Ren Hang, photographe : le tabou du nu en Chine

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Ren Hang, photographe : le tabou du nu en Chine

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Ren Hang est un photographe chinois qui s'est suicidé à 29 ans. Avec ses clichés, il interroge le tabou culturel de la nudité en Chine. Jean-Luc Soret, commissaire de l'exposition "Love, Ren Hang" à la Maison européenne de la photographie explique en quoi ce photographe a marqué son époque.

La nudité explicite est-elle forcément pornographique ? C’est toute la question de l’œuvre du photographe chinois Ren Hang.

Ren Hang est né en 1987, il est mort en 2017. Il s’est suicidé à l’âge de 29 ans et a laissé derrière lui une œuvre prolifique, quelques milliers d’images, pour une durée assez courte, puisqu’il a photographié pendant une petite dizaine d’années.

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Jean-Luc Soret : "On pensait avoir fait le tour du nu, en Occident, et d’un seul coup, surgit cet artiste dans un pays qui, en plus, n’a pas du tout traité ce sujet. Même si Ren Hang a été censuré pour suspicion de sexe, la sexualité et même l’érotisme sont vraiment en arrière-plan. C’est la force graphique qui s’impose, ce sont les motifs, c’est le jeu avec les couleurs."

Alors qu’il suit des études de marketing à Pékin sans grand enthousiasme, Ren Hang commence à photographier ses amis dans des mises en scène spontanées.

Jean-Luc Soret : "Même si les clichés sont extrêmement bien construits, très composés, les mises en scène obéissaient plus à un ordre performatique qu’à une construction vraiment faite en amont. Il avait juste son Minolta analogique avec pellicule qui se rembobinait automatiquement, avec flash intégré, il n’avait pas d’équipe lumières. C’étaient les modèles elles-mêmes qui se maquillaient. Il était seul aux commandes. 

Terry Richardson, Ren Hang le citait comme un des artistes qu’il appréciait. Le côté frontal de ses images, l’utilisation d’un flash avec des fonds blancs qu’on retrouve dans certaines des images de Ren Hang, mais sinon il ne se réclamait d’aucune influence."

Ren Hang recrute les modèles volontaires sur son site et les photographie dans son minuscule appartement.

Jean-Luc Soret : "Il exploitait un registre chromatique et formel, composé par les corps, la blancheur des peaux, le noir de jais des cheveux, le carmin du rouge à lèvres, du vernis à ongles. Il y avait aussi tout ce registre animalier, ce registre des fleurs qu’il utilisait. Ce n’étaient pas des accessoires, c’était vraiment traité à égal des corps qui étaient superposés, arrangés, de façon à créer des motifs."

Ce qu’apporte Ren Hang au nu, c’est notamment de traiter le masculin et le féminin à égalité.

Ren Hang est rapidement confronté à la censure des autorités à cause du tabou culturel que représente le nu en Chine.  

Jean-Luc Soret : "Historiquement, c’est vraiment quelque chose qui a échappé à la Chine, contrairement à l’Occident où nous, on a l’héritage grec avec l’intérêt pour l’anatomie. Ren Hang ne voulait pas choquer la censure pour la choquer. Cette liberté-là, il la revendiquait comme un étendard, sans pour autant se dire engagé politiquement contre la censure ou pour la liberté d’expression."

Après un jeu du chat et de la souris avec la police, Ren Hang bascule dans une forme de clandestinité artistique.

Jean-Luc Soret : "La liberté de ton qu’il avait de traiter l’homosexualité de façon aussi ouverte, c’était une deuxième raison pour avoir des problèmes avec la censure. Il s’en amusait, on lui a fait fermer ses expositions, on lui a fermé son site web donc il le rouvrait ensuite. Ils escaladaient avec ses modèles les grilles des parcs, la nuit, se déshabillaient en deux temps trois mouvements, ils prenaient les clichés et déguerpissaient avant que la police n’ait le temps de mettre la main sur eux."

Souffrant de dépression depuis l’adolescence Ren Hang met fin à ses jours alors qu’il commence à être mondialement connu.

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