires, mais plus la pièce avance, moins la comédienne minaude. Musicienne de formation, Marie-Sophie Ferdane entonne joliment l’air des Parapluies de Cherbourg, le célèbre Je ne pourrai jamais vivre sans toi composé par Michel Legrand. Et peu avant ce moment, c’est la chanson extraite de la bande originale du film qu’Irène Bonnaud fait entendre.
Le spectateur réalise alors la proximité qui lie l’intrigue du film de Jacques Demy, sorti en 1964 et récompensé de la Palme d’or, et celle de Fanny.

"Une fille ? Qu’est-ce que tu vas chercher !"

Fanny glorifie une parentalité à la mode contemporaine, partagée et dans laquelle les liens du sang ne priment pas : le futur petit garçon sera couvé par plusieurs figures masculines puisque César se réjouit d’être grand-père et que Panisse lui laisse cette place.
Mais la modernité a des limites : si Panisse épouse Fanny sans faire de difficulté, c’est parce qu’elle attend un fils, évidemment, et donc un héritier pour son magasin et pour son nom de famille.
Aucun personnage ne doute du sexe de l’enfant dont Fanny est enceinte de deux mois, lorsque débute la pièce ; une certitude amusante pour le spectateur contemporain. Une fois seulement, Panisse évoque une possible catastrophe, la naissance d’une fille. César repousse l’hypothèse avec humour tant il sait que la chance, ou Dieu, ou la nature, sont de leur côté : "Une fille ? Qu’est-ce que tu vas chercher ? Ô Porte-Malheur !" 

Une fois né, cet enfant est chéri. Panisse, son père de cœur, est une vraie mère-poule. Ce qu’il redoute ? La coqueluche : "Ça s’attrape rien qu’en regardant ! C’est une espèce de microbe, voltigeant, cent millions de fois plus petit qu’un moustique."

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