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République tchèque : entre diriger et s'enrichir, Andrej Babiš va peut-être devoir choisir

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Depuis un an, les Praguois manifestent régulièrement, sous les drapeaux tchèque et européen, pour demander la tête de leur Premier ministre, accusé d'entraver la justice.
Depuis un an, les Praguois manifestent régulièrement, sous les drapeaux tchèque et européen, pour demander la tête de leur Premier ministre, accusé d'entraver la justice.
© AFP - Beata Zawrzel / NurPhoto

En République tchèque, Andrej Babiš n'est pas uniquement Premier ministre. Celui qui est également l'homme le plus riche du pays se trouve au cœur d'un scandale financier, où se mêlent conflits d'intérêt et détournement de fonds européens.

Depuis une dizaine d'années, l'affaire resurgit régulièrement. "Nid de cigognes", c'est son nom, et c'est aussi celui d'un projet touristique luxueux, que le groupe Agrofert a entrepris de financer, puisant pour le faire dans des fonds européens. Or Agrofert est aussi la société d'Andrej Babiš, le businessman multimilliardaire devenu Premier ministre de la République tchèque.

À Prague, ces derniers temps, on pensait l'affaire enterrée. Las ! Désormais, les suspicions de conflit d'intérêt, au-delà d'éventuels détournements de fonds, 2 millions d'euros s'étant envolés, sont remontées jusqu'à Strasbourg. Pour les eurodéputés, il va falloir qu'Andrej Babiš choisisse : soit il démissionne de son poste au gouvernement, soit il se défait de ses actifs. Et s'il ne veut pas agir, les élus européens demandent à l'Union européenne de fermer le robinet des subventions à la République tchèque.

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Le dossier sera étudié par la Commission de contrôle budgétaire qui, en janvier dernier, s'est déplacée à Prague pour tirer l'affaire au clair. Andrej Babiš était alors resté sourd et muet. Un comportement qui n'est pas nouveau pour celui qui, depuis plus d'un an, ne manifeste pas un grand empressement à faire avancer l'enquête dans son pays.

L'opposition dans la rue 

Il y a un peu plus d'un an, la police financière tchèque avait demandé l'ouverture de poursuites à l'encontre du patron d'Agrofert. Mais la ministre de la Justice, Marie Benešova, s'était efforcée de bloquer l'affaire. Le Parti des Pirates – celui du maire de Prague Zdeněk Hřib – avait alors demandé que l'enquête soit publiée. Et l'opposition dans son ensemble avait exigé que l'affaire soit portée devant la justice européenne.

En mai 2019, c'est Mikulaš Minař, un Praguois de 25 ans, qui s'est levé. Il a créé une initiative civique contre Andrej Babiš, et réussi à mobiliser 20 000 manifestants dans Prague, dans un pays de 10 millions d'habitants. 

Mikuláš Minář, cofondateur du collectif "Un million de moments pour la démocratie" qui a notamment réuni le 16 novembre 2019 plus de 200 000 manifestants à Prague contre le Premier ministre, trente ans après la Révolution de velours.
Mikuláš Minář, cofondateur du collectif "Un million de moments pour la démocratie" qui a notamment réuni le 16 novembre 2019 plus de 200 000 manifestants à Prague contre le Premier ministre, trente ans après la Révolution de velours.
© Maxppp - Martin Divisek / EPA

Tous ont battu le pavé sous deux gigantesques drapeaux – l'un tchèque, l'autre, européen. Plus tard, 30 000 personnes se sont réunies place Venceslas, et, en fin d'année, les manifestants étaient 200 000 dans le quartier de Letna. Soit autant que lors de la Révolution de Velours, celle qui, en 1989, autour de Václav Havel, avait chassé le communisme du pouvoir.

Tout un symbole, quand on sait qu'Andrej Babiš est accusé d'être un ancien agent de la StB, la police de sécurité du régime communiste tchécoslovaque, qui, par ailleurs, aurait fait fortune avec l'aide d'anciens communistes. Babiš dément évidemment tout, en bloc.

Mais si la rue ne suffit pas à ébranler Andrej Babiš, le Parlement européen pourrait le faire. La machine est très lente, mais elle écrase tout. C'est, en fin de compte, ce qu'attend l'opposition tchèque. En attendant les élections législatives, en tout état de cause, qui sont prévues en 2021.

A lire : En 2020, les leaders de la contestation contre Andrej Babiš veulent accentuer leur pression. Par Guillaume Narguet, Radio Prague International (janv 2020)