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Regardez "Roméo et Juliette" et retrouvez intactes la beauté et la violence de leur funeste destin

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Roméo et Juliette
Roméo et Juliette
- © Vincent Pontet / Comédie Française

Culture maison. Une brillante troupe de la Comédie Française interprète la pièce emblématique de William Shakespeare, dans une mise en scène très cinématographique signée Eric Ruf et créée en 2015.

Lucile Commeaux, productrice adjointe de La Dispute, vous invite à découvrir la production de Roméo et Juliette mise en scène en 2015 par Eric Ruf à la Comédie Française, et bientôt disponible dans une captation réalisée par Don Kent. A découvrir sur France 5 ce dimanche soir, puis en replay sur le site de France Télévisions.

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On dirait le Sud

Sur la scène, tous feux allumés, un homme s’avance, il semble sans pitié vouloir accrocher tous les regards des spectateurs de la salle Richelieu. L’histoire se déroule à Vérone, c’est celle, ancienne et toujours nouvelle, de deux enfants dont les maisons sont ennemies. Peu importe que cette pièce du jeune Shakespeare, écrite au début des années 1590, ait été jouée et rejouée, adaptée et réadaptée. Dans cette grande mise en scène signée Eric Ruf, Roméo et Juliette se rencontrent, s’aiment, et meurent comme pour la première fois.

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Le rideau ouvre sur un décor monumental, composé de grands pans de murs dont certains, modulables, figurent tantôt des façades de palazzi décatis, demeures des familles Capulet et Montaigu, tantôt l’intérieur d’une église de quartier où Roméo et Juliette s’épousent secrètement, tantôt une salle d’eau à la propreté douteuse, où les filles se maquillent avant de rejoindre la fête, ou encore une chambre nue avec un lit à barreaux métalliques, qui accueille les amours et les adieux du jeune couple. Tout est d’un blanc un peu sale, un blanc du Sud, jauni par le soleil, par le frottement de tous les corps qui s’y sont adossés, et les mégots écrasés à même le crépi. Une Vérone vraiment italienne, dont l’architecture sur scène esquisse opportunément les reliefs d’un balcon, la nuit, lors de la scène de déclaration. C’est que dans la mise en scène la sérénade perdure, et la forme amoureuse continue de s’épanouir dans un quartier de mafia, où le duel devient rixe et le bannissement exil.

Des détours pour retrouver l’essentiel

Dès le départ, la référence au cinéma est palpable, dans la souplesse des corps, les mains qui parlent à la sicilienne, les embrassades viriles, et la sensualité des jeunes premiers. Eric Ruf a choisi de camper l’action shakespearienne dans l’Italie des années soixante - gageure immense ! Un Roméo chemise ouverte et cheveux lissés en arrière, une Juliette en robe courte et talons plats, et c’est tout West Side Story qui débarque : les Jets, les Sharks, les chansons et la danse, bref, le mythe. On se surprend à n’y penser que fort tard, à un geste de Mercutio qui passe la main dans ses cheveux, ou au claquement des sandales de Juliette sur le sol. C’est bon signe, celui que la Comédie Française s’approprie véritablement le texte et réussit, seule et fière, sa tentative de déplacement.

De fait, c’est vers un autre cinéma que la pièce regarde, à commencer par Coppola et Le Parrain, dont une clarinette lointaine et mélancolique aux entractes évoque instantanément les premières notes du thème lancinant. La gravité est de la même trempe : ensoleillée, cruelle, et burlesque souvent. La tragédie leste les corps juvéniles et plein de vie, ceux de Suliane Brahim et Jérémy Lopez tout en souplesse et en sensibilité ; le drame accroche jusqu’à la flamboyance goguenarde de Mercutio, brillamment interprété par Pierre-Louis Calixte.

On croit à tout : à l’amour, au désespoir, aux rires et aux larmes. Il y a dans cette mise en scène et sa complexité même - celle du rapport au texte, au genre, au mythe -, une sincérité telle que Roméo et Juliette n’a jamais été aussi simple à voir et à entendre pour nous spectateurs contemporains, si prompts à douter des grandes et naïves choses. C’est le propre du chef d’oeuvre populaire précisément : dans l’écrin bourgeois de la salle Richelieu, il explose les résistances et fait disparaître dans la vérité aveuglante du texte et des sentiments le velours rouge, les lustres et les dorures, pour nous laisser finalement nus, orphelins de nos propres enfants.

À réécouter : Juliette aime Roméo
1h 04
À réécouter : William Shakespeare

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