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« Richard II », de William Shakespeare (critique de Trina Mounier), T.N.P. à Villeurbanne

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Le TNP peut à juste titre s’enorgueillir d’accueillir à son tour l’illustre troupe du Berliner Ensemble pour un « Richard II » brillantissime et justement salué par le prix du Meilleur Spectacle étranger 2010.

Richard II
Richard II

Pourquoi Richard II ? Parce que, pour Claus Peymann, il est un héros très contemporain, un rôle proche de Hamlet, par ses interrogations, ses oscillations existentielles. Et aussi parce que cette cour qui va sombrer avec lui illustre à merveille une société à bout de souffle, sans repères ni valeurs, un monde aveugle à ce qui se passe autour de lui, inconséquent, futile, une classe dirigeante tout occupée d’amasser des richesses et qui ne comprend rien. Pas même sa chute. Les résonances à ce que nous vivons aujourd’hui n’étaient certes pas prévues en 2000, ni même en 2010, mais elles sont bien réelles : la force des grandes œuvres…

L’absolue solitude du roi

À l’instar de la plupart des drames historiques, ce qui intéresse Shakespeare (et nous avec lui), c’est davantage les relations entre le pouvoir et ceux qui en dépendent, courtisans futurs traîtres, qui ourdissent leurs vilenies en léchant la main qui les nourrit, l’absolue solitude du roi, la grandeur et l’humanité qu’il révèle dans l’affrontement du destin qui le rend à lui‑même. Le Richard II qu’interprète magistralement Michael Maertens est merveilleusement léger dans toute la première partie du spectacle, adolescent au corps pris dans une instabilité dansante : il joue du pouvoir. Puis, dès son déclin, il prend de l’épaisseur, du poids, nous touche par son élégante ironie, son détachement supérieur, son cynisme, sa hauteur quand tout l’accable. Mais il joue, encore et toujours… avec majesté !

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Il existe une opposition qui sert la tension dramatique entre le formalisme d’un décor en noir et blanc, tout en lignes droites, d’une grande sobriété, et l’expressionnisme de ces visages couverts de craie blanche, qui souligne leurs traits et leurs grimaces, rend leurs yeux globuleux, nous transporte dans un film de Fritz Lang. Le rideau s’ouvre sur un cadavre qu’on imagine être celui de Richard ou du roi qui l’a précédé. Un bourdonnement ténu se distingue, puis enfle jusqu’à devenir insupportable : des mouches, ou peut-être les Érynnies… celles que l’on retrouvera à la fin du spectacle autour du corps de Richard…

Scènes magnifiques et inoubliables

Claus Peymann scinde la pièce en deux avec une première partie où tout se met en place, personnages, environnement historique complexe, et la seconde qu’il consacre à la chute de Richard. Il y a des scènes magnifiques et inoubliables, notamment dans cette seconde partie. Celle du lynchage de Richard en particulier, où des jets de terre brune partent en tous sens d’endroits anonymes, des mottes contenues dans des boîtes de conserve faites pour blesser… tandis qu’il s’avance vers le lointain, tournant le dos au public, droit, seul, après avoir dit adieu à sa femme dans une scène bouleversante de tendresse et d’amour… Du grand, du beau théâtre, avec des acteurs exceptionnels qu’il faudrait tous saluer !

Trina Mounier

Les Trois Coups

Richard II , de William Shakespeare

Traduction allemande de Thomas Brasch

Mise en scène : Claus Peymann

Spectacle en allemand surtitré en français dans une traduction de Michel Bataillon

Prix du Meilleur Spectacle étranger 2010

Avec : Maria Happel, Dorothée Hartinger, Manfred Karge, Hans Dieter Knebel, Michael Maertens, Markus Myer, Klaus Pohl, Veit Schubert, Gerrit Jansen, Daniel Jesch, Johannes Krisch, Martin Schwab…

Décor : Achim Freyer

Costumes : Maria-Elena Amos

Conseil dramaturgique : Jutta Ferbers

Lumières : Ulrich Eh, Achim Freyer

T.N.P. • 8, place Lazare-Goujon • 69100 Villeurbanne

Réservations : 04 78 03 30 00

Du 24 au 29 avril 2012

Durée : 3 heures