Publicité

Rêver à l'heure du capitalisme et de la pandémie

Par
Rêver à l'heure du capitalisme et de la pandémie
Rêver à l'heure du capitalisme et de la pandémie
© Getty - Photographer, Basak Gurbuz Derman

Le rêve est un espace où se manifestent les structures sociales de la domination : épreuve de la domination masculine, séquelles des abus sexuels, affres de la condition de transfuge de classe. D’où surgissent-ils des tréfonds de notre inconscient et de nos existences troublées ?

De quoi rêve-t-on ? Pourquoi ces rêves ? D’où surgissent-ils des tréfonds de notre inconscient et de nos existences troublées ? Depuis plus d’un siècle, les rêves sont captifs de la psychanalyse qui fait autorité sur eux et sur la possibilité de clarifier leurs images mystérieuses. Même si les artistes et les poètes continuent d’en faire un usage circonstancié. Face à cette domination sans partage qu’exerce la psychanalyse sur les rêves, un sociologue ambitieux, Bernard Lahire, trouve quelque chose à redire ; moins pour contester l’ethos psychanalytique en lui-même que pour élargir son spectre et le confronter à un autre mode de connaissance, plus ample, moins mécanique, plus complexe. Le rêve livre à qui veut s’y intéresser les éléments de compréhension profonde et subtile de ce que nous sommes. Son étude permet de savoir ce qui nous travaille obscurément et de comprendre ce qui pense en nous à l’insu de notre volonté. 

Le rêve est un espace où se manifestent les structures sociales de la domination. Ils illustrent souvent des problématiques à la fois singulières et largement partagées : l’épreuve de la domination masculine, les séquelles des abus sexuels, les affres de la condition de transfuge de classe, les heurts de la compétition scolaire, les rapports difficiles à l’héritage familial, les conséquences de la violence parentale physique ou symbolique, les effets d’une morale religieuse enveloppante ou les répercussions de l’abandon du père. 

Publicité

Dans sa vaste enquête, en deux volumes, L’Interprétation sociologique des rêves paru en 2018, Bernard Lahire aborde l’imaginaire onirique avec les outils de la sociologie et nous donne les moyens d’accéder à la part rêvée de nos existences. De la sociologie à l’histoire, tel que nous l’expliquera l’historien André Loez, jusqu’au cinéma documentaire, à l’image du film de Sophie Bruneau, Rêver sous le capitalisme, les sciences sociales prennent aujourd’hui les rêves au sérieux, comme l’indice d’une meilleure compréhension de nous-mêmes et du monde social qui nous enveloppe.

Une table ronde enregistrée en mars 2021, dans le cadre du cycle "S’inspirer, respirer".

Bernard Lahire, sociologue

André Loez, historien

Jean-Marie Durand, journaliste.

À réécouter : Bernard Lahire : je rêve, donc je suis...

À lire aussi : Rêver : cette activité profondément intime qui en dit long sur la société