Réinventer la danse avec Boris Charmatz
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Réinventer la danse avec Boris Charmatz

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Réinventer la danse en temps de pandémie avec Boris Charmatz

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"C'est comme si le virus avait attaqué la danse en premier lieu". Comment danser en temps de pandémie ? Le chorégraphe Boris Charmatz réinvente le mouvement et le rapport à l'autre dans un espace à ciel ouvert, sans murs ni toit.

"On est dans un moment hyper compliqué. C’est comme si le virus avait attaqué la danse en premier lieu parce que la danse c’est le contact entre les corps, on n’a pas envie de danser sur une croix à un endroit donné", résume Boris Charmatz, danseur et chorégraphe.      

Comment danser en temps de pandémie ? C’est la question que se pose Boris Charmatz, star de la danse contemporaine. Passées la peur et l'appréhension viennent la réinvention et l’adaptation. 

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“On est incertain, on ne sait pas si l’on va danser avec quelqu’un, quelqu’un d’autre, à trois, à dix, à 100… Il y a une perméabilité entre les corps qui est magnifique et aujourd’hui on est dans la distance sociale, dans le masque, dans l’impossibilité de faire ça donc ça nous touche, en tant que danseurs… L’absence de contact fait que c’est très très compliqué mais je crois que c’est aussi justement pour ça qu’il faut à tout prix soutenir, faire de la danse, essayer à la fois de s’adapter, de résister, d’inventer, d’imaginer le futur", poursuit l'artiste. 

Danser hors des studios

Réinventer la danse, Boris Charmatz le fait depuis trente ans. Considéré comme le chef de file de la “non-danse” dans les années 1990, il est l’un des premiers français à voir le potentiel de la danse hors des studios et des carcans. 

“Je suis né en Savoie moi, j’adorais faire de la montagne et j’adore le plein-air. C’est vrai que j’ai l’idée que la danse contemporaine peut avoir lieu dans des gares, dans des musées, sur des places publiques, dans l’herbe, dans la boue. En extérieur j’aime le risque en fait. J’ai l’impression qu’on devrait faire une sorte de lieu urbain complètement expérimental, vert, chorégraphique, dans la ville. Donc sans murs, sans toit. Après qu’est-ce qu’il se passe, comment, on s’adapte... Là il y a les règles sanitaires, des distances, des peurs… Et j’ai l’impression que la danse est un bon médium pour ça, qu’en fait tout le monde peut danser, on n’a pas besoin de scène, pas besoin de gradins, c’est très horizontal et du coup en une seconde on peut regarder, participer, faire”, développe Boris Charmatz

Cette idée d’un lieu de danse urbain sonne comme une utopie et pourtant, c’est le projet bien réel de Boris Charmatz. Tout à commencé avec Terrain, un spectacle de danse participatif, à ciel ouvert qu’il a joué sur des places publiques à Rennes, Brest, Berlin. Un projet hybride mélangeant danse, déclamations et échanges avec le public.   

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Concevoir la danse différemment

Une expérimentation qui a façonné sa conception de la danse.  

“On essayait de faire notre répétition publique avec des prises de parole sur Charlie Hebdo, sur ce qu’on avait envie de dire, de faire, de bouger et en même temps il y avait des supporters qui hurlaient à côté de nous donc pour les danseurs c’était un cauchemar cette soirée et pour moi c’était extraordinaire. C’est une danse qui peut vraiment participer des mouvements qui sont autour d’elle. Des mouvements des citoyens, des passants, des mouvements de la ville, de la météo, du climat. Le plein-air permet ça en fait, si je suis au théâtre de la Bastille, au théâtre du Châtelet c’est un petit peu plus fermé même si les théâtres sont des lieux ouverts. Mais, évidemment, quand on est à l’extérieur il se passe d’autre chose", analyse l'artiste.

Aujourd’hui Terrain est une association et Boris Charmatz rêve de cet espace sans toit ni mur, où sa danse n’aurait pas de limites. Comme un institut chorégraphique mélangeant cours, résidence, spectacle, le tout en extérieur.  Ce projet sonne d’autant plus actuel en temps de coronavirus. Une manière de voir et faire la danse différemment, un terrain de jeu immense pour la réinventer. 

“ Il y a une échelle comme ça de choses où on se dit : “Tiens finalement avec le masque ça peut passer.” Et puis des choses qui ne passent pas et qu’on doit juste enlever, renoncer à… Et l’interdiction, le renoncement, c’est dur. Ça met beaucoup de tensions mais il y a aussi une immense énergie à avoir envie de redanser", conclut Boris Charmatz.

À voir : Portrait Boris Charmatz au Festival d'Automne à Paris, jusqu'au 16 janvier