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"Résister aujourd'hui pour inventer demain" : les réflexions de trois jeunes aux Rencontres économiques d'Aix

Par
De gauche à droite : Étienne de l'Estoile, Naelle Verniest, et Benoît Piveteau
De gauche à droite : Étienne de l'Estoile, Naelle Verniest, et Benoît Piveteau
- Anne-Laure Jumet et Cercle des économistes

Comme chaque année, à l'occasion des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, des jeunes âgés de 18 à 28 ans sont appelés à plancher sur un thème. Celui retenu cette année : "résister aujourd'hui pour inventer demain". Les trois lauréats nous livrent leurs contributions.

Les jeunes, frappés de plein fouet par la crise, ont des idées à revendre et envie de participer au débat économique. En témoigne les contributions reçues en vue des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence qui se tiennent du 2 au 4 juillet. Des copies envoyées dans le cadre du dispositif "la Parole aux 18-28", initié par le Cercle des économistes, en partenariat avec France Culture.  

"Résister aujourd'hui pour inventer demain", c'est le thème qui était retenu cette année. De quoi inspirer les candidats, 68 contributions sont d'ailleurs mises en exergue dans un livret (voir ci-dessous). Et parmi ces écrits, trois d'entre eux ont été distingués par un jury présidé par le physicien Étienne Klein, directeur de recherches au CEA et docteur en philosophie des sciences. Présentation des lauréats, de leurs réflexions, leurs doutes et leurs espoirs. 

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"Figer ces moments qui surviennent après un événement"

Étienne de l'Estoile, doctorant en économie urbaine et financière à l'université Paris 1 Panthéon Sorbonne.

Egalement économiste à la Banque de France, en parallèle de son doctorat, Etienne de l'Estoile, 26 ans, a souhaité aborder ce thème -"résister aujourd'hui pour inventer demain"- en passant en revue quelques éléments marquants de la vie d'un homme. "Pendant cette crise, j'ai été frappé par l'expression, "le jour d'après", j'ai donc essayer de figer ces moments qui surviennent après un événement et de montrer comment on réfléchit après une crise." 

Pour cela, il a mis en exergue les écrits d'un homme_. "On commence en 2021, "Mr R". est au soir de sa vie, puis on remonte le temps, un deuxième texte rédigé après les attentats du 11 septembre 2001, puis en 1969 après une année assez chargée sur le plan politique, géopolitique, intellectuel et culturel. Enfin, en 1943, il écrit une lettre à sa mère, alors qu'il est résistant. _

Mr R. est diplomate. Un choix qui n'est pas le fruit du hasard explique Étienne de l'Estoile, qui a un goût pour les relations internationales, ayant lui-même vécu dans de nombreux pays (Brésil, Italie, Allemagne, Iran, Autriche).

Mon personnage ne peut se permettre de tirer des leçons de ces différentes crises, parce qu'on est toujours pris dans un contexte. Cela dit, il essaie d'avancer des idées avec humilité et une forme de résistance. Tout en gardant une capacité à inventer, parce que c'est ce qui permet d'agir et de transformer, de créer et de construire l'avenir_._

Sa contribution, "Souvenirs pour demain" est à lire ici : 

Coopérer face à la crise climatique

Naelle Verniest, analyste spécialisée en politiques monétaires à la Banque de France.

À 23 ans, Naelle Verniest présente un CV éclectique. Outre ses fonctions d'analyste à la Banque de France - elle travaille particulièrement sur la prise en compte du changement climatique dans les politiques monétaires, elle préside l'association Inter-connexions, qui propose des ateliers numériques pour les seniors, et est également apicultrice à ses heures.

Pour ce concours, elle s'est inspirée de la résistante Germaine Tillion qui avait écrit en 1943 une opérette pendant sa détention au camp de Ravensbrück. "J'ai été assez marquée il y a quelques mois par cette oeuvre, "le Verfügbar aux enfers", écrite par Germaine Tillion, pour et avec les autres prisonnières, qui décrit, non sans humour, leurs conditions de travail et de survie. J'ai repris ce format d'opérette pour évoquer la crise climatique et montrer comment la coopération peut éviter une crise brutale, qu'il s'agisse d'une coopération internationale, pluridisciplinaire, ou encore entre institutions."

Je fais là un parallèle avec la crise du coronavirus. C'est la première fois que je suis témoin d'une crise brutale qui change notre mode de vie. Et les réactions à cette crise m'ont fait beaucoup réfléchir à une potentielle crise climatique dans les années à venir.

Sa contribution, "Une tragédie de l'horizon" est à lire ici : 

Se retrouver avec un papier et un crayon après une cyber-pandémie 

Benoît Piveteau, "data scientist" chez CNP Assurances.

Pendant la crise du Covid, ce spécialiste de l'analyse des données à des fins d'analyse économique et de gestion des risques, a commencé à prendre des notes, couchant sur le papier ses réflexions au fur et à mesure de l'évolution de la situation sanitaire.

C'est ainsi que la forme du journal intime s'est imposée pour sa participation au dispositif la parole aux 18-28. Un journal intime transposé dans une période plus lointaine puisqu'il commence le 17 novembre 2049 et prend fin le 17 mars 2050.  

Son angle d'attaque ? La résilience de nos sociétés, avec le souhait de questionner notre recours aux technologies pour résoudre tous les problèmes et les limites que cette vision pose. 

J'ai souhaité imaginer la prochaine grande crise qui pourrait nous frapper : une cyber-pandémie qui viendrait paralyser nos sociétés et nos économies.  

A la fin de son récit, le narrateur se retrouve avec un papier et un crayon, une manière pour Benoît Piveteau de matérialiser l'issue d'une cyber-pandémie, à l'exacte opposé de la crise que nous traversons aujourd'hui.

La crise du Covid a poussé la numérisation de nos sociétés au maximum, avec l'introduction de la technologie digitale dans nos relations, que ce soit via le télétravail, les "apéros Zoom" ou encore les rencontres à distance. J'imagine ici le chemin inverse, que pourrait nous faire emprunter une crise technologique.   

A travers cet écrit, Benoît Piveteau entend démontrer les risques d'un développement technologique non raisonné, "des risques de dysfonctionnements majeurs qui pourraient paralyser la société". Mais il veut croire aussi que, bien maîtrisée, l'évolution technologique peut "trouver un "second souffle sur les questions très importantes que sont la lutte contre les inégalités, le réchauffement climatique, mais aussi la réduction de la fracture numérique". Il faut accompagner l'ensemble de la population vers ces nouvelles technologies pour que personne ne soit laissé de côté et que les inégalités sociales et professionnelles déjà existantes ne soient pas accentuées".

Depuis cette contribution, consacrée donc par un prix, la vie professionnelle de ce jeune homme de 26 ans a un peu changé. Le directeur général de CNP Assurances, Stéphane Dedeyan, l'a en effet sollicité pour une mission de conseil de 18 mois, pour travailler à ses côtés sur les sujets évoqués dans cette contribution, mais aussi sur les questions environnementales et sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises. 

Sa contribution, "La grande déconnexion" est à lire ici : 

Un livret pour retrouver ces contributions et d'autres 

Outre les écrits des trois lauréats, un livret publié aux éditions Nathan permet aussi d'apprécier la variété des différentes copies reçues dans le cadre de ce concours. Y sont aussi publiées les mentions spéciales du jury, les coups de cœur du Cercle des économistes, ainsi que des morceaux choisis des autres contributions. 

A lire ici :