Révolte des prisonniers d'Attica de 1971 : du traumatisme à la prise de conscience

Les détenus de la prison d'Attica posent le poing levé devant les photographes qu'ils ont invités.
Les détenus de la prison d'Attica posent le poing levé devant les photographes qu'ils ont invités.

Attica : une mutinerie réprimée dans le sang

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Révolte des prisonniers d'Attica de 1971 : du traumatisme à la prise de conscience

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En septembre 1971, les détenus de la prison d’Attica protestaient contre les conditions de détention et déclenchaient une émeute. Après plusieurs jours de négociations, le gouverneur envoyait l'armée pour écraser la révolte dans le sang. Une répression brutale qui a choqué le monde.

Réprimée dans le sang, la mutinerie des détenus d’Attica en 1971 a marqué le début d’une prise de conscience internationale
sur le système carcéral. 

Elle a inspirée la musique, avec Attica State de John Lennon, elle est brandie par Al Pacino comme slogan contre les violences policières dans Un après-midi de chien de Sidney Lumet en 1975. La révolte d'Attica nourrit la réflexion de Michel Foucault et de Jean Genet sur les prisons.  

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Août 1971, la prison d’Attica dans l'État de de New York est une poudrière prête à exploser. Les détenus sont révoltés par la mort de George Jackson, militant des Black Panthers assassiné en prison. Attica compte 2 300 détenus, dont une majorité de Noirs, pour 1 600 places.  

Les conditions de vie y sont exécrables, ils n’ont droit qu’à une douche par semaine et un rouleau de papier toilette par mois. Les gardiens sont accusés de mauvais traitements et d’actes racistes. Les prisonniers s’organisent et adressent un premier courrier à l’administration. Ils demandent : plus de douches, des moyens pour étudier, un meilleur accès aux soins, la liberté de culte.

Le 9 septembre, suite à des rumeurs de torture sur des prisonniers, la révolte éclate. Les mutins s’emparent d’une partie du bâtiment et prennent en otage 42 gardiens et employés. Ils déclarent dans un communiqué : “Nous ne sommes pas des bêtes et n'acceptons pas d'être traités et brutalisés comme tels.”

Le Journal des idées
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Des espoirs vite déçus

La prison est encerclée et de longues négociations débutent. Les détenus comprennent l’intérêt de rendre public leur combat et invitent des journalistes à l’intérieur des murs. Devant les photographes, ils posent le poing levé comme Tommie Smith aux JO de Mexico. Tout le monde est surpris par la discipline qui règne parmi les mutins. Des détenus ont organisé l’autogestion, ont formé un conseil citoyen, une milice et une infirmerie.

Après quatre jours de négociations, certaines revendications sont acceptées, mais la situation s’enlise. Le 13 septembre, le gouverneur républicain envoie 500 militaires pour reprendre la prison.  

Le bilan est lourd : 29 prisonniers et 10 gardiens pris en otages sont tués. Les autorités racontent que des gardes ont été égorgés par les détenus, mais l’enquête confirme que ce sont les balles des militaires qui ont tué les gardes pris en otage. Les images de la répression brutale choquent la population. Des manifestations éclatent dans l'État. La prison devient une question politique grand public et ouvre les yeux à l’étranger sur les problématiques raciales dans les prisons aux USA.

La première mutinerie d'une longue série

Avec Attica, s’ouvre une série de mutineries qui touchent les prisons dans la décennie 1970, notamment à Nancy quelques mois plus tard. Plusieurs associations de défense des droits des détenus naissent dans le sillage des émeutes : le Comité d'action des prisonniers, le Genepi, etc.  

Michel Foucault visite la prison d’Attica, peu après les événements. En soutien aux émeutiers, Jean Genet préface le livre posthume de George Jackson. Il déclare à la radio :

Cet assassinat de Jackson par la police américaine, quel que soit le niveau d’autorité qui l’a décidé, c’est un coup monté.

Allen Ginsberg et Mohamed Ali rendent hommage aux émeutiers par la poésie. Le boxeur écrit : Better than of this prison rot/ if there’s any choice I’ve got/ Kill me here on the spot (Plutôt que de pourrir dans ce trou à rat/ si j’ai un autre choix/ exécutez moi là).