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Renzo Piano : "Avoir un style, un langage Piano, ça devient comme une cage"

Renzo Piano le 7 mai 2015 dans son bureau parisien.
Renzo Piano le 7 mai 2015 dans son bureau parisien.
© AFP - Eric Feferberg

1990. Renzo Piano est l'invité de la série "A voix nue". Dans ce premier entretien, l'architecte gênois dévoile son processus de création, entremêlant pensée et action, la tête et la main. Il s'explique sur son refus d'être reconnaissable et privilégie l'architecture comme une aventure.

Premier entretien avec l'architecte Renzo Piano dans la série "A voix nue" diffusée en 1990 et dans lequel il explique sa vision de l'architecture fortement influencée par son père, constructeur.

Concevoir un bâtiment c'est d'abord de le construire avec l'imagination, avec le rêve. Et après le rêve se matérialise et devient un bâtiment. J'aime utiliser le mot de constructeur, dans le sens noble, ancien du terme.

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"A voix nue" avec Renzo Piano le 12/11/1990 sur France Culture.

29 min

Il s'explique sur son mode de création qui est "de mettre ensemble la tête et la main" :

Le processus créatif de l'architecte est circulaire. Il faut essayer. On imagine une construction, on fait des dessins, on fait des pièces qui ne sont pas des maquettes de présentation aux clients, ce ne sont pas des gros gâteaux à la crème qu'on amène pour voir son idée... On revient sur la planche à dessin, on redessine, on repense et c'est circulaire. Ce n'est pas la construction ou la technique qui conditionne l'idée mais c'est plutôt la technique qui alimente l'idée, lui donne de l'épaisseur, de la force.

L'architecte visionnaire ne perd pas de vue le matériau et la technique : "Si on est libre de contraintes, on est dans le vide !"

Dans le métier créatif, ce n'est pas l'intelligence, c'est un petit peu de courage, c'est beaucoup de respect, c'est la curiosité qui comptent. Et je crois beaucoup en la générosité, le fait qu'on ne calcule pas trop : on se lance ! Le mot même de projet, se projeter, c'est lancer en avant ! C'est l'aventure ! C'est par définition l'aventure !

Sur la définition de son style, il refuse le high-tech en soi : "Le high-tech en tant que style, griffe, c'est ridicule !" Il fustige toute "mode", synonyme de "paresse de l'esprit" et d'"académique". Il lui semble que l'architecture c'est intrinsèquement de l'"invention".

Pour Renzo Piano, il est indispensable en architecture de relier le dire et le faire, la pensée et l'action, ainsi "concevoir et exécuter, c'est la même chose", comme au temps des cathédrales.

Les cathédrales, c'était le rêve, c'était le paradis parce que c'était les universités de l'époque au Moyen-Age. C'était des universités pluridisciplinaires, on dirait aujourd'hui. Les différences entre maçons, charpentiers et l'architecte étaient presque nulles !

Il s'exprime aussi sur le concept de légèreté qui lui est cher.

C'est le plaisir de faire avec le minimum et c'est aussi une idée d'expression, une question de langage. Etre léger, ça veut dire que vous devez être sincère.

Réfractaire à tout style ou langage qui lui serait propre, il en appelle à la liberté de l'aventure, et surtout à ne jamais se poser "la question" d'être "reconnu". Si "on arrête ce plaisir de la découverte", alors "on vieillit" affirme-t-il.

L'architecture est une science contaminée par la vie, elle est faite de vie.

Nous vous prions de nous excuser pour la mauvaise qualité sonore de cet enregistrement.

44 min
  • "A voix nue" 1/4
  • Première diffusion le 12/11/1990
  • Producteur : Annick Pely Audan
  • Réalisation : Marie-Andrée Armynot
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation sonore de Radio France