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Rendre la montagne payante ? Ecoutez plutôt les Alpes par Michel Butor...

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Montagne à l'oeil
Montagne à l'oeil
© Getty - Rachel Williamson / EyeEm

Que la montagne est belle... quand elle est gratuite ? Dans les Pyrénées, on doit payer son ticket à l'horodateur pour monter aux lacs du massif du Néouvielle, loin de ce monde qui s'offrait hors du monde tel que l'évoquait Michel Butor en 1996.

Connaissez-vous la vallée d'Aure, qui remonte dans les Hautes-Pyrénées jusqu'à la frontière espagnole depuis le plateau de Lannemezan ? Vous laissez sur votre gauche les hauts de Genos, Aulon en face sur son pic, vous ignorez les stations de ski de Saint-Lary et Loudenvielle, vous poursuivez vers les lacs du massif du Néouvielle - une réserve naturelle. L'Espagne qui pointe à moins de dix kilomètres au tunnel de Bielsa, des sentiers en ruban, de l'air et du vert à couper le souffle. Et, depuis peu, des horodateurs sur les parkings en contrebas des chemins de randonnée qui sont soudain devenus payants.

A raison de 3,5 euros de l'heure ou 10 euros la journée (et 16 euros pour 72 heures pour qui aime bivouaquer), il faut désormais payer pour partir en montagne du côté d'Aragnouet, apprend-on via France Bleu Béarn qui couvrait le 15 juin une manifestation contre la montagne payante. Sur les photos, un panneau de stationnement tous les dix mètres et des horodateurs, comme à Cauterets ou dans les Baronnies, où le département avait accouché de ses premiers parkings payants dans le passé. 

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"La montagne, un monde à-côté et au-dessus"

La montagne à l'heure domestique ? Les adversaires de la montagne payante déplorent "un lieu de liberté" qui s'en va. En 1996, Jean Daive et François Teste avaient rendu visite à Michel Butor chez lui, dans sa montagne, pour un documentaire dans la série "Territoires d'écrivains". La montagne de Michel Butor n'est pas la vallée d'Aure mais la Savoie. C'est là, dans les Alpes à deux pas d'Annemasse et du lac Léman, du côté de la petite montagne des Voirons, que l'écrivain marchait tous les matins avec son chien.

Dix ans avant sa mort sur ces hauteurs-là, en 2016, écoutez-le raconter sa montagne, ce "monde à côté et au-dessus du monde habité". Un lieu comme une retraite pour laisser la tête travailler seule, "une séparation du monde, mais confortablement", disait joliment Butor. Pas d'horodateur dans son évocation :

Michel Butor dans "Le Pays d'ici", le 29 mars 1996, sur France Culture

57 min

Le Voyage en montagne, diffusé le 29 mars 1996 sur France Culture dans l'émission Le Pays d'ici.