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Réfugiés afghans, au diable les talibans

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Les femmes sont les premières victimes du retour des talibans.
Les femmes sont les premières victimes du retour des talibans.
© Maxppp - Stringer

Le 15 août 2021, les talibans prenaient le pouvoir à Kaboul. Depuis, plus d'un million d'Afghans ont pris la route de l'exil, fuyant la faim, le chaos et la répression, notamment celle des femmes. Rencontre avec Basira, jeune fille de 18 ans, et son père Abdulhamid, aujourd'hui en France.

"Do what you love", fais ce que tu aimes. Un gros autocollant que Basira a collé sur sa tunique rouge et noire. Cette Afghane de 18 ans voudrait faire ce qu’elle veut de sa vie. Mais à l’heure qu’il est, sa vie est à Massy, dans l'Essonne, au centre international de la Cimade où résident une trentaine de réfugiés afghans. Elle y est arrivée le 29 septembre 2021. Un mois après l’arrivée au pouvoir des talibans à Kaboul.

Basira est venue rejoindre son père Abdülhamid, un ancien chauffeur d’une société de sécurité chargée de la logistique de l’OTAN. Dénoncé, menacé, il est arrivé en France il y a presque sept ans, paralysé du bras droit suite à un attentat. "Si j’étais resté au pays, dit-il, avec l’arrivée des talibans et vu mon parcours, aujourd’hui je serais mort". Avant même leur entrée dans Kaboul, Abdülhamid tente de faire venir sa famille dans le cadre de la réunification familiale. Mais cela prendra plus de temps que prévu car les demandes s'accumulent déjà et Basira essuie un premier refus de l’administration française. Pendant ce temps, le pays se referme. Basira – déjà à Téhéran le 15 août 2021 - pourra être accueillie en France ainsi que sa mère, Leïla et sa grand-mère Bibitabo, une femme de 63 ans.

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La famille de Basira  (Au deuxième plan à droite) au Centre International des réfugiés de la Cimade, à Massy.
La famille de Basira (Au deuxième plan à droite) au Centre International des réfugiés de la Cimade, à Massy.
© Radio France - Nicolas Balu

Deux sœurs de Basira résident encore au pays. "Elles sont en danger car leurs maris ont travaillé pour le gouvernement précédent. Elles veulent quitter l’Afghanistan mais pour aller demander un visa - au Consulat français à Téhéran- on leur demande un passeport, elles ne peuvent pas se rapprocher des talibans pour l'obtenir. L’Iran n’accueille pas les Afghans, ils sont très réticents, c’est pareil pour la Turquie. Et si elles quittent clandestinement le pays pour l’Iran, elles vont se faire expulser." D’autant qu’à Téhéran les délais moyens de réponse des autorités françaises s’allongent, ils sont de quatre mois environ selon la Cimade. Et les candidats à l’exil vivent sur place dans la plus grande précarité, parfois dans la peur, surtout quand on est une femme.

Une pression quotidienne sur les femmes

Mais c'est bien l’Afghanistan qui est devenu une gigantesque prison pour les femmes. "Durant la guerre et avant l'arrivée au pouvoir des talibans, elles travaillaient, elles y étaient obligées lorsque leur époux était décédé ou tué, elles étaient les seules responsables de leur famille. Et aujourd’hui les portes des bureaux et des écoles ont fermé" explique Abdülhamid. Basira n’a pas eu le temps de voir cela. Son amie Shokria, professeur de littérature persane et pachtoune l’a vécu. "Ils ont couvert nos pieds, ils nous ont mis des gants. Puis ils nous ont interdit de sortir sans être accompagnées. Partout il y a de grandes affiches qui nous disent que les femmes n’ont pas le droit d’aller travailler, n’ont pas le droit d’aller à l’école. On nous met la pression. Je n’ai plus pu enseigner. L’Afghanistan a besoin de femmes médecins, de policières, d’enseignantes. Tout cela ça n’existe plus. Les femmes sont cachées. Enfermées."

Des affiches, Basira en a fait d’autres au centre des réfugiés de Massy, radicalement différentes. "Les talibans doivent savoir qu’ils ne peuvent pas éliminer les femmes afghanes de la société, les femmes sont aussi des êtres humains et font partie de la société, le crime des talibans est impardonnable" écrit-elle. La jeune fille fait partie d’une nouvelle génération. Elle prend des cours de français, souhaite travailler dans l’informatique et veut aider ses compatriotes. Elle veut témoigner et quand Basira parle, son débit est rapide, la voix est sûre. "Les pays occidentaux ne doivent pas reconnaître un jour les talibans. Et nous avons besoin, nous les femmes, de votre soutien".

Elle ne reviendra dans son pays que lorsque les femmes auront des droits, ceux que toutes les femmes ont en démocratie. L’Afghanistan "lieu de tristesse" depuis vingt ans écrit-elle. Sur une feuille qu’elle a faite traduire, Basira évoque la douleur, "la douleur dont nous rions tous, saupoudrée comme du poison dans notre âme que je ne pourrai jamais supporter". "Existe-t-il un pays plus misérable que l’Afghanistan ? Personne mieux qu’un afghan ne peut parler de la misère et de l’exil forcé".

"Les mains aux couleurs du drapeau afghan s'échappent des ruines de Kaboul mais restent enracinées"
"Les mains aux couleurs du drapeau afghan s'échappent des ruines de Kaboul mais restent enracinées"
© Radio France - Nicolas Balu