Robert Badinter : "L'importance du pardon c'est que, lui, apaise"

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Robert Badinter : "L'importance du pardon c'est que, lui, apaise"

Robert Badinter le 9 octobre 2012 à l'occasion du lancement de la campagne internationale pour l'abolition universelle de la peine de mort.
Robert Badinter le 9 octobre 2012 à l'occasion du lancement de la campagne internationale pour l'abolition universelle de la peine de mort.
© AFP - Miguel Medina

2000. Dans le cadre d'une semaine consacrée au pardon, Robert Badinter est l'invité des "Chemins de la connaissance" en 2000. Il éclaire la question du pardon dans le monde de la justice et s'interroge sur le cas des crimes contre l'humanité.

Robert Badinter est l'invité des "Chemins de la connaissance" en 2000 pour parler du pardon dans la justice. Il explique qu'il voit deux essences dans le pardon "une essence morale" et "une essence politique". De ce qui est du ressort de la justice, le pardon ne peut se faire qu'à l'égard du coupable et "la première question" à se poser est de savoir "coupable ou non coupable"'. D'emblée, il observe que "la relation entre pardon et justice est complexe".

Le pardon c'est l'instant ultime, le pardon c'est ce qui intervient après que la condamnation ait été prononcée, c'est-à-dire en définitive après que justice ait été dite.

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Robert Badinter souligne un aspect essentiel du rôle de l'avocat : "Dans les missions d'un avocat vous avez au premier chef, rendre à l'accusé sa dimension d'humanité."

Robert Badinter distingue bien le pardon de la grâce, "dans le "Je fais grâce", je ne vois pas la dimension du pardon. Je vois la dimension sociale de l'oubli, de la remise, de l'inexécution de la peine." Il insiste ensuite sur le "lien intrinsèque" qui "existe entre l'aveu et le pardon", en effet, "c_elui qui demande le pardon doit avoir avoué_ ", ajoute-t-il.

Le pardon pour autrui a une dimension insoutenable, je n'ai pas le droit de pardonner pour la victime. Seule la victime a le droit de pardonner, pas un tiers, pas le seigneur, pas le roi, pas l'état et je le pense même pas le prêtre. Seule la victime.

"Les chemins de la connaissance" du 28/09/2000 sur "Le pardon, instant ultime de la justice" avec Robert Badinter.

28 min

L'avocat s'exprime ensuite sur le cas des crimes contre l'humanité, des crimes qu'il qualifie d' "impardonnables". Ces crimes sont "imprescriptibles" et "ne peuvent pas faire l'objet d'une grâce ou d'une amnistie".

Il ne s'agit pas de règlements de comptes. Il s'agit de justice. Il y a des crimes qui par leur horreur et leur intensité défient l'humanité et l'humanité doit relever le défi. Et cela s'appelle la justice pénale internationale.

  • "Les chemins de la connaissance"
  • Première diffusion le 28/09/2000
  • Producteur : Jacques Munier et Jean Birnbaum
  • Réalisation : Malika Mezghach
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France