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Riposte contre l'"Etat islamique" : qui frappe où depuis les attentats

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Carte. Qui frappe où en Syrie et en Irak pour lutter contre le groupe "Etat islamique" depuis les attentats du 13 novembre ? Le point en carte.

Intervention britannique, arrivée du porte-avions "Charles-de-Gaulle", intensification des frappes russes, opérations menés par les Etats-Unis... : qui frappe où en Syrie et en Irak pour lutter contre le groupe "Etat islamique" depuis les attentats du 13 novembre ? Quelles perspectives pour une action diplomatique et militaire unie ?
Mise à jour le 03/12/15

*Déplacez-vous dans la carte, zoomez et dézommez avec le bouton +/- : *

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Les frappes françaises

Le retour du porte-avion Charles de Gaulletriple à partir de ce lundi la force de frappe française. Le bâtiment a appareillé ce mercredi de Toulon, avec à son bord près de 25 avions, Rafale et Super-Etendards. Pour arriver plus rapidement, il a rallié la Méditerranée orientale, au large de la Syrie et du Liban.

La France avait lancé dimanche 15 novembre au soir la plus grande partie des appareils de la force Chammal dont elle dispose au Proche-Orient : 10 chasseurs-bombardiers sur les 12 basés aux Emirats et en Jordanie plus deux autres appareils, probablement un ravitailleur et un appareil chargé de la reconnaissance, ont depuis lâché une soixantaine de bombres sur la ville de Raqqa, fief de l'organisation "Etat islamique".

Selon les communiqués du ministère de la défense, les bombes ont été lancées sur plusieurs objectifs : un poste de commandement à la fois centre de recrutement djihadiste et dépôt d’armes et de munitions, un autre poste de commandement, et deux camps d’entraînement. Sur le terrain, à Raqqa même, les activistes du collectif "Raqqa is Being Silently Slaugthered " , qui signalent et décrivent chacun des bombardements de la coalition, parlent, eux, d'une clinique, d'un stade, d'un immeuble administratif et d'une zone boisée visés par ces tirs, ajoutant qu'il n'y avait pas eu de victimes civiles dans ces bombardements. Selon l'Observatoire Syrien des Droits de l'Homme 33 djihadistes auraient été tués par les frappes. L'"Etat Islamique" a depuis lundi matin interdit tout déplacement en dehors du centre-ville.

Les frappes russes

Mardi 17 novembre, Vladimir Poutine reconnaît en tant qu'attentat perpétré par l'"Etat islamique" l'explosion de l'avion russe qui a provoqué la mort de 224 personnes dans le Sinaï égyptien le 31 octobre 2015. Quelques heures plus tard, il lance un nombre significatif de frappes sur *Raqqa, et sur les villes d'Alep et d'Idlib * dans la foulée, qui pourraient selon les Américains avoir impliqué des missiles tirés depuis des navires en mer et des bombardiers à long rayon d'action. Dans un reportage de la télévision russe le 18 novembre, des troupes russes au sol ont été identifiées entre Homs et Damas, alors que le gouvernement nie jusqu'ici toute participation terrestre.

Selon le chef d'état-major russe le 18 novembre, l'aviation de Moscou aurait frappé en 48 jours d'intervention 4.111 cibles en Syrie pour un total de 2.299 sorties. Moscou affirme viser depuis son engagement militaire aérien il y a deux mois, principalement l'"Etat islamique" et le Front al-Nosra affilié à Al-Qaïda, tandis que Washington l'accuse de viser également les rebelles syriens soutenus par les Occidentaux, notamment l'Armée syrienne libre (ASL).

Depuis l'attaque d'un avion militaire russe par la Turquie le 23 novembre, la Russie a orienté ses frappes en direction des rebelles situés à la frontière, au Nord de la Syrie.

Les frappes de la coalition menée par les Etat-Unis

M. Le Drian a salué mercredi 18 novembre "une inflexion" des Etats-Unis qui, depuis les attentats, "ouvrent beaucoup plus largement qu'auparavant leurs capacités de renseignement" à l'aviation française pour le choix des cibles.

Depuis un mois les attaques aériennes en Syrie visent systématiquement l'infrastructure pétrolière de l'Etat islamique (raffineries et dépots).

Depuis lundi 15 les avions, notamment américains, s'attaquent aussi aux camions-citerne qui permettent aux djihadistes de transporter ce pétrole brut extrait en Syrie et dont la vente représente entre 1/3 et la moitié des revenus de l'Etat Islamique. Les attaques américaines sont sensiblement différentes dans leur modus operandi des missiles de précision tirés à distance par les avions de la coalition. Les cibles ont été attaquées au canon, les chasseurs blindés multipliant les attaques à basse altitude. 116 des quelques 300 camions-citernes qui se trouvaient à quelques kilomètres de Deir-er-Zor, fief de l'"Etat Islamique" en Syrie, auraient été détruits dans l'attaque de lundi, tandis que près de 300 véhicules de l'EI auraient été détruits samedi 21 et dimanche 22 en Syrie.

Les avions et drones devraient dans les jours qui viennent poursuivre leurs attaques, en les intensifiant, contre les cibles classiques, fixes ( bâtiments, bases des jihadistes...), contre quelques cibles nominales (comme l'attaque lancée sur le véhicule du fameux "Jihadi John", la semaine dernière), et surtout contre les infrastructures de l'Etat islamique .

  • Le Royaume-Uni a voté le 2 décembre l'amplification de sa participation à la coalition en frappant aussi en Syrie et plus seulement en Irak. Les avions britanniques basés à Chypre ont dès le lendemain frappé le Sud de la ville de Deir-ez-Zor.
  • Le Canada a bombardé en Irak le Sud-Ouest de la ville de Haditha dans la nuit de dimanche 15 à lundi 16. Deux avions F18 Hornets ont frappé à l'aide de munitions à guidage de précision. Malgré les attentats de Paris, le Canada devrait s'en tenir à son engagement de retirer les six avions qui participent aux frappes en Irak, a déclaré lundi le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, élu en octobre.

La guerre contre l'"Etat islamique" peut-elle être réellement collective? * L’"assemblage hétéroclite d'Etats" qu’est la coalition selon la politologue Myriam Benraad* ne résiste pas depuis sa création en septembre 2014 à la pression des intérêts individuels de chacun, focalisé sur son partenaire privilégié : gouvernement irakien pour les Etats-Unis, milices chiites pour l'Iran, front Al-Nosra pour la Turquie ou l'Arabie saoudite, autonomie des Kurdes, tribus sunnites... sans résultat, par conséquent, sur le terrain. Les attentats du 13 novembre à Paris et le crash de l'Airbus russe le 31 octobre semblent provoquer pour la première fois une lutte unie de ces acteurs contre l'organisation djihadiste.

Survolez ou cliquez sur les Etats dans la carte pour obtenir des informations sur l'engagement de chacun d'entre eux. Zoomez avec le bouton "+/-" pour parcourir des zones en particulier :

François Hollande prône une "coalition élargie et unique" contre l'"Etat islamique". Le Président doit rencontrer Barack Obama le 24 novembre et le 26 Vladimir Poutine à Moscou. Ce dernier a ordonné à la flotte russe d'entrer en contact avec le porte-avions Charles-de-Gaulle et préconise un plan conjoint d'opérations. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, La France et la Russie ont un ennemi commun . Les frappes françaises en Syrie depuis dimanche ne se font pas quant à elles sans concertation avec les Etats-Unis, leader de la coalition créée en septembre 2014.

L'accord entre les différents acteurs impliqués dans la lutte contre le groupe "Etat islamique" ne se fait cependant jusqu'ici que sur une intensification de la guerre contre le "terrorisme", dont chacun a sa propre définition:

  • Pour les Russes, ce sont aussi bien l'Etat Islamique que, et en fait surtout, la totalité des brigades rebelles en Syrie.
  • Pour les Turcs, ce sont essentiellement les Kurdes du PKK et de l'YPG c'est-à-dire les Kurdes de Syrie.
  • Pour les Occidentaux , ce sont certaines brigades présentes en Syrie aux côtés des Russes et des forces du régime : certaines "katiba" chiites irakiennes ou le Hezbollah libanais.

Sans alternative politique à l'organisation Etat islamique en Syrie et en Irak pourtant, les frappes de la coalition et de la Russie, si unies et puissantes soient-elles, ne pourront stabiliser durablement la situation.

A écouter sur France Culture :

*> Ecoutez l'émission Du grain à moudre : "Quelle alternative à Daech au Moyen-Orient?", avec les chercheurs Myriam Benraad, Stéphane Lacroix et Hamit Bozarslan du 18 novembre 2015 : *

Quelle alternative à Daesh au Moyen Orient ?

39 min

*> Ecoutez l'émission Cultures Monde : "La France en guerre : avec quels alliers", du 18 novembre 2015 : *

CULTURESMONDE

50 min