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Roland Leroy, résistant et directeur emblématique de l'Humanité, est mort

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Roland Leroy a été employé à la SNCF jusqu'en 1947 avant de gravir progressivement les échelons au PCF. Élu député à Rouen pour la première fois en 1956, à l'âge de 30 ans. Photo de juillet 1977
Roland Leroy a été employé à la SNCF jusqu'en 1947 avant de gravir progressivement les échelons au PCF. Élu député à Rouen pour la première fois en 1956, à l'âge de 30 ans. Photo de juillet 1977
© AFP

Le communisme français est en deuil. Le résistant et ancien député de Seine-Maritime Roland Leroy est mort à l'âge de 92 ans, dans la nuit de dimanche à lundi. Un temps responsable de la culture et des intellectuels pour le PCF, il a aussi marqué le journal L'Humanité, qu'il a dirigé de 1974 à 1994.

Mort dans la nuit de dimanche à lundi à l'âge de 92 ans, Roland Leroy était un communiste à l'ancienne, un autodidacte issu d'une famille ouvrière.

Un père cheminot, une mère ouvrière textile, Roland Leroy est né en 1926 sur la terre de Saint-Aubin-lès-Elbeuf, en Seine-Maritime. Son parcours militant a débuté dans ce département, juste avant la guerre, pendant laquelle il s'illustrera comme résistant, engagé à 15 ans. "Pour moi, il n'y avait pas d'autres voies que de combattre les hitlériens. Je suis venu tout naturellement au communisme." racontait-il au micro de Stéphane Manchematin, en 2012 dans l'émission A voix nue, sur France Culture.

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Sa famille est politisée : un oncle cégétiste du côté maternel, qui d'ailleurs été déporté en Allemagne, et un père proche de l'anarcho-syndicalisme.

C'est ce père qui l'a éveillé très jeune à la culture, notamment grâce à son statut de cheminot, expliquait Roland Leroy, toujours dans A voix nue

Quand je pense à mon père, je pense d'abord à son honnêteté fondamentale. Je lui dois une chose originale. La gare était à 100 mètres de chez nous, mon père voyageait gratuitement car il était ouvrier de chemins de fer, donc il m'emmenait très souvent à Paris en train. Il m'a emmené visiter les musées de Paris et aux manifestations ouvrières. Il m'a éveillé à la culture.

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En 1945, Roland Leroy deviendra lui-même cheminot, tout en gravissant un à un les échelons du Parti communiste. Même s'il se montrait parfois sceptique sur l'Union de la gauche, ce qui lui vaudra une exclusion à la fin des années 70. Si son indéfectible loyauté envers son parti lui a parfois valu une étiquette de "stalinien", il est toujours resté profondément marxiste, voire "marxiste-léniniste", selon ses propres termes.

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Responsable de la culture et des intellectuels pour le PCF

Trois fois élu député, il était proche d'artistes comme Picasso, Louis Aragon et Elsa Triolet. "Je suis de ceux qui essayaient de trouver une activité qui correspondait aux intellectuels communistes, au sein du Parti. On n'a pas toujours su faire la place aux intellectuels. Beaucoup pensent que les artistes sont bien pour "décorer" le Parti, mais il ne fallait surtout pas qu'ils prennent une place stratégique." précise-t-il dans A voix nue. Parmi ses ouvrages, il écrira à ce sujet Les Communistes et la création artistique et Lénine et l'art vivant.

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Grand directeur de "L'Huma"

Pour le grand public, Roland Leroy reste surtout connu comme le directeur pendant vingt ans du journal L'Humanité, de 1974 à 1994. Il n'avait pas de formation de journaliste, mais il s'est imposé. "Lorsque j'ai été désigné directeur de l'Humanité par le Parti communiste, c'était pour moi une émotion profonde, confiait-il en 2012_. J'avais la crainte de ne pas pouvoir assumer cette charge, ça été pour moi un travail pesant, puis quand j'ai eu les mains dans la plâtre, je m'y suis fait. Dans ma vie, la direction du journal a été une fonction importante, et cela passait même avant ma responsabilité de membre du bureau politique."_

Dans les années 1970, il est devenu un homme de presse influent  : 

J'ai établi des relations confraternelles avec les patrons de presse, comme Philippe Hersant ou Jean-Luc Lagardère, mais je n'avais pas les mêmes relations avec l'un et avec l'autre. J'ai lutté pour que soit appliqué et respecté le principe de liberté de la presse. Deux quotidiens avaient besoin d'aide : "La Croix" et "L'Humanité". Il est conforme aux soucis de la République d'aider les journaux qui en ont besoin pour exister. 

"Il incarnait l’élégance et l’intelligence, le raffinement dans l’analyse et l’écriture", selon le directeur actuel Patrick Le Hyaric.

Roland Leroy
Roland Leroy
© Radio France - Radio France

Sur les réseaux sociaux, militants et sympathisants estiment que le plus bel hommage à rendre à cet homme de combat serait désormais de sauver le quotidien communiste, plus que centenaire et en redressement judiciaire.

Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, lui a également rendu hommage : "J'apprends avec tristesse la mort de Roland Leroy. J'ai eu le privilège d'une relation amicale avec lui. Il a été un penseur communiste et un lanceur d'alerte politique respecté. À tous les communistes, mes condoléances fraternelles."