Riez sans entraves avec "La Dame de chez Maxim" de Feydeau, revisité par Zabou Breitman

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Riez sans entraves avec "La Dame de chez Maxim" de Feydeau, revisité par Zabou Breitman

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La Dame de chez Maxim
La Dame de chez Maxim
- © La Compagnie des Indes

Culture Maison. Zoé Sfez, productrice, et chroniqueuse à Soft Power, vous invite à regarder ce classique du Boulevard servi par le génie comique de Léa Drucker, où les hommes en prennent pour leur grade.

La Dame de chez Maxim sera diffusée dimanche soir sur France 5 dans le cadre du programme "Au théâtre chez soi", puis sera disponible en replay sur le site de France Télévisions.

Un Feydeau en grande forme et bon enfant

Présentée pour la première fois, en 1899 au Théâtre des Nouveautés, La Dame de chez Maxim est la plus célèbre mais aussi la plus longue pièce du répertoire de Feydeau. Elle connaît dès ses débuts un succès tel que l’auteur lui donnera, en 1902, une suite moins heureuse : La Duchesse des Folies-Bergère. Si, en 120 ans, son succès ne s’est jamais démenti, c’est que la fameuse mécanique implacable du maître du vaudeville est ici mieux huilée que jamais. La pièce s’ouvre sur une image qui n’a pas pris une ride : un homme ivre dort sous son canapé renversé. Entraîné par son ami Mongicourt, le très bourgeois (et très marié) docteur Petypon a passé la nuit à boire chez Maxim’s. Peu rompu à l’exercice, il a la mémoire qui flanche, et ne comprend guère comment une petite blonde à l’argot fleuri peut bien surgir de son lit. C’est la Môme Crevette, danseuse au Moulin Rouge, qu’il faut maintenant cacher à son épouse, Gabrielle. Mais voici que s’annonce un oncle à héritage, de retour d’Afrique, qui prend la grisette pour la femme de son neveu. Et invite « le couple » au mariage de sa nièce dans son château en Touraine. Là-bas, la Môme bouscule et séduit les bourgeoises de province, qui voient en elle une femme du monde du dernier chic…

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Si la pièce plait tant, aujourd’hui encore, c’est sans doute que Feydeau affiche ici une maîtrise ébouriffante. Comme une mauvaise gueule de bois, les quiproquos s’enchaînent à un rythme effréné, et les dialogues ciselés à la perfection font de La Dame de chez Maxim l’une des pièces les plus drôles, mais aussi la plus bon enfant de l’auteur, la moins grinçante sans doute. Feydeau ne se contente pas de mettre la bourgeoisie face à son hypocrisie, il vient littéralement la renverser grâce au personnage délicieux de la Môme Crevette. Fausse ingénue, elle a le parler de la rue mais maîtrise ses classiques, et sait plaire autant aux hommes qu’aux femmes. Son expression fétiche "Et allez donc, c’est pas mon père", finit par contaminer une société bien-pensante qui craque de tous côtés, pour notre grand plaisir.

Une mise en scène qui s’amuse des conventions du théâtre et… de la masculinité

Avec une telle matière, Zabou Breitman s’autorise dans sa mise en scène une espièglerie qui fait souvent mouche. Elle maîtrise son Feydeau, puisqu’elle a déjà monté Le système Ribadier au Vieux Colombier, et joue donc avec la familiarité que nous entretenons avec la pièce pour subtilement déjouer nos attentes. Le premier acte s’ouvre sur un décor de théâtre très Belle Epoque, en carton-pâte que l’on goûte particulièrement, à l’heure où les salles de théâtre ne sont toujours pas déconfinées. Moulures et rideau cramoisi sont encadrés de portes qui avalent et recrachent les personnages, dans toutes les tenues et toutes les positions. Plus la pièce avance, plus le cadre scénique se défait : on entrevoit les coulisses, les didascalies de l’auteur s’affichent sur grand écran, les personnages qui s’épuisent à courir et danser frénétiquement ne sont plus que des marionnettes. Au troisième acte, l’appartement cossu de notre docteur infidèle a littéralement craqué, et avec lui, la dignité des hommes. Le sexisme du texte est sans doute ce qui chez Feydeau a la plus mal vieilli, et Zabou Breitman tente de grossir encore le trait pour tourner en ridicule une masculinité que l’on dirait aujourd’hui toxique. En nous offrant par exemple une scène de duel, où Micha Lescot (Petypon) et son adversaire se battent en sautillant mèche au vent, non pas à l’épée mais au petit doigt. Autre parti pris surprenant : au deuxième acte, les gourdes de provinces sont interprétées par des hommes. Leur petitesse et leur bêtise retombent donc sur le sexe fort. S’ils peuvent parfois alourdir le propos et ralentir le rythme effréné de la pièce, les choix de Zabou Breitman n’entravent jamais notre capacité à rire et ont le mérite de nous rendre le texte un moins antipathique.

Léa Drucker et Micha Lescot à contre-emploi et en toute liberté

Le grand talent de Zabou Breitman a sans doute été de réunir une distribution brillante et de l’aider à s’affranchir du ridicule. On se délecte de voir Léa Drucker, qui excelle ces dernières années dans des rôles dramatiques, camper la très gouailleuse Môme Crevette. Si l’accent parigot sonne presque faux dans les premières répliques, c’est une joie de voir la comédienne explorer son génie comique en toute impudeur, jouer de sa voix et de son corps avec une liberté d’enfant, sans une once de vulgarité. Face à elle, dans le rôle de Petypon, Micha Lescot balade avec un sens du rythme jubilatoire sa silhouette de grand échalas, encore allongée par des pantalons à pince et une houppette. Autour d’eux, une galerie de personnages secondaires qui s’amusent follement (parfois peut-être plus que nous). On salue l’étonnante Anne Rotger, qui nous rend presque sympathique la bigoterie de Madame Petypon, ou le très solide Eric Prat, qui excelle autant en majordome emprunté qu’en bourgeoise tourangelle.

Si les partis pris de mise en scène peuvent en dérouter certains, le génie de Feydeau et celui de la troupe nous offre un rire franc et salutaire.

Tous en scène
59 min

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