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Responsabilisation, autonomie, participation

Par
Yves Clot au CCIC de Cerisy
Yves Clot au CCIC de Cerisy
- CCIC Cerisy

"L'homme possède le goût du travail efficace et déteste les efforts inutiles. Il a le sens des avantages, de la fonctionnalité et de la compétence, ainsi que celui des inconvénients, de l'absurdité, du gaspillage ou de l'incompétence." (P. Naville, Essai sure la qualification du travail, 1955)

Cette communication a été prononcée  dans le cadre du colloque intitulé Le travail en mouvement. Organisations, frontières, reconnaissances qui  s’est tenu au Centre Culturel International de Cerisy du 13 au 20 septembre 2018, sous la direction de Émilie BOURDU-SZWEDEK, Michel LALLEMENT, Pierre VELTZ et Thierry WEIL.

Depuis quelques années, les indices d’une vaste recomposition du travail  n’ont cessé de se multiplier. Outre la révolution numérique dont on  commence à percevoir et à anticiper les nombreux effets, il faut compter  avec de nouvelles formes de gestion des activités productives qui en  appellent à toujours plus d’engagement au travail, de responsabilités  sociales, de collaborations horizontales... À l’image des  transformations qui affectent les lieux comme les temps des pratiques  professionnelles, ce sont par ailleurs les frontières même du travail  qui sont aujourd’hui en train de bouger...

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Responsabilisation, autonomie, participation, par Yves Clot

26 min

L’année 2018 restera celle de modifications significatives du code du  travail et du code civil. Les instances représentatives du personnel  sont bel et bien en cours de transformation avec, par exemple, la  disparition des CHSCT. D'un autre côté, l’objet social de l’entreprise  est, au moins formellement bousculé par l’affirmation souhaitée d’une  "raison d’être" complémentaire aux critères financiers dominants. On y  verra le signe d’une crise de la conception de l’entreprise touchant  aussi bien la santé des salariés que la gouvernance dans son ensemble.  Dans cette intervention, on questionnera le lien entre les deux. On  montrera surtout que le trait d’union entre la performance et la santé  se trouve probablement du côté de la qualité du travail, qualité des  produits et des services comprise. La qualité du travail peut être vue  autant du côté de la santé publique avec la multiplication des scandales  sanitaires qui affectent usagers et consommateurs que du côté de la  santé au travail. Mais on en fera aussi une garantie possible de la  performance elle-même. L’expérience des interventions en entreprises ou  en institutions protège pourtant de toute naïveté sociale: la qualité du  travail est d’abord un problème à résoudre et ce problème révèle des  conflits de critères récurrents et, en un sens, inéliminables. Si  l’entreprise mérite bien d’avoir des "raisons d’être", c’est qu’elle a  d’abord les "soucis du faire". Ces "soucis" de la qualité du travail ne  peuvent être abordés qu’en instituant entre toutes les "parties  prenantes", contre un déni trop fréquent, une coopération conflictuelle  autour de la qualité du travail. C’est sous cet angle qu’on abordera les  questions de l’autonomie, de la responsabilité et de la participation.  La pratique et l’idée d’entreprise délibérée sera mise en discussion  pour poser les questions de la liberté dans le travail contemporain.

Yves Clot est psychologue du travail et professeur à la chaire de psychologie du travail du CNAM.