Ridley Scott, un cinéaste influencé par la peinture romantique

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Ridley Scott, un cinéaste influencé par la peinture romantique

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Il voulait être peintre, et ça se voit. Les ressemblances entre les plans de Ridley Scott et certains tableaux sont troublantes. Découvrez les œuvres qui ont inspiré l’un des plus grands réalisateurs de notre époque.

Ridley Scott raconte souvent qu’il aurait aimé être peintre. Références au romantisme allemand, à Wagner, aux peintres pompiers italiens, à Joseph Conrad, aux sculpteurs de la Renaissance, le cinéma du Britannique fourmille de citations visuelles.

C’est d'ailleurs avec sa culture artistique et son sens esthétique que le cinéaste a conquis Hollywood en révolutionnant la science-fiction, la fresque historique et le film de guerre.

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Fils d’un officier de l’armée britannique, Ridley Scott se passionne très jeune pour le dessin et le design. Il étudie au prestigieux Royal College of Art où il se forge une solide culture académique et un goût pour les beaux-arts.

Marc Moquin, critique cinéma : "Il y a une légende qui veut que 'Gladiator' lui ait été inspiré par la vision du fameux tableau de Jean-Léon Gérôme, 'Les Gladiateurs'. Mais Ridley Scott est aussi influencé par les peintres de l'école de Bologne. Tony Scott [son frère, également réalisateur] possédait notamment un tableau de Guido Reni, un peintre du XVIIe qui travaille beaucoup les contrastes."

59 min

Dans les années 1960, Ridley Scott exerce d’abord son talent artistique dans la publicité. Il y apprend à penser les plans en amont dans des storyboards détaillés qui sont à l'origine des fameux “Ridleygrams” qu’il dessinera plus tard sur le tournage de ses films, avec un sens de la profondeur de champ et du contraste très avancés.

Dans une interview à France Inter en 2017, le réalisateur décrit ainsi sa passion du storyboard : "Je suis un homme de papier et de crayon. Je m'assois et je dessine tout le film (...) Ainsi, je décide de la géométrie de chaque scène. Le storyboard est pour moi une chose très personnelle".

Un cinéaste en quête de légitimité

Ridley Scott est un réalisateur en quête de légitimité artistique. Sa filmographie faite de clins d'œil à l'art académique lui a permis de s'imposer à Hollywood comme un esthète raffiné. Mais aussi de donner ses lettres de noblesse à un cinéma anglais qui peinait à être reconnu sur la scène internationale.

Ridley Scott a également importé toute une mythologie de récits européens à Hollywood. En adaptant à l'écran une nouvelle de Joseph Conrad (Les Duellistes), en citant le poète romantique anglais Shelley (Alien : Covenant), en remettant le péplum au goût du jour (Gladiator) ou encore en produisant des fresques médiévales épiques (Kingdom of Heaven), il a imposé la culture du vieux monde au Nouveau Monde.

Marc Moquin : "Il y a toute une dimension de son œuvre qui va de 'Kingdom of Heaven' à 'Blade Runner' qui explique comment ce qu’on a cru être spécifique à l'Amérique est en fait une reproduction des problèmes du vieux monde. Ce rêve d'un Nouveau Monde était biaisé dès le début, et c’est ce que Ridley Scott montre dans '1492'."

Un romantique au ton crépusculaire

Cette inspiration romantique et ce ton crépusculaire lui viennent aussi d'une passion musicale qui irrigue ses films : Richard Wagner.

Marc Moquin : "Chez Scott - réalisateur démiurge - il y a tout le temps des citations de Wagner - compositeur démiurge. Dans 'Gladiator', quand Russell Crowe enlève son masque, la musique c’est Wagner. Il y a une dimension de Crépuscule des dieux. C’est réjouissant de voir ces surhommes aller jusqu’à la faillite, ou faire triompher le mal sur fond de musiques pompeuses, comme par exemple à la fin d'Alien Covenant qui voit le triomphe de l'androïde David."

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En 45 ans de réalisation, Ridley Scott a créé des mondes fictifs, traversé des époques historiques avec un regard profondément pessimiste sur la nature humaine et l’âme mélancolique d’un romantique du XIXe siècle.

Marc Moquin : "L’idée de la ruine elle-même est romantique et Scott s'intéresse beaucoup au processus qui conduit vers cette ruine. A la fin des 'Duellistes', quand l’Empire est tombé, la royauté est revenue, il y a cette scène avec des bureaux vides, des meubles dissimulés sous des tissus blancs… Cette esthétique de la tristesse et de la désolation me paraît très contemporaine.