Renouer avec les sensations (inégalables) de l'analogique

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Renouer avec les sensations (inégalables) de l'analogique

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Les « bobs », des « noyaux », des « colclos » et autres joyeusetés
Les « bobs », des « noyaux », des « colclos » et autres joyeusetés
© Radio France - SL

Marie Guérin, à travers « L’atelier de la création » et son documentaire « Le geste magnétique », se lance dans une aventure radiophonique où se mêlent pour mieux se découvrir deux univers radio : l'analogique et le numérique.

Arrivée à  Radio France en 2001,  Marie Guérin, jeune productrice, se définit volontiers comme une « presque digital native » et n’a jamais connu d’analogique « qu’une paire de ciseaux de montage » .

Elle rencontre en septembre 2012 Irène Omélianenko, la responsable du pôle documentaire de France Culture, et lui propose de partir dans une aventure : fabriquer une émission en hommage à la bande magnétique, sur bande magnétique :

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5 min

Le projet est validé. Reste à trouver une équipe qui très vite va se former.  Gilles Davidas, entré à la Maison ronde le 1er septembre 1974, se chargera de la réalisation. Avec à la prise de son et au mixage  Alain Joubert, « 31 ans de Maison », croisé au hasard de la cantine, qui s'est immédiatement enthousiasmé pour le projet.

De gauche à droite : Alain Joubert, prise de son et mixage, Gilles Davidas pour la réalisation et Marie Guéret , productrice
De gauche à droite : Alain Joubert, prise de son et mixage, Gilles Davidas pour la réalisation et Marie Guéret , productrice
© Radio France - SL

Gilles Davidas connaîssait le travail de  Marie Guérin, notamment sur «  Les passagers de la nuit ». Mais ce qui très vite le convainc de participer à la réalisation du documentaire, c’est sa curiosité et sa volonté de découvrir tout un pan de l’histoire de son métier et d’être le témoin de ce qui va devenir « La quête de Marie » :

Gilles Davidas : "Quand je repère une coupe, je le fais avec mes oreilles, pas avec mes yeux"

4 min

Chaque profession possède un champ lexical bien particulier. La bande magnétique et le montage radio ne font pas exception. Pour les novices, il est parfois difficile de comprendre et de jongler avec des « bobs », des « noyaux », des « colclos » et autres joyeusetés que  Gilles Davidas énumère et détaille :

Gilles Davidas : "Il y a une chaleur dans l'analogique, que l'on retrouve dans le vinyle"

6 min

Du magnétique au numérique à Radio France

Imaginé dès la fin du 19e siècle, l’enregistrement sur bande magnétique connaît son essor après la Seconde guerre Mondiale avec la naissance de la Radio Diffusion Française.

Mais une invention en particulier va révolutionner la vie de toutes les radios du monde car elle change à jamais les méthodes de travail, permet d’inventer et d’imaginer de nouvelles possibilités et participe à l’évolution de la radio telle que nous la connaissons : le Nagra .

Stefan Kudelski
Stefan Kudelski

Le nom de « Nagra  » signifiant « enregistrera  » en polonais, est une belle promesse d’avenir.

Afin de prouver les possibilités d’autonomie de son appareil, Stefan Kudelski présente son reportage sur le bourdon de la tour de Notre-Dame-de-Paris au jury des « Chasseurs de son  » de la RTF en 1952. La Cathédrale est alors dépourvue de tout courant électrique, la démonstation est un succès. Il remporte son premier prix. Avant notamment 4 Oscars pour son apport au cinéma, en 1965, 1977, 1978 et 1990.

Des voyages de Nicolas Bouvier aux profondeurs abyssales des explorations du professeur Piccard, en passant par les commentaires sportifs, rien ne sera épargné au « Nagra  ». Désormais incontournable, il connaîtra différentes améliorations pour aboutir, en 1971, au modèle qui va faire sa légende : le « Nagra IV-S » (S pour stéréo).

Son arrivée mène à une nouvelle forme de production radio que l’on a appellée « L’*écriture par le son * ». Un son qui donne à voir, à toucher et même à sentir. Un plaisir des sens qui met en éveil celui de l'écoute; comme si la radio entretenait un rapport quasi charnel avec ses gens qui la fabriquent, la pensent, la coupent, l'écoutent, la collent, la recherchent dans un coin parmi un enchevêtrement de sons…

Ce qui semble vide de sens, dénué d’intérêt, soudain s’anime. La nature, la vie du quotidien, s’écrivent sur la bande. Ainsi, l’histoire, les impressions, les images naissent dans l’assemblage de ces bruits, de ces voix. Les précurseurs et les modèles pour des générations de futurs chargés de réalisation sont Pierre Schaeffer , René Farabet  ou Yann Paranthoën . Et le Nagra marquera aussi des générations de reporters, comme le confie très justement sur son blog Fabienne Sintes , de Radio France, ou Valérie Lehoux , ancienne de RFI. Sans oublier l'analyse historico technologique de Philippe Couve , lui aussi ancien de RFI ou les souvenirs du journaliste producteur Robert Arnaut , interrogé par Thomas Baumgartner.

Des ciseaux à la souris

En production, le matériel numérique remplace progressivement tout le matériel analogique. A Radio France, les rédactions les abandonnent en 2005. Le «* tout numérique*  » en mai 2007 sonne la fin définitive de l'analogique à la radio. Désormais, les émissions sur l'antenne de France Culture sont diffusées en numérique ! Emplissant ainsi nombre de placards, tiroirs, d'archives sonores. Des kilomètres de bandes de voix éteintes…

Pour le montage, plus de ciseaux pour couper la bande magnétique. Avec la dématérialisation du son, finie la bande magnétique jonchant le sol des studios et cabines de montage…

Bande ciseau mixage
Bande ciseau mixage
© Radio France - SL

L’arrivée du numérique permet de visualiser le son.

Mixage et montage numérique
Mixage et montage numérique
© Radio France - SL

Une bande était scrutée attentivement pour permettre la coupe. En définitif, c’est l’oreille qui dictait l’endroit précis de la coupe à effectuer au ciseau : fallait-il conserver la réspiration ou partir directement sur la déclaration de l’intervenant…

Repasser le passage encore et encore, jusqu’à être enfin sûr de la coupe et du sens ainsi donné au propos par le montage.

Désormais, le son se voit, s’affiche sur un écran d’ordinateur.Il est tout à fait possible d'agrandir, via son logiciel (Sadi ou Nétia), un mot, syllabe par syllabe.

La coupe est mauvaise, qu’importe ! Un simple clic suffit pour revenir en arrière et ainsi se voir épargner la séance parfois fastidieuse de recherche au sol d'une cabine, du bout de bande perdu…

Ainsi le montage gagne en précision et en possibilités. Le volume de certains appareils a diminué ; comme par exemple, celui des appareils d'enregistrement en reportage.

Néanmoins, la Maison de la Radio porte encore la trace du magnétique en ses murs à travers ses cabines de montage, ses studios. Et il n’est pas rare de trouver un banc de montage dans un bureau ou des bandes dans le casier d’un collaborateur…

casier bob
casier bob
© Radio France - sl

De nouvelles générations d’hommes et de femmes de radio, tout en étant parfaitement aguerries aux nouvelles formes de production radio numérique, restent fascinées par le souvenir de ces temps révolus. Certes, le numérique apporte de vastes possibilités d’exploitation, mais encore aujourd’hui, il ne semble pas avoir effacé cette époque quelque peu mythique de l’analogique.