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Renzo Piano sur Beaubourg : "Dans ce métier, il faut vraiment être d'une obstination épouvantable !"

L'architecte Renzo Piano le 1er novembre 1987.
L'architecte Renzo Piano le 1er novembre 1987.
© Getty - Sergio Gaudenti/Sygma

1997. Le centre Georges Pompidou, ses 20 ans et ses travaux de réaménagement. Retour sur ce "choc au cœur de Paris" avec l'un de ses architectes, Renzo Piano mais aussi Jean-Jacques Aillagon, son président de 1996 à 2002 et Odile Decq, architecte.

A l'occasion des 20 ans du Centre Georges Pompidou, l'un des architectes lauréat du concours, Renzo Piano, revient sur ce projet "assez révolutionnaire", et "ce n'était pas seulement le bâtiment qui était révolutionnaire, c'était l'idée qui était révolutionnaire", insiste -t-il :

Une chose est certaine, c'est que depuis le début, c'était clair que dans un tel espace, une sorte de clairière au milieu de la ville, on n'aurait pas pu construire un bâtiment de cette taille, [...] on n'aurait pas pu effacer un bâtiment comme ça, on n'aurait pas pu prendre l'attitude d'"harmoniser" un bâtiment de cette taille avec le reste de la ville, c'était hors de question. On s'était entêter de laisser une grande place et du coup le bâtiment devenait plus grand, plus concentré, plus compact. Mais faire une place était essentielle. Il n'y avait pratiquement pas de zones piétonnes à Paris, c'était d'ailleurs une guerre pour obtenir cette zone piétonne parce que la voiture était absolument reine.

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"Permis de construire" avec Renzo Piano pour les 20 ans du Centre Pompidou, diffusé le 30/01/1997.

19 min

Dans ce métier, il faut avoir de bonnes idées, mais surtout il ne faut jamais lâcher, il faut vraiment être d'une obstination épouvantable !

Sur sa rencontre avec le Président Georges Pompidou, Renzo Piano la raconte en plaisantant :

C'était assez amusant. Evidemment, il [Georges Pompidou] était content que le projet avait l'air d'avoir un certain caractère mais il s'interrogeait quand même devant ces deux drôles de jeunes, moi j'avais 33 ans et Richard Rogers en avait 36... C'était assez sympathique puisqu'on sentait bien l'interrogation dans son cœur, mais comme il avait beaucoup de confiance dans le jury et comme lui-même il sentait que c'était quelque chose de différent... une interprétation un petit peu extrême, parodique peut-être d'une idée qui était la sienne : celle de mélanger les choses, de casser et rapprocher les distances entre les disciplines artistiques. Je pense qu'il avait l'espoir que c'était une bonne interprétation de son désir !

L'architecte visionnaire répond à la question des répliques qui se créent de "petits centres Pompidou" :

Ça m'agace un petit peu, quelque fois ça m'amuse mais ce n'est pas génial parce que l'académie est toujours quelque chose de mauvais. Quand on répète un modèle, que ce soit un modèle classique ou moderne, c'est toujours renoncer à la créativité ! Ça ne m'amuse pas tellement et surtout je n'en fais pas une gloire. Ceci étant dit, c'est inévitable, je crois. Pour être autonome dans sa pensée, il faut quand même avoir construit soi-même toute une philosophie.

Renzo Piano poursuit sur ce que représentait le Centre Pompidou en 1977 :

Le Centre Pompidou était né d'une volonté expressive qui était désobéissante à l'image institutionnelle du bâtiment culturel à Paris du début des années 70. La forme architecturale est toujours la matérialisation d'un rêve, d'une idée, s'il n'y a pas ça, c'est formel, c'est de l'académie.

Et de conclure sur le projet de réaménagement qui va s'étendre sur deux années et pour lequel il ne faudrait pas "refaire" le Centre Pompidou pour y remettre "de l'ordre", mais bien conserver la part de "hasard" et de "rencontre" qui sont à la base de ce bâtiment :

C'est le plaisir de se frotter l'un à l'autre. C'est en ce sens exactement l'opposé d'un lieu virtuel. Aujourd'hui on parle beaucoup de lieux virtuels, et bien le Centre Pompidou c'est l'opposé ! C'est un lieu physique dans lequel on se rencontre. Et alors, l'erreur la plus grave ce serait de mettre trop d'ordre, de ramener l'ordre de la perfection.

  • "Permis de construire" 
  • Première diffusion le 30/01/1997
  • Producteur : Pascale Charpentier
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France