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Roland Barthes : “Le langage est une peau, je frotte mon langage contre l’autre”

Par
Roland Barthes
Roland Barthes
© Getty - Ulf Andersen

"J'ai longtemps cru que son démon intérieur était la bêtise. Et si la seule passion de sa vie avait été l'ennui ?". Comment l’ennui a-t-il eu une incidence sur l’écriture de la pensée de son temps, sa puissance d’anticipation, et cette façon si singulière de rendre intelligible le monde ?

L'ennui. Pour moi ce fut ce qui me lia à lui dans une complicité muette. Pas l'ennui métaphysique dont l'homme pascalien s'exempte par le divertissement. Pas l'ennui conjoncturel (l'ennui de situation) que nous éprouvons tous dans certaines circonstances de la vie. Non, l'ennui structurel (existentiel aurais-je envie de dire si ce terme n'avait pas depuis Sartre une connotation trop philosophique). Cet ennui qui, selon Flaubert, un connaisseur lui aussi, d'un être intelligent... fait un fantôme qui pense.

S’ennuyer dans l’enfance n’a rien d’exceptionnel, ça fait même partie de la formation de l’enfant, sorte de désoeuvrement qui le prépare à une maturation. Michel Foucault nous dit que la folie est l’absence d’œuvre. Et bien l’ennui aussi peut-être.

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Enfant je m’ennuyais souvent et beaucoup. Cela a commencé très tôt, cela c’est continué toute ma vie par bouffées. Roland Barthes

Ainsi, la vie de Roland Barthes pourrait se lire comme une déclinaison en sourdine du spectre sémantique de l’ennui.

Autoportrait en Roland Barthes, par Françoise Gaillard

39 min

Une conférence enregistrée en 2016.

Françoise Gaillard a enseigné l'histoire des idées à l'Université de Paris 7 Denis Diderot ainsi qu'à la New York University, chercheuse à l'Institut de la Pensée Contemporaine et membre de diverses revues scientifiques ou généralistes, parmi lesquelles "L'agenda de la pensée contemporaine", "Médium" ou"Esprit".

* La citation du sous-titre est d'Éric Marty, éditeur de ses œuvres complètes.

En savoir plus : Mythologies - Barthes