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Réformes sociétales : le changement, c'est fini ?

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Le report de la loi "Famille" marque un (autre) tournant dans le quinquennat de François Hollande : celui de la fin des réformes sociétales. Priorité est donnée aux mesures économiques pour les trois ans qui viennent.

Lundi, Manuel Valls a annoncé que le gouvernement s'opposerait à des amendements instituant la PMA dans la loi "Famille".
Lundi, Manuel Valls a annoncé que le gouvernement s'opposerait à des amendements instituant la PMA dans la loi "Famille".
© Reuters - Benoit Tessier

"On ne peut faire qu'une seule grande réforme sociétale par mandat" . A l'Elysée, ce conseiller estime que l'engagement a été tenu : le mariage et l'adoption pour les couples homosexuels figurent désormais dans la loi. Une avancée comparée à la fin de la peine de mort, à la légalisation de l'IVG. "La PMA, elle, ne figurait pas dans le programme de François Hollande. Il n'est pas prévu qu'elle soit adoptée d'ici à la fin du quinquennat" , explique le même conseiller du président. Un discours tranché hors micro, qui contraste avec le flou entretenu en public.

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Le calendrier parlementaire laisse pourtant entrevoir cet abandon programmé des réformes sociétales : la loi sur la famille est ajournée, le débat sur l'euthanasie dépourvu de date, sans parler du droit de vote des étrangers dont plus personne, dans la majorité, ne pense qu'il sera évoqué au parlement d'ici à 2017. Seule la réforme pénale de Christiane Taubira, qui prévoit la suppression des peines planchers, devrait être discutée après les municipales. Autant de promesses qui, contrairement à la PMA, figuraient noir sur blanc dans le programme de François Hollande.

"Ces polémiques parasitent l'essentiel"
Il y a deux raisons à cela : d'abord, la priorité donnée à l'économie. L'essentiel du temps parlementaire sera désormais consacré au Pacte de responsabilité . "Ces polémiques autour des débats sociétaux, les rumeurs et les fantasmes qui les accompagnent, nous font perdre trop de temps et d'énergie" juge un haut responsable de la majorité. Dit autrement par le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis : "les choses sont claires : notre priorité c’est la croissance. Les problèmes de société seront traités mais en temps et en heure".

L'autre raison est plus stratégique. Il s'agit de désamorcer les polémiques. Polémique sur la PMA, la GPA, auxquelles s'est ajoutée la rumeur sur la théorie du genre, après le "Jour de colère" et ses slogans extrémistes. Des mouvements différents, mais dont l'Elysée craint qu'ils ne s'agglomèrent. "Il faut couper court aux sources de ces polémiques" indique l'Elysée. "On donne l'impression de céder aux gens de la Manif pour tous, regrette un député. On déçoit nos soutiens, sans gagner un partisan dans le camp d'en face". Un avis partagé par la candidate socialiste à la mairie de Paris :

Effectivement, "pas besoin d'être grand clerc pour comprendre que la probabilité que l'un des manifestants vote pour nous un jour est proche de zéro", admet dans Le Monde (abonnés), un conseiller élyséen. Les réformes sociétales seront-elles les grandes sacrifiées du quinquennat ? L'éxécutif tempère. Pour tous ces sujets, "il restera deux années pleines", explique l'entourage de François Hollande. Même si l'on a du mal à croire que des projets aussi controversés seront adoptés dans la dernière ligne droite du mandat.