Robert Hossein : "Je me suis évadé toute ma vie des choses qui ne m'arrangeaient pas"

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Robert Hossein : "Je me suis évadé toute ma vie des choses qui ne m'arrangeaient pas"

 Robert Hossein le 16 mai 2018 au Festival de Cannes.
Robert Hossein le 16 mai 2018 au Festival de Cannes.
© AFP - Alberto Pizzoli

1995. Dans cette première émission d'"A voix nue", Robert Hossein parle de son enfance ballottée, de sa famille artiste éprise de musique mais qui le délaissait, enfant, croyant en Dieu et en son imaginaire foisonnant.

Pour commencer ce premier entretien d'une série de cinq, le metteur en scène Robert Hossein revient sur ses origines familiales orientales, son père est né à Samarcande, sa mère à Kiev et ils se sont rencontrés à Berlin. Mais, enfant, il a surtout connu les pensions où il a "appris à survivre", car "on n'y apprend absolument pas à vivre". Mais cela lui a  donné le goût pour le cinéma, la fiction, faisant des fugues : "J'ai été nourri complètement d'imagination". Ses parents, musiciens, ont tout sacrifié pour leur passion de la musique : "J'ai été inspiré par leur passion toute ma vie."

Je serai reconnaissant toute ma vie à mes parents de m'avoir au moins inculqué une chose : c'est l'humilité et l'imagination, développer l'imagination. Parce que comme ils n'avaient rien, ils vivaient dans l'imaginaire, embellissant tout, il n'y avait plus de limites. On pouvait évoquer des paradis, des palais, des villes entières sublimes... dans une chambre de bonne où on vivait rue de Vaugirard en haut dans un grenier.

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Robert Hossein dans "A voix nue" (1/5) le 10/04/1995 sur France Culture.

27 min

On m'avait prédit dans mes débuts d'élève comédien que j'étais né sous une mauvaise étoile parce que je n'étais ni bleu ni blond, ni jeune premier ni jeune second, avec une voix bizarre, avec un physique bizarre. Je ne pourrais faire que des compositions de comparses parce que c'était la mode des bleus blonds et après ça a évolué et j'ai eu à mon tour ma chance.

"C'est par rapport à des échecs que j'ai beaucoup appris, reconnaît Robert Hossein, certainement pas par rapport à des succès". Il s'explique aussi sur sa croyance en Dieu, placé toute son enfance dans des institutions chrétiennes .

Je crois que je n'ai jamais cessé d'être malheureux. Je crois que je serais devenu un imbécile, si j'avais cessé de l'être. Ou quelqu'un plein de revendications, d'aigreur... en tout cas je me serais fourvoyé. Grâce au Dieu j'ai été lucide jusqu'au bout, je me suis parfaitement souvenu que je n'ai jamais été heureux, vraiment. Et je ne le dis pas en me plaignant, en revendiquant, je remercie Dieu de m'avoir permis de ne pas avoir été heureux, car j'ai pu me confronter un peu à la vie et peut-être aussi à l'écoute des autres. [...] L'important, c'était d'avoir, heureux ou malheureux, le sentiment d'exister. Et j'ai toujours eu conscience au présent d'exister en rêvant toujours au futur.

Robert Hossein évoque ses talents de conteur dès l'enfance, il aimait ainsi se prendre pour le Prince charmant dans Cendrillon au milieu du dortoir du pensionnat...

Marguerite Duras disait de lui : "Vous êtes un Don Juan de bazar, un Casanova pour midinettes"."Je trouvais ça extrêmement flatteur!", s'amuse-t-il.

  • "A voix nue" avec Robert Hossein
  • Première diffusion le 10/04/1995
  • Producteur : Véra Feyder
  • Réalisation : Nicole Salerne
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France
  • Archive INA - Radio France